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Bohuslav Martinu : La Revue de Cuisine

Durée : 22 minutes

Jérôme Voisin (clarinette), Wladimir Weimer (Basson), Alexandre Baty (Trompette), Floriane Bonanni (Violon), Renaud Guieu (Violoncelle) et Catherine Cournot (piano) jouent "La Revue de Cuisine", ballet H.161 de Bohuslav Martinu. Extrait du concert donné vendredi 19 janvier en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).

Ballet composé en 1927 et créé en novembre 1927 à la Maison des artistes de Prague, sous la direction de Stanislav Novák, dans une chorégraphie de Jarmila Kröschlová. Dédié à Madame Božena Nebˇeská, commanditaire du ballet (et par ailleurs logeuse de Bohuslav Martin˙u). Partition perdue puis retrouvée en 2004 à la Fondation Sacher. Nomenclature : clarinette, basson, trompette, violon, violoncelle, piano.

Entre les deux guerres, l’école dite de Paris, autour de groupes tels que les « Six », « Triton » ou « Arcueil », a agrégé en son sein nombre de compositeurs qui n’étaient pas français mais vivaient en cette époque du rayonnement musical parisien. Ainsi des Roumains Enesco et Mihalovici, du Hongrois Harsányi, du Polonais Tansman, du Russe Tchérepnine (voire de Prokofiev) et du Tchèque Martin˙u. L’influence de l’esthétique française sur ces musiciens fut à n’en pas douter déterminante, mais ne saurait être réductrice. C’est le cas de Martin˙u, pour lequel Guy Erismann estime que son inspiration puise tout autant aux « richesses originales de la musique populaire morave ou slovaque », ajoutant que le musicien tenait « à ce que des compositions comme Revue de cuisine ne soient pas mises au compte du cosmopolitisme ». Il est pourtant difficile de suivre cet avis pour une page que l’on dirait signée d’un Poulenc ou d’un Auric, toute imprégnée qu’elle est de l’esprit divertissant des années 20. Elle est peut-être aussi à mettre au compte de la fécondité éclectique du compositeur, avec près de quatre cents opus (387 numéros au Catalogue Halbreich), dans tous les genres, toutes les esthétiques, allant du lyrisme fougueux de sa musique de chambre à la féerie d’un opéra comme Juliette ou la Clef des songes.

La Revue de cuisine fut originellement conçue comme un ballet, sorte de pochade aux nombreux traits humoristiques (que le compositeur appelle aussi La Tentation de la sainte Marmite) mettant aux prises une marmite et un couvercle mis à mal par d’autres ustensiles de cuisine. Il n’en fut pas moins, et d’autant plus paradoxalement en cette époque où Martin˙u avait élu domicile à Paris, destiné à Prague pour des artistes tchèques. Une Suite en sera tirée trois ans plus tard, cette fois créée à Paris (en janvier 1930 à Paris sous la direction d’Alfred Cortot) et éditée peu après.

La partition du ballet a été redécouverte dans les années 1990 à la Fondation Sacher de Bâle et éditée en 2004. Elle sent bien l’air du temps et l’esprit parisien, avec ses danses américaines en vogue et l’empreinte affichée des rythmes de jazz. La petite formation instrumentale est presque celle du plein air, mais correspond aussi à une formation de jazz, dans une écriture qui pour autant joue de la dextérité et de la délicatesse. La trompette lance l’appel, sur des notes égrainées du piano. Puis les uns et les autres instruments de se succéder dans une veine sautillante. Après ce Prélude, la veine se poursuit avec la participation du thème de la trompette au départ.

La danse dévolue au Moulinet se veut plus tourbillonnante, comme il se doit. Le Chaudron, quant à lui, danse sur un tempo plus mesuré, de pas de ce sénateur de la cuisine et des rythmes venus d’Amérique latine. Au centre du ballet, le Tango prend un caractère langoureux, comme il se doit, sur des rythmes ponctués par le piano. Suit une mélodie confiée à la trompette bouchée, que reprennent le basson et la clarinette, puis le violoncelle pour finir le mouvement. Le Charleston commence paradoxalement de façon incertaine, sur les notes du basson et du violoncelle. Puis, tout s’anime dans un caractère jazzique affirmé que souligne le timbre de la trompette. Le retour du chaudron se fait en forme de lamentation suivie de l’excitation de tous ses compagnons instrumentistes. La Marche funèbre qui s’enchaîne, s’installe sur le caractère grave et solennel qui lui convient, avec une déploration centrale du violoncelle. Le Finale reprend le thème en forme de marche énoncé au premier mouvement, varié et changeant. Suit une danse enlevée, avant une phase de calme, prélude à une reprise dansante de plus belle, pour s’achever dans la réunion (la réconciliation des ustensiles de cuisine) de tous les instruments.

Texte de Pierre-René Serna

  1. Prologue
  2. Introduction
  3. Danse du moulinet autour du chaudron
  4. Danse du chaudron et du couvercle
  5. Tango (Danse d'amour)
  6. Charleston (Le duel)
  7. Entr'acte (Lamentation du chaudron)
  8. Marche funèbre
  9. Final (Danse enlevée)
  10. Allegretto (Fin du drame)
L'Orchestre philharmonique de Radio France joue la Symphonie n°7 de Dvořák et la Symphonie concertante pour vents de Mozart
L'intégrale du concert
L'Orchestre philharmonique de Radio France joue la Symphonie n°7 de Dvořák et la Symphonie concertante pour vents de Mozart
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Bohuslav Martinu
Bohuslav Martinu