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Charpentier : Messe de minuit pour Noël pour 4 voix, choeur, flûte et violon H 9

Durée : 32 minutes

Sofi Jeannin dirige la Maîtrise de Radio France et la Maîtrise de Notre-Dame de Paris dans la Messe de Minuit de Marc-Antoine Charpentier dans sa version 4 voix, choeur, flûte et violon. Enregistré le 17 décembre 2017.

En entrant en 1688 au service des Jésuites du Collège Louis-le-Grand puis de l’église Saint-Louis, Marc-Antoine Charpentier s’installe dans un tout nouveau théâtre, bien loin des ors versaillais de l’opéra lulliste, mais néanmoins extrêmement prestigieux. Toute la cour et Paris tout entier se pressent au Collège pour assister aux prêches de Bourdaloue, le « roi des prédicateurs et prédicateur des rois ». Prononcé yeux clos dans une ferveur quasi mystique, chacun de ses sermons est une véritable pièce de théâtre, si profondément ancrée dans le réel, au style si maîtrisé et d’une telle simplicité, que le discours paraît à la portée de tous, des nobles comme du peuple. On se presse au Collège pour les sermons de Bourdaloue comme pour les fêtes, où l’on écoute la musique comme d’autres le feraient à un concert. Le décor y est lui aussi magnifique, usant d’artifices spectaculaires pour refléter, par un jeu de miroir sur le maître-autel de Saint-Louis, l’élévation de l’église et ses tableaux changeant en fonction du calendrier liturgique.

Ancien élève de Carissimi, Charpentier doit autant sa nomination aux recommandations de Marie de Lorraine que de l’excellence de sa formation romaine. Son poste lui donne alors l’occasion de composer, avec David et Jonathas, un véritable opéra biblique, ainsi que de nombreuses messes. Celle de Minuit par exemple, dans le style un peu désuet des messes parodies. Un choix quand on pense que Sébastien de Brossard disait de Charpentier qu’il était « le plus profond » et « le plus savant des musiciens modernes ». Onze thèmes populaires, en comptant celui de l’Offertoire, se sont installés tout du long de la partition, dans la polyphonie vocale ou sous forme d’intermèdes instrumentaux. Peut-être Charpentier désire-t-il renouer avec une imagerie appréciée des fidèles, aux limites du profane et des traditions païennes. En première place, le Kyrie est un hommage à la sainte famille grâce à trois belles mélodies : « Joseph est bien marié », « Or nous dites Marie » et « Une jeune pucelle ». Dans l’Agnus Dei, c’est toute la basse qui s’appuie sur « À minuit fut fait un réveil ». Dans le Gloria enfin, les emprunts paraissent faire écho au texte sacré, « les Bourgeois de Châtre » semblant entonner le Laudamus tandis que le Crucifixus relie mort et naissance en reprenant « Voici le jour solennel de Noël ».

D’une clarté exemplaire, maniant les imitations contrapuntiques avec parcimonie, la polyphonie, l’instrumentation et les tournures répétitives ajoutent au caractère populaire de l’ensemble. Et quand l’Offertoire se lance dans « Laissez paître vos bêtes », nous croirions presque entendre Monsieur Jourdain s’exclamer dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière : « Pourquoi toujours des Bergers ? On ne voit que cela partout ! »

Sofi Jeannin dirige la Maîtrise de Noël dans un programme Noël
L'intégrale du concert
Les maîtrises de Radio France et de Notre-Dame de Paris chantent Noël
Auditorium, Maison de la Radio, Paris