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Judith Weir : Ascending into Heaven

Durée : 10 minutes

Sofi Jeannin dirige le Choeur de Radio France dans "Ascending into Heaven" de Judith Weir, avec l'organiste Yves Castagnet. Extrait du concert du dimanche 14 janvier 2018 en direct de l'Auditorium de la Maison de la Radio (Paris).

Composé en 1983 sur un poème d’Hildebert de Lavardin traduit en anglais pour la compositrice. Commande du Festival International d’orgue de Saint-Albans (Angleterre). Publié chez Novello & Co Ltd.

Sion me receptet illa, Sion, David urbs tranquilla, « Que Sion me reçoive en son sein, Sion, la paisible cité de David ». Ainsi commence l’un des poèmes d’Hildebert de Lavardin, né en 1056 dans cette ville de l’actuel Loir-et-Cher. En 1097, il devient évêque du Mans, la capitale du comté du Maine étant placée depuis 1063 sous l’autorité des ducs de Normandie, Guillaume le Conquérant puis son fils Guillaume le Roux. Ayant soutenu Elie Ier, comte du Maine, dans son infructueuse tentative de reprise du Mans, Hildebert est emprisonné en Angleterre pendant un an sur ordre du « Roux », qu’il décrira comme « un tyran, un défenseur de tous les vices et une honte pour tous ses ancêtres ». Quelques mois plus tard, le souverain sera mystérieusement tué d’une flèche en plein cœur lors d’une partie de chasse. Libéré en 1100, échappant de peu à des pirates des îles de Lérins, le poète et prélat bannira du Mans l’ermite et hérésiarque Henri de Lausanne, qui séduit alors les foules en contestant l’autorité de l’Église, en rejetant le baptême des enfants, le célibat des prêtres, en niant l’existence du péché originel, etc.

Ses poésies de jeunesse, « excessivement légères » d’après le Doyen Geoffroy, son concurrent à l’épiscopat, mais surtout « ses passions déréglées », poussent probablement Hildebert à la clémence à l’égard du prédicateur qu’il aurait pu faire brûler vif, mais il devra contrer son influence sur les esprits manceaux. Après quelques joutes théologiques face à Bernard de Clairvaux, Lausanne mourra finalement en prison. Ayant demandé en vain au pape d’être relevé de ses fonctions ecclésiastiques, Hildebert terminera ses jours comme archevêque de Tours, où il mourra en 1133, laissant à la postérité des lettres, des hagiographies, des traités philosophiques qui témoignent autant de son esprit, que ses poèmes témoignent de sa sensibilité et de son raffinement.

En 1983, répondant à une commande du Festival international d’orgue de SaintAlbans, à trente kilomètres au nord-ouest de Londres, Judith Weir puise dans ce corpus médiéval en choisissant le poème d’Hildebert de Lavardin Sion me receptet illa qu’elle traduit elle-même en anglais, et qu’elle fait chanter par un chœur mixte accompagné à l’orgue. Conçu sous la forme de l’anthem (chant religieux de brève durée, équivalent anglican du motet), l’œuvre fait référence, dans son titre et surtout dans la partie instrumentale, à l’ascension spirituelle vers le Paradis : « Ascending into heaven ».

Née dans une famillle écossaise, Judith Weir fut d’abord hautboïste au sein de l’Orchestre national des jeunes de Grande-Bretagne, avant d’étudier la composition auprès de John Tavener, puis de Robin Holloway à Oxford et de Gunther Schuller à Tanglewood, aux États-Unis. Auteur d’une dizaine d’œuvres interprétées par Dawn Upshaw, Jessye Norman ou Simon Rattle, Judith Weir est depuis 2014 Maître de la musique de la reine Elizabeth II (« Master of the Queen’s Music »).

François-Xavier Szymczak

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Auditorium de Radio France