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Richard Strauss : Métamorphoses

Durée : 32 minutes

Sous la direction de Barbara Hannigan, l'Orchestre philharmonique de Radio France interprète les Métamorphoses de Richard Strauss.

Né en plein cœur du romantisme, mort peu après la fin de la Seconde guerre mondiale, dans une période de foisonnement extraordinaire de la création musicale, Richard Strauss a vécu l’une des époques les plus bouleversées de l’histoire de la musique. Pourtant, il semble avoir contourné les champs de bataille, ou du moins les zones d’ébullition où se rencontraient les musiciens qui lui étaient contemporains. Au moment où se développe la réflexion de l’École de Vienne sur la perspective de l’atonalité, qui mènera au dodécaphonisme, Strauss explore quant à lui un univers lyrique mêlant un certain néoclassicisme et un art nouveau du « beau chant » (Le Chevalier à la rose, Ariane à Naxos, Arabella…), après avoir hissé l’opéra, avec Elektra (1909), au rang de rituel tragique, chargé d’une violence jusque-là inconnue sur la scène lyrique. 

Sa jeunesse est marquée par la puissance de l’orchestre. En treize ans (de 1886 à 1899), Strauss, qui est aussi chef d’orchestre, va composer huit poèmes symphoniques, de taille variable, mais d’une substance orchestrale extraordinairement inventive. Les années suivantes, jusqu’à sa mort, verront l’abandon presque total de la composition pour orchestre seul, au profit du déploiement d’un univers lyrique magistral, d’une richesse unique dans l’histoire de l’opéra.

Il est donc d’autant plus saisissant que Strauss, à la fin de sa vie, revienne à l’orchestre seul, réduit il est vrai à vingt-trois cordes solistes, pour la composition des Métamorphoses. Profondément bouleversé par le bombardement de l’Opéra de Munich en 1943 et par la perspective de la ruine prochaine de l’Allemagne, Richard Strauss note dans un cahier d’esquisses cet extrait d’un poème de Goethe, extrait de ses Zahme Xenien, recueil d’épigrammes et distiques rédigé en 1827 :

« Nul ne peut se connaître / Ou être séparé de lui-même / Mais que chaque jour il fasse l’expérience / De ce qui devrait être clair / Ce qu’il est et ce qu’il était / Ce qu’il peut et ce qu’il devrait. »

Il prévoit d’abord d’en faire un chœur d’hommes, puis le transforme en un adagio pour cordes. Ce seront les Métamorphoses, dédiées à Paul Sacher, poignante méditation à la fois tragique et sereine, qui semble éclairée par le souvenir de Brahms, de Mahler, du Schoenberg de La Nuit transfigurée peut-être, et marquée par une foi profonde. Le compositeur y cite également aux cordes graves le thème de la Marche funèbre de la Troisième Symphonie de Beethoven. La partition indique à cet endroit « In memoriam », signalant par là l’essence même du projet des Métamorphoses : hommage à une civilisation disparue – celle de la culture allemande des temps passés.

Barbara Hannigan, la Voix humaine / Métamorphoses
L'intégrale du concert
Barbara Hannigan, la Voix humaine / Métamorphoses
Maison de la Radio,Studio 104
Compositeur
Richard Strauss
Richard Strauss