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Britten : Les Illuminations op. 18

Durée : 26 minutes

Barbara Hannigan chante et dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France joue dans Les Illuminations, de Britten.

Il est piquant d’imaginer que le cycle de concerts « Le Temps retrouvé » se soit ouvert avec la Fanfare for Saint Edmundsbury que Britten écrivit pour trois trompettes, et que les Illuminations du même Britten s’ouvrent sur une Fanfare, cette fois confiée à des instruments à cordes auxquels le compositeur demande de jouer « quasi trombe », c’est-à-dire « presque comme des trompettes ».

Le recueil de mélodies baptisé Les Illuminations est une œuvre de relative jeunesse de Benjamin Britten, qui en acheva la composition à Amityville. L’œuvre fut en effet terminée alors que le compositeur, pacifiste convaincu, se trouvait en exil aux États-Unis en compagnie de Peter Pears, l’homme et l’interprète de sa vie. Les Illuminations furent créées à Londres en l’absence de Britten, qui ne devait revenir en Grande-Bretagne qu’en 1942, avec le statut d’objecteur de conscience. Écrites pour une voix aiguë et un orchestre à cordes, elles furent créées par la soprano Sophie Wyss, mais plus tard, Peter Pears les chantera à plusieurs reprises. On peut s’étonner du choix de Britten, qui s’empare là de textes d’une intense force d’évocation, riches de rythmes et de métaphores vertigineuses qui tendent parfois à l’hermétisme. Il avait toutefois déjà composé Quatre chansons françaises sur des textes de Hugo et Verlaine en 1928. Rimbaud, de son côté, s’était rendu à plusieurs reprises à Londres entre 1872 et 1874 ; c’est là qu’il mit au net le manuscrit des Illuminations (qui constituent d’une certaine manière son testament littéraire, Rimbaud ayant cessé d’écrire en 1875), où l’on trouve des paysages qui ont quelque chose d’un Londres fantastique. Le titre lui-même est presque un faux ami : « Le mot Illuminations est anglais et veut dire “gravures coloriées”, – coloured plates : c’est même le titre que Rimbaud avait donné à son manuscrit », écrit Verlaine. L’attitude libertaire de Rimbaud, hostile à toute autorité excepté celle de la langue, ne pouvait en outre que séduire Britten, farouche opposant à la guerre : « Il était tellement imprégné de cette poésie qu’il ne cessait d’en parler », raconte Sophie Wyss

Britten retient dix poèmes de Rimbaud, dont deux (Phrase et Antique) sont réunis dans la troisième section de la partition. Le musicien donne une valeur toute particulière à la phrase « J’ai seul la clef de cette parade sauvage », qui conclut le poème Parade, et en fait une manière de refrain : Fanfare et Interlude (titres inventés par Britten) lui permettent de reprendre cette phrase emblématique. 

On goûtera la manière dont Britten, ici, met en musique des textes en prose. Clin d’œil de l’Angleterre à la France qui répond à la manière dont Berlioz, dès 1829, avait mis en musique l’Élégie en prose de Thomas Moore.

Structure

  1. Fanfare
  2. Villes 3a. Phrase 3b. Antique
  3. Royauté
  4. Marine
  5. Interlude
  6. Being Beauteous
  7. Parade
  8. Départ
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L'intégrale du concert
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Maison de la Radio,Paris
Compositeur
Benjamin Britten
Benjamin Britten