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Arnold Schönberg : 5. Klavierstück op 23 n°5 (Valse)

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Arnold Schönberg : 5. Klavierstück op 23 n°5 (Valse)

Andreï Korobeinikov interprète la Valse extrait des Cinq pièces pour piano op 23 d'Arnold Schönberg. Enregistré le 5 novembre 2019 à 20h au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Composée entre 1920 et 1923, les Cinq pièces pour piano (Fünf Klavierstücke), opus 23 d'Arnold Schönberg est un recueil pianistique qui constitue le premier essai abouti de musique serielle. 

Après plusieurs essais, ce sera la valse n°5 pour piano op. 23 de Schönberg, écrite en février 1923, qui incarnera la figure de proue de cette nouvelle école « dodécaphonique » et « atonale », naissant dans l’après-guerre. Elle est la première pièce écrite à partir de la série fondamentale de douze sons, donc strictement dodécaphonique, les quatre autres n'utilisant qu'une série incomplète de sons et intervalles. Abolissant toutes les règles de l’écriture, l’harmonie et la mélodie, les douze notes constituant le système musical occidental se retrouvent sans fonction définie. Dès lors la technique de composition atonale – appelée aussi « composition sérielle » – consistera à faire se succéder « en série » les différents sons de façon indépendante et voire même de façon indifférente.

« À l'inverse de la manière courante de se servir d'un motif, je m'en servais déjà presque comme d'une série de douze sons fondamentale. Je construisais d'autres motifs et thèmes en partant de cette série, et aussi des accompagnements et autres accords » Arnold Schönberg

La valse op. 23 no. 5 d’Arnold Schönberg est le morceau le plus représentatif de la naissance de l’atonalisme. Ce morceau a été composeé de sorte que toutes les notes soient indépendantes les unes des autres, formant une « série dodécaphonique ». Dans la musique tonale, par le jeu de l’harmonie et de la mélodie, l’auditeur attend et espère les notes qui vont suivre – attente qui suscite frustration puis satisfaction lorsque ces dissonances se trouvent résolues et que ces attentes sont récompensées. Dans ce morceau de Schönberg, l’absence de gamme tonale fait que l’auditeur n’a plus rien à quoi se référer. La « mise à égalité de toutes les notes » à portée de main, aboutit donc en fait à l’absence de toute attente et de tout espoir. L’auditeur n’espère plus rien en terme de suite de notes puisqu’il n y a ni logique ni harmonie à laquelle il peut se référer. 

En outre, il y a un aspect volontairement absurde et provocateur, vraisemblablement voulu par le compositeur, puisqu’il s’agissait officiellement d’une valse : mais dénuée de tout rythme et de mélodie, il y est absolument impossible de danser quoique ce soit dessus. Il est possible de questionner les motifs sous-jacents du compositeur et de la charge émotionnelle qui habite son œuvre malgré lui, néanmoins il en résulte que son œuvre ne produit pas de sentiments de plénitude, de satisfaction ou même de détente. Et il semble difficile d’imaginer qu’un morceau atonal comme celui-ci puisse produire autre chose qu’un sentiment de malaise ou d’angoisse. Tout cela aboutit à quelque chose bien éloigné de la « musique qui adoucit les mœurs ». 

Cette œuvre de Schönberg retranscrit donc quelque chose du malaise de l’Homme, de sa finitude, et de ses douloureux questionnements ainsi que de sa rébellion face au manque de réponses et d’alternatives.

Andreï Korobeinikov © Irene Zandel / Andris Poga et l'Orchestre national du Capitole de Toulouse en répétition pendant le festival de Radio France Occitanie Montpellier © G. Decalf, RF
L'intégrale du concert
Récital du pianiste Andreï Korobeinikov
Théâtre des Champs-Elysées,Paris
Compositeur
Arnold Schoenberg
Arnold Schoenberg