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Albert Roussel : Le festin de l'araignée op 17

Durée : 18 minutes

Cristian Măcelaru dirige l'Orchestre national de France dans la suite extraite de l'oeuvre "Le Festin de l'araignée", composée par Albert Roussel en 1912. Extrait du concert donné le 22 avril 2021 à la Maison de la Radio.

Le 29 mai 1913, au Théâtre des Champs-Élysées, était créé Le Sacre du printemps, deux semaines après la première de Jeux de Debussy, dans le même théâtre. On a oublié cependant qu’un autre ballet venait de voir le jour, le 3 avril de la même année : un ballet signé Albert Roussel et intitulé Le Festin de l’araignée. Ballet-pantomime plutôt, sur un argument de Gilbert de Voisins. Traducteur et écrivain aujourd’hui oublié, ce dernier avait accompagné Victor Segalen en Chine ; ami de Pierre Louÿs (par ailleurs également très lié à Debussy), il fut longtemps membre du Club des longues moustaches, petit groupe littéraire qui se réunissait au Café Florian à Venise.

Pour imaginer l’argument du ballet, il s’est inspiré des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre, publiés en 1879. Le journal Le Petit Parisien, dans son édition du 7 mars 1913, le présente ainsi :

« Dans un paisible jardin, au centre de son immense toile, une Araignée attend patiemment de capturer les insectes qui doivent composer son dîner. Passent d’abord les Fourmis qui lui échappent, puis deux Bousiers. L’Araignée n’ose s’attaquer à eux mais elle prend sa revanche sur un frêle Papillon que son étourderie jette dans la toile. Une pomme tombée de l’arbre excite au combat deux Mantes religieuses et l’une d’elles devient la proie de l’Araignée, tandis que deux vers se glissent dans le fruit, objet du litige. Quand ils s’en sortent, ils sont devenus très gros et frappent d’admiration un Éphémère sorti d’une touffe de nénuphars qui s‘étalent sur le bassin voisin. Tout juste éclos, il virevolte avec insouciance et panache durant ses fugaces instants de vie. Voilà le crépuscule et l’Éphémère touche déjà à sa vieillesse. Il meurt et son cadavre va enrichir le garde-manger de l’Araignée. Mais au moment où celle-ci commence son festin, la mante et les bousiers se vengent et la tuent. Tous les insectes organisent des funérailles pour emporter le gracieux Éphémère à sa dernière demeure sur un pétale de rose et un Ver luisant s’allume pour éclairer le cortège. La nuit est tombée ; subsiste la solitude du jardin abandonné. »

La relative modestie de l’effectif instrumental utilisé par Roussel s’explique par les dimensions du Théâtre des arts (aujourd’hui Théâtre Hébertot, boulevard des Batignolles) où fut créé le ballet : nous sommes évidemment très loin de l’orchestre géant du Sacre. La suite d’orchestre qui en fut tirée (le compositeur préférait parler de « fragments symphoniques ») dure environ la moitié du ballet. Elle reprend différents épisodes évoquant les fourmis, le papillon, l’éphémère, mais se suffit musicalement à elle-même.

On appréciera en particulier la délicatesse du Prélude, qui évoque le jour ensoleillé, celle de la Chute du soir, qui s’évanouit sous les tendres auspices de la harpe, et entre ces deux pages une suite de pièces, toutes enchaînées, qui rivalisent d’invention orchestrale, même s’il ne faut pas espérer ici les miroitements de Ma mère l’Oye. Roussel n’a pas cherché évidemment à imiter le bruit des fourmis ou le vol des papillons, mais il a su trouver une légèreté arachnéenne très évocatrice et une espèce de nostalgie due à l’usage qu’il fait des bois : l’introduction confiée à la flûte, la plainte du cor anglais au moment des funérailles de l’éphémère

Roussel, Rachmaninov et Prokofiev par l'Orchestre national de France
L'intégrale du concert
Roussel, Rachmaninov et Prokofiev par l'Orchestre national de France
Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique
Compositeur·rice
Albert Roussel
Albert Roussel