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Debussy : Le Martyre de saint Sébastien (Fragments symphoniques)

Durée : 25 minutes

Placé sous la direction de Mikko Franck, l'Orchestre philharmonique de Radio France joue les fragments symphoniques du Martyre de saint Sébastien, composés par Claude Debussy.

Composé de février à mai 1911, et créé le 22 mai 1911 au Théâtre du Châtelet à Paris sous la direction d’André Caplet.

Debussy n’aimait pas composer dans l’urgence. Interrompant son travail sur le ballet Khamma, il a dérogé à cette règle pour se lancer dans l’aventure du Martyre de saint Sébastien, « mystère » médiéval de Gabriele D’Annunzio mis en scène par la danseuse Ida Rubinstein. En février 1911, il se met donc à écrire sa partition avec fièvre, travaillant sans relâche pendant plusieurs semaines. « J’ai peut-être encore le temps de faire une folie, voire même de… me tromper », ironisait Debussy dans une lettre à André Caplet, avec lequel il collabore pour mener à bien son ouvrage avant la répétition générale du 11 mai 1911.

Dans des teintes mystiques et des atmosphères extatiques, les cinq « mansions » exposent les étapes de la passion de Sébastien, depuis la danse sur les charbons ardents et le miracle des lys jusqu’au supplice glorieux du saint percé de flèches. On ne lit plus guère le texte lourd et suranné de D’Annunzio, qui a fait scandale : les figures d’Adonis et du Christ s’y mêlent confusément dans le personnage de Sébastien, et ces scènes païennes et chrétiennes, où les rôles chantés sont tenus par des femmes, laissent entrevoir tout un imaginaire homoérotique très « Belle Époque ».

Il n’en fallait pas plus pour attirer les foudres du clergé catholique sur les deux auteurs : en mai 1911, après la mise à l’Index des œuvres de D’Annunzio pour leur caractère blasphématoire, l’archevêché de Paris interdit à ses ouailles de se rendre au Théâtre du Châtelet. À quoi Debussy répondra en revendiquant la liberté de l’artiste et en évoquant ses sentiments religieux : « Si je ne suis pas de pratique catholique ou croyant, je n’ai pas eu grand effort à faire pour m’élever à la hauteur du mysticisme qu’atteint le drame du poète. »

Représenté dix fois à Paris, Le Mystère de saint Sébastien ne remporte pas le succès escompté. Mais, dès 1912, Jacques Durand, l’éditeur de Debussy, publie des fragments symphoniques destinés au concert. Ces fragments permettent d’apprécier la richesse harmonique et les délicatesses du Martyre de saint Sébastien, ainsi que la manière dont Debussy rénove des techniques archaïques pour installer une atmosphère mystique, tour à tour austère ou sensuelle, loin de la violence hystérique de la Salomé de Richard Strauss (1905). Les harmonies subtiles de « La Cour des lys » et la joie du « Bon Pasteur » en témoignent tout autant que la danse extatique sur les charbons ardents, avec ses mélopées étranges et ses modes orientalisants. Assumant le transfert de la liturgie au théâtre, Debussy a défini excellemment son œuvre : « Je vous assure que j’ai écrit ma musique comme si elle m’avait été demandée pour une église. J’ai fait de la musique décorative, si vous voulez, l’illustration en timbres et en rythmes d’un noble texte, et, quand, au dernier acte, le saint monte au paradis, je pense avoir réalisé tout ce que j’ai ressenti, éprouvé à cette pensée de l’Ascension. »

Fragments symphoniques 

  1. La Cour des lys  - lent et soutenu, expressif
  2. Danse extatique et final du premier acte - assez agité (sourdement agité)
  3. La passion  - lent
  4. Le bon pasteur  - sombre et lent
Mikko Franck
L'intégrale du concert
Mikko Franck dirige Debussy, Camille Pépin et Rachmaninov
Maison de la Radio,Paris
Compositeur
Claude Debussy
Claude Debussy