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Francis Poulenc : La Voix humaine

Durée : 44 minutes

Barbara Hannigan dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France et chante la Voix humaine, de Francis Poulenc et Jean Cocteau.

Il n’est pas certain que Poulenc ait assisté, en 1930 à la Comédie-Française, à la création de la pièce de Cocteau, La Voix humaine, avec Berthe Bovy dans le rôle de cette femme abandonnée la veille par son amant. Une femme qui, éperdue de désespoir, converse avec lui au téléphone, tentant peut-être de le retenir, tout juste reliée encore à lui par le fil du téléphone, conversation périodiquement interrompue par la mauvaise liaison (sans jeu de mot !) et les échanges exaspérés avec la téléphoniste. Car malgré l’amitié qui liait les deux artistes depuis leur jeunesse et la grande époque du Groupe des Six, Poulenc ne mit que peu en musique les œuvres de Cocteau : quelques poèmes épars, seulement, avant de livrer, à trois ans d’intervalles, deux de ses grands chefs-d’œuvre, les monodrames que sont La Voix Humaine en 1958 et La Dame de Monte-Carlo en 1961. Tous deux composés sur des textes de Cocteau, ils seront tous deux interprétés par l’interprète fétiche de Poulenc, créatrice également de nombre de ses mélodies : Denise Duval.

Lors d’un entretien radiophonique avec Bernard Gavoty en décembre 1958 (cité par Hervé Lacombe dans sa monographie de Poulenc), le compositeur évoqua ce qui fut peut-être l’impulsion première du choix de la pièce de Cocteau : « Nous étions à la Scala, avec mon éditeur Hervé Dugardin, et madame Callas venait de chanter. Et madame Callas repoussait ténors et barytons pour venir saluer d’ailleurs des applaudissements mérités ; Hervé Dugardin m’a dit à ce moment-là : “Mais ce qu’il faudrait écrire pour elle, c’est La Voix humaine, puisqu’il n’y a qu’une femme, elle aurait tous les applaudissements“. »

Et le coup de génie de Poulenc pour sa mise en musique de la pièce, hors même la composition pour la voix féminine, c’est d’avoir donné à ces silences tout leur poids de violence et de cruauté. Poulenc est ici un digne héritier de Puccini ; tous deux possèdent le pouvoir de mettre en musique tout l’éventail des sentiments, et surtout de peindre avec le plus grand réalisme la torture mentale infligée à celui qui aime par celui qui n’aime plus. À cela s’ajoute la figuration musicale de la sonnerie du téléphone, qui revient à de nombreuses reprises, puisque cette conversation que l’on devine être la dernière se voit empêchée par des télécommunications encore défaillantes, à l’époque où se déroule l’action (1930), contraignant une femme « au bord de la crise de nerfs » à dialoguer malgré elle avec une téléphoniste que l’on devine froidement professionnelle, ou à se voir interrompue dans son dialogue avec son amant par une autre voix féminine, interférant sur la même ligne.

« Par un curieux mystère, ce n’est qu’au bout de quarante ans d’amitié que j’ai collaboré avec Cocteau, écrira Poulenc. Je pense qu’il me fallait beaucoup d’expérience pour respecter la parfaite construction de La Voix humaine qui doit être, musicalement, le contraire d’une improvisation. »

L’œuvre s’inscrit dans cette dernière décennie de la vie du musicien qui voit aussi la composition, entre autres, de Dialogues des carmélites, d’après Georges Bernanos (opéra créé en 1957) et des Sept répons des Ténèbres (1961), deux œuvres qui, bien que fort différentes, représentent toutes deux une plongée dans la mélancolie et l’angoisse. En août 1958, Poulenc écrit à une amie : « Priez pour moi le ciel afin que je retourné à la gaieté. Assez de religieuses guillotinées, de femme plaquée. Ah mes Biches [le ballet Les Biches créé en 1924], mon Bal [allusion au Bal masqué, recueil de mélodies sur des poèmes excentriques de Max Jacob – 1932], mes Mamelles (Les Mamelles de Tirésias, opéra-bouffe d’après Guillaume Apollinaire, créé à l’Opéra-Comique en 1947] !!! »

Aux tristement répétitifs « T’es où ? » de nos téléphones portables, il faudrait enseigner l’inventivité de La Voix humaine et ses cruels et longs détours pour dire simplement que l’on n’aime plus…

Barbara Hannigan, la Voix humaine / Métamorphoses
L'intégrale du concert
Barbara Hannigan, la Voix humaine / Métamorphoses
Maison de la Radio,Studio 104
Compositeur·rice
Francis Poulenc
Francis Poulenc