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Milhaud : Le Boeuf sur le toit op.58

Durée : 20 minutes

Mikko Franck dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France dans l'oeuvre de Darius Milhaud "Le Boeuf sur le toit". Extrait du concert donné le 4 octobre 2019 à l'auditorium de la maison de la radio.

Milhaud jouera souvent la version pianistique à six mains du Bœuf sur le toit, en compagnie de Georges Auric et d’Artur Rubinstein, dans un bar parisien près de la Madeleine, « La Gaya ». En 1922, le propriétaire rebaptisera cet établissement « Le Bœuf sur le toit », en le déménageant non loin. Dans ses Mémoires, Milhaud laissera après la guerre une savoureuse description de cette époque :

« Toujours hanté par les souvenirs du Brésil, je m’amusai à réunir des airs populaires, des tangos, des maxixes, des sambas et même un fado portugais et à les transcrire avec un thème revenant entre chaque air comme un rondo. Je donnai à cette fantaisie le titre de Bœuf sur le toit qui était celui d’une rengaine brésilienne. Je pensai qu’étant donné son caractère, ma musique pourrait illustrer un film de Charlot. […] Cocteau composa un scénario de pantomime-ballet qui put s’adapter sur ma musique. Il imagina une scène dans un bar en Amérique, pendant la prohibition. Des personnages très typiques y évoluent : un Boxeur, un Nain nègre, une Femme élégante, une Femme rousse habillée à la garçonne, un Bookmaker, un Monsieur en habit. Le Barman à la tête d’Antinoüs offre des cocktails à tout le monde. Après quelques incidents et diverses danses, arrive un Policier. Le bar se transforme en laiterie. Les consommateurs jouent une scène pastorale en buvant du lait. Le Barman actionne un grand ventilateur qui décapite le Policeman. La Femme rousse fait une danse avec la tête du Policeman qu’elle termine sur les mains, comme la “Salomé“ de la cathédrale de Rouen. Les personnages quittent peu à peu le bar. Le Barman présente une immense facture au Policeman ressuscité.

Jean avait engagé les clowns de Medrano et les Fratellini pour tenir les différents rôles : ceux-ci se pliaient avec docilité à ses exigences de metteur en scène absolument précis. Albert Fratellini, étant acrobate, put même tourner les mains autour de la tête du Policeman ; par contraste avec la musique rapide, Jean régla les mouvements lentement comme dans un film au ralenti. Cela donnait à tout l’ensemble un caractère irréel côtoyant le rêve. Les masques énormes prêtaient aux gestes une distinction particulière et rendaient les mains et les pieds imperceptibles. […] 

Cette manifestation isolée fut prise par le public et par les critiques pour une profession de foi esthétique. Ce spectacle gai, offert sous l’égide de Satie que les journaux traitaient de “fumiste“, symbolisa une manifestation de l’esthétique music-hall-cirque pour le public, et fut le type de la prétendue musique d’après-guerre pour les critiques. Oubliant que j’avais écrit les Choéphores [d’après Eschyle], le public et les critiques décidèrent que j’étais un musicien cocasse et forain… moi, qui avais le comique en horreur et n’avais aspiré, en composant Le Bœuf sur le toit, qu’à faire un divertissement gai, sans prétention, en souvenir des rythmes brésiliens qui m’avaient tant séduit et grands dieux ! jamais fait rire… »

Le groupe des six, dessin
L'intégrale du concert
Honegger, Milhaud et Poulenc par l'Orchestre philharmonique de Radio France
Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Darius Milhaud
Darius Milhaud