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Tchaïkovski : le Lac des cygnes op. 20a, suite d'orchestre

Durée : 25 minutes

Sous la direction de Mikko Franck, l'Orchestre philharmonique de Radio France joue la suite op.20a du Lac des Cygnes, composé par Tchaïkovski.

Structure

  1. Scène (Acte II, n°10)

  2. Valse (Acte I, n°2)

  3. Danse des petits cygnes (Acte II, n°13)

  4. Scène (Acte II, n°14)

  5. Danse hongroise (Acte III, n°20)

  6. Scène (Acte IV, n°28-29)

On le sait par une lettre qu’il écrivit en septembre 1875 à son ami Nikolaï Rimski-Korsakov, Tchaïkovski souhaitait depuis longtemps « s’essayer à ce genre de musique », lorsqu’il reçut la commande d’un ballet par l’intendant des Théâtres impériaux de Moscou Vladimir Beguitchev. Homme cultivé et brillant, Beguitchev avait fait de son salon l’un des cercles artistiques de la ville, fréquenté par les écrivains et musiciens : Ostrovski, Tourgueniev, Dargomyjski, Anton Rubinstein et Tchaïkovski, familier des lieux. Beguitchev lui avait proposé d’écrire un nouveau ballet dans le souci d’étendre le répertoire du Bolchoï.

Qui rédigea le livret du Lac des cygnes ? Vladimir Beguitchev seul, d’après certaines sources, avec le danseur Vassili Geltser selon d’autres. Il est possible que Tchaïkovski y ait contribué.

Inspiré par des contes et légendes nordiques ayant pour motif principal le maléfice d’une métamorphose en cygne (Le Voile dérobé de Musaüs, Les six frères cygnes de Grimm, Les Cygnes sauvages d’Andersen, etc.), Le Lac des cygnes s’inscrit plus largement dans des thématiques qui traversent tout le romantisme : l’amour fou et la mort, le désir infini, le rêve, le fantastique. L’action se déroule dans des espaces de forêts et d’eaux, de brumes oniriques, images de la psyché et de ses profondeurs, mondes nocturnes sur lesquels tranche la blancheur immaculée des tutus éclairés par la lune. Créatures de terre, d’air et d’eau, les femmes-cygnes ne sont pas sans parenté avec les « willis » du ballet Giselle qu’admirait Tchaïkovski, jeunes mortes qui reprennent leur apparence humaine la nuit pour entraîner, blancs fantômes, les hommes dans les ténèbres éternelles.

L’histoire est celle du prince Siegfried, dont on annonce au début du ballet que ses vingt et un ans seront célébrés le lendemain : au cours de la fête il devra déclarer qui sera son épouse. Poursuivant un vol de cygnes sauvages, le Prince s’enfonce dans la forêt, au bord d’un lac, et s’éprend de leur reine. Elle lui révèle qu’un sort jeté par le sorcier von Rothbart la condamne, elle et ses suivantes, à vivre cygnes le jour et femmes la nuit. Sortilège éternel, à moins qu’un homme ne promette de l’aimer toujours. Au lever du jour, Siegfried quitte Odette en la conviant au bal du soir. Mais Rothbart, pour confondre Siegfried, et garder ainsi son emprise sur Odette, enverra au bal sa fille Odile en lui donnant les traits de la reine des cygnes.

Admirateur d’Adolphe Adam et de Léo Delibes, à ses yeux le meilleur compositeur français vivant avec Bizet, Tchaïkovski ne remet pas en cause la structure habituelle du ballet. Le Lac des cygnes reste ponctué, selon l’usage, de danses de caractère destinées à mettre en valeur la virtuosité des danseurs. Le souci d’unité dramatique, la logique musicale de l’action et la richesse du matériau, donnent cependant à ce premier ballet de Tchaïkovski une dimension nouvelle. Un souffle symphonique puissant anime la partition, construite, dans le sillage de Wagner, sur un usage systématique de leitmotive dans des orchestrations variées, qui permettent à Tchaïkovski d’exprimer toutes les nuances de sentiment et d’émotion des personnages.

Par sa nouveauté, le ballet déconcerta le jour de la création (dans une version, en plus, amputée d’un tiers par le chorégraphe !), mais sa reprise en 1895 fut un triomphe. Tchaïkovski, mort deux ans plus tôt, n’était plus là pour y assister. Il n’entendit pas non plus la Suite tirée du ballet par son éditeur Piotr Jurgenson en 1900.

Modifiant l’ordre des numéros du ballet, Jurgenson l’a organisée en faisant alterner les pages lyriques, dramatiques et légères. La Suite s’ouvre sur le très célèbre thème d’Odette : mélopée poignante, introduite par des trémolos fiévreux des cordes et sur des traits de harpe campant un climat de féerie. Confiée au hautbois, reformulée par les cors, puis les cordes dans un crescendo dramatique, elle s’estompe finalement. Suit la longue valse syncopée du premier acte, puis la sautillante et célébrissime danse des cygnes. D’un caractère très différent, vient alors le solo qui accompagne le duo d’Odette et du Prince à l’acte 2, cantilène mélancolique et tendre du violon, rejointe par celle du violoncelle en un langoureux dialogue des deux instruments. La Suite s’achève comme le ballet : frémissement des cordes évoquant le désespoir d’Odette après le choix d’Odile par Siegfried, tempête, dernière entrevue d’Odette et Siegfried venu lui demander pardon, puis anéantissement des amants dans le lac. Le dramatisme cède in fine la place à la lumière. La partition se referme sur la rédemption par l’amour et sur la magie de quelques notes de harpe.

L'Orchestre Philharmonique de Radio France
L'intégrale du concert
Concert de Noël avec l'Orchestre Philharmonique et la Maîtrise de Radio France
Maison de la Radio,Paris