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Weinberg : Concerto pour violoncelle et orchestre (Sol Gabetta / Orchestre philharmonique de Radio France)

Durée : 30 minutes

Sol Gabetta et l'Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Mikko Franck jouent le Concert pour violoncelle et orchestre e minor op.43 composé en 1958 par Mieczyslaw Weinberg (1919-1996). Extrait du concert enregistré le 21 décembre 2018, en direct de l'Auditorium de Radio France.

On connaît peu Mieczyslaw Weinberg, compositeur polonais dont le destin épouse les tragiques péripéties du XX e  siècle. Né en 1919 à Varsovie, Weinberg étudie le piano avec son père avant de s’inscrire au conservatoire. Il a vingt ans lorsque la Pologne est envahie et sa famille entièrement exterminée. Seul survivant, il se réfugie en Biélorusse et s’installe à Minsk où il prend des leçons de composition en compagnie de Vassili Zolotarev. Quand les nazis envahissent l’URSS, il prend de nouveau la fuite et s’installe cette fois à Tachkent, en Ouzbékistan. Remarqué par Chostakovitch, il peut de fixer à Moscou en 1943 mais est arrêté sur ordre de Staline, en 1953, pour de prétendues activités sioniste ; la mort du dictateur, quelques semaines plus tard, facilitera sa libération. 

La fin des années 50 marque le début de la reconnaissance, d’autant que Chostakovitch le prend sous son aile : les plus grands interprètes russes jouent sa musique, mais ses dernières années sont marquées par un désarroi croissant et des difficultés matérielles. Il meurt dans la solitude et la détresse, après s’être converti in extremis au christianisme. Sept opéras, vingt-deux symphonies, dix-sept quatuors à cordes balisent un catalogue immense dont l’abondance peut être comparée à celle de Darius Milhaud, même si Weinberg n’a donné de numéro d’opus qu’à environ un tiers de ses partitions. 

Son opéra Le Passager, achevé en 1968 mais créé en 2006 à titre posthume, a été joué ces dernières années sur plusieurs scènes internationales. Il met en scène une ancienne geôlière nazie qui croit reconnaître, sur un bateau, un ancien prisonnier du camp d’Auschwitz.

Weinberg est aussi l’auteur de nombreuses partitions de musique de chambre. On raconte que pendant trente ans Chostakovitch et Weinberg s’échangèrent leurs partitions afin d’échanger leurs jugements sur leurs travaux respectifs. Il serait injuste cependant de faire de Weinberg un simple épigone : sa musique subit aussi les influences de plusieurs compositeurs d’Europe centrale (Mahler, Bartok), mais aussi de la musique d’autres Russes (Prokofiev), et emprunte également aux traditions juives. 

Weinberg écrivit sept concertos dont un Concerto pour violoncelle, joué ce soir, qui fut créé en 1957 par Mstislav Rostropovitch et enregistré sept ans plus tard, toujours par Rostropovitch, avec l’Orchestre philharmonique de Moscou dirigé par Kirill Kondrachine. L’œuvre, en quatre mouvements, est plutôt d’une couleur méditative, sombre et tendue, avec un orchestre curieusement privé de hautbois et de bassons mais pourvu d’un trombone basse, qui souligne son côté inquiétant. Le violoncelle solo ouvre la partition sur le mode grave et douloureux. La musique prend peu à peu son essor, puis retombe dans une espèce d’abatte - ment. Le deuxième mouvement, véhément, rageur, laisse la place à un Allegro porté par une joie fausse qui tend vers la folie ; des notes aiguës extrêmes du violoncelle disent toute l’amertume de la musique de Weinberg, dont l’orchestre est ici on ne peut plus martelant, à la manière d’un Bartok. La Cadenza est en réalité une nouvelle plage de méditation avant un dernier Allegro trépidant, cette fois proche des obsessions d’un Chostakovitch.

Sol Gabetta
L'intégrale du concert
Sol Gabetta et l'Orchestre philharmonique de Radio France jouent Dukas, Weinberg, Strauss et Ravel
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris
Compositeur
Mieczyslaw Weinberg
Mieczyslaw Weinberg