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Claude Debussy : Le Livre de Baudelaire (Ian Bostridge / OPRF / John Adams)

Durée : 23 minutes

Ian Bostridge (ténor) et l'Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de John Adams interprètent le Livre de Baudelaire, orchestration par John Adams des Cinq Chansons de Charles Baudelaire de Claude Debussy. Extrait du concert donné le 28 février 2020 en l'Auditorium de Radio France

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« Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses, et revis mon passé blotti dans tes genoux. » Il y a dans les mots de Baudelaire quelque chose de profondément musical. N’y a-t-il pas dans le discours musical une superposition de strates, de couches, de niveaux de lecture, de contrepoints intérieurs qui ne peut que constituer le parfait écrin pour une poésie aussi riche que celle de Baudelaire ?

Debussy sait traduire en musique « les soirs illuminés par l’ardeur du charbon » au piano, et John Adams sait se livrer à l’exercice d’orchestrer la musique de Debussy avec une approche nécessairement teintée d’un « à la manière de » qui ne l’empêche pas de s’exprimer lui-même en tant que compositeur. Il est assez communément acquis que les Cinq Poèmes de Charles Baudelaire font partie des pièces de Debussy les plus difficiles à chanter ; si la mise à l’orchestre de cette musique par Adams (qui choisit quatre mélodies et ne retient pas La Mort des amants) aboutit à un son plus généreux et opératique, il rend néanmoins service au soliste en le nimbant de mélodies et de rythmes, en donnant plus de texture à l’accompagnement.

Il y a un invité non avoué dans ce projet musical qui aura duré plus d’un siècle : Richard Wagner. Le 1er avril 1861, Baudelaire publie dans la Revue européenne une défense de Wagner : « Richard Wagner et Tannhäuser à Paris » et, avec flamme, reconnaît que cette musique lui ouvre « un espace étendu jusqu’aux dernières limites concevables » qui le plonge dans « une extase faite de volupté et de connaissance ». Il est effaré par cette musique qui lui offre « quelque chose de nouveau que j’étais impuissant à définir, et cette impuissance me causait une colère et une curiosité mêlées d’un bizarre délice ».
Cela, John Adams l’a compris. Plutôt qu’offrir au soliste une sage et studieuse orchestration de la partie de piano originale, il puise du côté de la musique allemande : Schoenberg (notamment les Gurre-Lieder), Richard Strauss et Wagner, pour produire une partition complexe, qui n’hésite pas à convoquer, comme dans Le Chant du rossignol de Stravinsky, l’instrument soliste ou le petit groupe au sein du grand orchestre, pour multiplier les couleurs et accompagner les différents niveaux de discours de la poésie de Baudelaire. Il fallait bien un compositeur américain pour réussir par un geste musical à consoler la France, peinée par l’association entre Wagner et Debussy !

Christophe Dilys

John Adams dirige le Philharmonique de Radio France dans un programme réunissant sa musique et celles de Philip Glass et Stravinsky
L'intégrale du concert
[Concert filmé] John Adams et Víkingur Ólafsson jouent Philip Glass, Stravinsky et John Adams
Auditorium de la Maison de la Radio,Paris
Compositeur
Claude Debussy
Claude Debussy