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Messiaen : Abîme des oiseaux n°3, extrait du Quatuor pour la fin du temps

Durée : 8 minutes

Jérôme Voisin clarinette, joue Abîme des oiseaux n°3, extrait du Quatuor pour la fin du temps, d'Olivier Messiaen.

Les conditions de composition du Quatuor pour la fin du Temps sont célèbres : retenu dans un camp de prisonniers en Allemagne, Olivier Messiaen écrit sa partition qui ne correspond ni au quatuor à cordes habituel, ni à la découpe en trois ou quatre mouvements. Il imagine une œuvre pour violon, violoncelle, clarinette et piano, la découpe en huit moments évoquant l’annonce de l’Apocalypse par l’ange et la fin des temps. L’œuvre sera créée devant 300 prisonniers, avec le compositeur lui-même au piano, chacun devant se contenter d’un instrument de fortune

Ce quatuor est bien sûr l’occasion pour Messiaen, en bon musicien, de tromper le temps et de commencer à approfondir ses recherches sur le rythme : « Musicien, j’ai travaillé le rythme. Le rythme est, par essence, changement et division. Étudier le changement et la division, c’est étudier le Temps. Le Temps – mesuré, relatif, psychologique – se divise de mille manières, dont la plus immédiate pour nous est une perpétuelle conversion de l’avenir en passé. Dans l’éternité, ces choses n’existeront plus. Que de problèmes ! Ces problèmes, je les ai posés dans mon Quatuor pour la fin du Temps. »

Ce quatuor lui permet aussi d’utiliser sa passion pour les chants d’oiseaux. L’oiseau n’est-il pas déjà un ange ? Car le jeune Messiaen, dès l’âge de quatorze ans, s’est mis à transcrire des chants d’oiseaux, ce qu’il fait de manière plus rigoureuse à partir de 1952, quand il rencontre l’ornithologue Jacques Delamain… et se qualifie lui aussi de musicien et d’ornithologue. « La nature, les chants d’oiseaux ! Ce sont mes passions. Ce sont aussi mes refuges… que faire, sinon retrouver son visage oublié quelque part dans la forêt, dans les champs, dans la montagne, au fond de la mer, au milieu des oiseaux ? C’est là que réside pour moi la musique », reconnaissait-il.

Nous n’écouterons pas aujourd’hui le quatuor dans son intégralité mais le seul troisième mouvement, confié à la clarinette solo, qui fut en réalité écrit d’abord, pour Henri Akoka, et ensuite intégré au quatuor. Messiaen annonce, dans sa Préface à la partition : « Clarinette seule. L’abîme, c’est le Temps, avec ses tristesses, ses lassitudes. Les oiseaux, c’est le contraire du Temps : c’est notre désir de lumière, d’étoiles, d’arc en ciel et de jubilantes vocalises ! » Il précise par ailleurs : « Entre 3 et 4 heures du matin, le réveil des oiseaux : un merle ou un rossignol soliste improvise, entouré de poussières sonores, d’un halo de trilles perdus très haut dans les arbres. Transposez cela sur le plan religieux : vous aurez le silence harmonieux du ciel. »

Le temps retrouvé : Daniel Harding dirige Stravinsky, Messiaen et Berg
L'intégrale du concert
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Maison de la Radio,Paris
Compositeur
Olivier Messiaen
Olivier Messiaen