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Igor Stravinsky : Le Sacre du printemps sous la direction de Mikko Franck

Durée : 38 minutes

L'Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Mikko Franck interprète le Sacre du Printemps d'Igor Stravinsky (1882-1971). Extrait du concert des 80 ans de l'Orchestre philharmonique de Radio France enregistré le 15 septembre 2017 en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).

Au mois de juin 1912, le musicologue et critique musical Louis Laloy avait réuni Stravinsky et Debussy. Une entrevue qu’il décrivit en ces termes : 

« [Stravinsky] avait apporté la réduction pour piano à quatre mains de son œuvre nouvelle, Le Sacre du printemps. Debussy consentit à jouer la basse sur le piano Pleyel que je possède encore. Stravinsky avait demandé la permission d’ôter son col. Le regard immobilisé par les lunettes, piquant du nez vers le clavier, par instants chantonnant une partie élaguée, il entraînait dans un débordement sonore les mains agiles et molles de son compagnon qui suivait sans accroc et semblait se jouer de la difficulté. Quand ils eurent terminé, il ne fut plus question d’embrassades, ni même de compliments. Nous étions muets, terrassés comme après un ouragan venu, du fond des âges, prendre notre vie aux racines. »

Presque un an après ce stupéfiant déchiffrage, la création du ballet provoque l’un des plus mémorables scandales de l’histoire de la musique. Si le paganisme antique est à la mode en ce début de XXe siècle (en témoignent notamment Le Martyre de saint Sébastien de Debussy en 1911, Daphnis et Chloé de Ravel en 1912), Le Sacre du printemps déploie une violence d’une intensité jamais atteinte auparavant. Les superpositions d’éléments thématiques créent d’âpres dissonances, la métrique est bousculée par des accents irréguliers ou d’incessants changements de mesure, en particulier dans la « Glorification de l’Élue », l’« Évocation des ancêtres » et la « Danse sacrale ». 

Les spectateurs qui avaient applaudi L’Oiseau de feu (1910) et Petrouchka (1911) eurent du mal à suivre l’évolution si rapide de Stravinsky… Pourtant, le sujet du Sacre était déjà sur le métier depuis plusieurs années, si l’on en croit le compositeur : 

« En finissant à Saint-Pétersbourg les dernières pages de L’Oiseau de feu, […] j’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle et observant la danse à la mort d’une jeune fille, qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps. » 

Le projet ne se concrétise pas immédiatement, Stravinsky ayant entre-temps l’idée de Petrouchka. De plus, Diaghilev souhaite confier la chorégraphie à Nijinski qui, en 1912, a conçu un ballet sur le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy. Ces reports permettent à Stravinsky de mûrir longuement son projet, avec le concours du peintre et archéologue Nicolas Roerich. Fin connaisseur du paganisme russe, ce dernier rassemble une importante documentation sur les rites anciens. Si l’argument est élaboré avec un souci aigu de vérité ethnographique, la musique se nourrit également de nombreux chants populaires qui, néanmoins, deviennent méconnaissables : certaines notes sont répétées ou permutées, le rythme modifié ; surtout, les mélodies s’intègrent dans un environnement qui masque leur origine. Loin du « folklore » luxuriant de Rimski-Korsakov et de L’Oiseau de feu, Le Sacre du printemps réinvente la musique primitive des rites païens ancestraux. 

Texte d'Hélène Cao

Mikko Franck dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France dans un programme Ravel / Debussy
L'intégrale du concert
Ravel, Debussy et Stravinsky par l'Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Mikko Franck
Auditorium, Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Igor Stravinsky
Igor Stravinsky