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Poulenc : Figure humaine, cantate pour double choeur mixte a capella

Durée : 23 minutes

Sous la direction de Martina Batic, le Choeur de Radio France interprète "Figure humaine", composé en 1943 par Francis Poulenc. Extrait du concert donné le 19 septembre 2021 à l'auditorium de la Maison de la radio et de la musique.

À propos de sa cantate Figure humaine, Poulenc déclarait : « Ce qu’il y a de plus secret, de plus vrai en moi s’y trouve comme dans ma musique religieuse. Les deux choses auxquelles je tiens le plus sont […] ma foi et ma liberté. » Conçue en pleine Seconde Guerre mondiale, cette œuvre destinée à célébrer la Libération, lorsque le temps serait venu, symbolise l’esprit de résistance sous l’Occupation. Mais les vers du poète surréaliste Paul Eluard lui donnent la portée universelle et atemporelle d’un message adressé à l’humanité : courage dans l’adversité, aspiration à la liberté.

En février 1943, Henri Screpel, directeur de la Compagnie des discophiles, propose à Poulenc de mettre en musique le poème Liberté d’Eluard, paru en 1942 et devenu entre-temps « une sorte d’hymne résistant » (Hervé Lacombe). D’abord dubitatif, le compositeur ne résiste pas longtemps à l’invitation qui lui est faite de revenir à son poète préféré, à l’origine de certains de ses plus beaux cycles de mélodies – Cinq poèmes (1935), Tel jour telle nuit (1937) – et de cinq de ses Sept chansons pour chœur mixte (1936). Mais il ne s’en tient pas là et imagine une sorte de « cantate » réunissant huit poèmes d’Eluard tirés des recueils Sur les pentes inférieures (nos 1-5, 7) et Poésie et vérité 1942 (nos 6 et 8), dont Liberté constitue le point d’orgue final. Il se met au travail en Corrèze l’été suivant, et se rend au sanctuaire voisin de Rocamadour afin de mettre son œuvre sous la protection de la Vierge noire qui lui avait inspiré ses Litanies de 1936.

La partition est éditée clandestinement dès 1944, et la cantate Figure humaine est créée en mars 1945 à Londres dans une traduction anglaise, avant d’être donnée en français à Bruxelles en 1946 et enfin à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, l’année suivante. Rarement entendue du vivant du compositeur, en raison de ses redoutables difficultés d’exécution, elle compte aujourd’hui parmi ses pages les plus justement célèbres.

Poulenc confia un jour à Marcel Schneider : « Matisse a peint les tableaux que j’aurais aimé peindre si j’avais été peintre, Eluard les poèmes que j’aurais aimé faire si j’avais été poète. Ce sont eux qui m’ont donné le plus d’idées sur mon art. » Rétrospectivement, il affirmait même avoir fait siennes dès l’âge de vingt-deux ans les thèses des Breton, Eluard ou Aragon. Son écriture fantasque, qui fuit le pathos sans jamais s’attarder, lui permet de passer en un éclair, comme les poètes surréalistes, d’une image à une autre. Cela ne l’empêche pas de concevoir pour Figure humaine une architecture chorale exemplaire. Aucun autre instrument que les voix humaines, réparties en deux chœurs divisés chacun en six pupitres. 

Poulenc joue de cet ensemble en savant orchestrateur, privilégiant l’intelligibilité du texte tout en tirant parti des multiples combinaisons et modes d’expression possibles de ces douze voix (sauf dans les nos 4 et 6, plus intimes, respectivement confiés au premier et au second chœurs). L’enchaînement des huit poèmes compose une saisissante succession d’états d’âme : confiance, fausse insouciance, angoisse, ironie, désolation, rage, ferme espérance… Débutant de manière spectaculaire par la sombre sentence « De tous les printemps du monde, celui-ci est le plus laid », la cantate se referme, au terme d’une longue litanie de 21 quatrains à l’exaltation croissante, sur le mot « Liberté », clamé par les deux chœurs réunis sur un lumineux accord final de mi majeur surmonté du contre-mi de deux sopranos solos.

Concert de rentrée du Choeur de Radio France en direct vidéo
L'intégrale du concert
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Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique
Compositeur·rice
Francis Poulenc
Francis Poulenc