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Martinů : Double concerto pour deux orchestres à cordes, piano et timbales

Durée : 20 minutes

François-Xavier Roth dirige l'Orchestre national de France et le pianiste Cédric Tiberghien dans le Double concerto pour deux orchestre à cordes, piano et timbales.

Martinů a connu un destin cosmopolite. Né à Polička, en Bohême, il étudie le violon et l’orgue au Conservatoire de Prague, rencontre le chef Václav Talich – qui dirigera en 1938, au Théâtre national de Prague, son premier opéra, Juliette ou la clef des songes (lequel inspirera un film à Marcel Carné) –, et le violoniste Josef Suk (gendre de Dvořák), puis part pour la France après la Première Guerre mondiale. 

Il vit et compose à partir de 1923 à Paris où il devient le disciple de Roussel et, dans une moindre mesure, d’Honegger, et où il forme, avec Tibor Harsanyi, Marcel Mihalovici, Conrad Beck, Alexandre Tansman et Alexandre Tchérepnine, l’école dite « de Paris » ; celle-ci réunit des compositeurs d’Europe centrale qui ne partagent pas la même esthétique mais proposent chacun une alternative au système imaginé par le dodécaphonisme viennois. Martinů passe les années 1940-1944 aux États-Unis, souhaite ensuite revenir en Tchécoslovaquie mais n’est autorisé à le faire qu’en 1951. Le régime socialiste le désole, il passe la fin de sa vie à Nice et en Suisse et meurt en 1959 à Liestal, près de Bâle.

Le Double concerto pour deux orchestres à cordes, piano et timbales est daté de l’année 1938 : celle où l’Allemagne nazie commence à dépecer la Tchécoslovaquie par l’annexion des Sudètes. Le désarroi de Martinů est à son comble, mais le compositeur trouve en Paul Sacher un mécène fort bien venu, qui a déjà nombre de commandes à son actif dont la Musique pour cordes, percussion et célesta de Bartók. « J’ai voulu me dégager de cette oppression, me défendre par mon travail et lutter contre cette menace qui devrait tourmenter chaque artiste et chaque homme dans ses convictions les plus profondes », confiera plus tard Martinů.

Le premier mouvement commence dans l’agitation, puis la véhémence laisse la place à une tension sourde zébrée de crescendos. Le Largo semble aborder des zones plus sereines, mais le premier thème aboutit à un moment de saturation sonore qui débouche sur le vide. Le piano se détache sur un fond de désolation avant que revienne l’ambiance du début. Martinů ouvre le finale de son concerto sur des notes répétées, crissantes comme des fanfares. Le mouvement tout entier a une allure de chevauchée. Une accélération subite, une décélération, un dernier crescendo mènent à une conclusion étonnamment morne, comme si la musique s’épuisait d’avoir trop haleté.

Le temps retrouvé : François-Xavier Roth dirige Bach, Bartók et Martinů avec Cédric Tiberghien
L'intégrale du concert
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Maison de la Radio,Paris
Compositeur
Bohuslav Martinu
Bohuslav Martinu