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Sergueï Rachmaninov : 10 préludes pour piano op 23 (extraits)

24 min
Sergueï Rachmaninov : 10 préludes pour piano op 23 (extraits)

Vadym Kholodenko interprète quelques Préludes extraits des 10 Préludes op 23 de Rachmaninov. Enregistré le 30 novembre 2018, Salle Gaveau à Paris.

« La musique pure à laquelle appartient le Prélude peut suggérer ou créer chez les auditeurs un certain état d’âme ; mais son rôle fondamental est de leur procurer un plaisir intellectuel par la variété et la beauté de sa forme ». Sergueï Rachmaninov 

Composée en 1903, l'opus 23 compte 10 pièces courtes pour piano. La composition de ces 10 Préludes  s’opère à un moment décisif de la production rachmaninovienne. Après de brillantes études musicales au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, les premières compositions du jeune Rachmaninov témoignent d’un certain attachement à une tradition musicale toute romantique, encore très fortement marquée par l’œuvre modèle de son mentor Tchaïkovski. 

L’année 1900 marque un tournant dans la carrière de Rachmaninov ; après trois années de crise personnelle et de doutes suite à l’échec retentissant de sa première symphonie en 1897, il parvient, peu à peu, à se reconstruire grâce à l’intervention du Docteur Dahl, neurologue spécialiste de l’hypnose, lequel va réussir à lui redonner progressivement le goût de la composition. De cette collaboration naîtra son célèbre Deuxième Concerto pour piano opus.18, dont l’accueil positif, tant du public que des critiques, a offert une guérison morale à Rachmaninov. Ayant retrouvé toutes ses capacités créatrices, s’ouvre ainsi à lui une nouvelle période, cette fois-ci placée sous le signe de Chopin. Naîtront alors plusieurs corpus d’œuvres, parmi lesquels les Variations sur un thème de Chopin opus. 22, ainsi que les 10 Préludes pour piano opus. 23 composés pendant une période féconde du compositeur qui retrouve son plus fidèle confident : le piano.

Vadym Kholodenko choisis d'interpréter 6 préludes extraits de l'opus 23 : 

Prélude n° 4 

Prélude n° 6 

Prélude n° 2 

Prélude n° 5 

Prélude n° 8 

Prélude n° 7

Les six pièces extraites du recueil pour le concert fournissent un échantillon représentatif des différentes facettes du style de l’auteur à l’époque du célèbre Concerto n° 2. Le numéro 4 et le numéro 6 illustrent, chacun à leur manière, le lyrisme très direct de Rachmaninov, son inimitable capacité à faire chanter par le piano d’émouvantes cantilènes qui prennent leur essor sur d’opulentes harmonies arpégées par la main gauche. Dans le numéro 6, les arpèges de la main gauche, minutieusement orfévrés, relèvent d’autant mieux le chant en portamento de la droite que l’oreille les perçoit comme une sorte de contrechant expressif brodant la mélodie dans un contexte harmonique richement chromatique : on pense au second thème lyrique du premier mouvement du Concerto n° 2, lui aussi en mi bémol majeur.  

D'une très grande difficulté, le numéro 2 en si bémol majeur cultive l’héroïsme, avec ses fanfares d’accords paroxystiques émergeant d’une houle d’arpèges ; le registre médian de la partie centrale entonne une longue mélopée en valeurs longues, sinueuse et modulante, dont la plainte déchirante nous parvient après avoir traversé un déferlement d’accords brisés carillonnés par la droite, l’ensemble épaulé par d’amples arpèges dans le grave : du Rachmaninov premier cru, un résumé épigrammatique des procédés les plus achevés de l’auteur. Le numéro 5 est à juste titre célèbre : une marche héroïque encadrant un interlude lyrique dont l’ample mélodie interrogative se déploie sur un tapis d’arpège. 

Les préludes 8 et 7 sont des études extrêmement brillantes, dont l’épure géométrique atteste une modernité souvent contestée à l’auteur, le numéro 8 ajoutant un raffinement harmonique aux éclaboussements pianistiques dans un contexte fluide qui suggère des jeux d’eau presque impressionnistes.

« Depuis toujours, Rachmaninov a été plus à son aise dans les petites formes que dans les grandes. Comme Chopin, il donne le meilleur de lui-même dans les pièces concises telles que le prélude ou l’étude, au schéma formel simple. En effet, ce genre de pièces courtes se prête particulièrement à l’expression condensée d’un état d’âme. » Laurent Caillet, L'œuvre pour piano de Serge Rachmaninov (1873-1943) : langage et style, Thèse de doctorat en Musique et musicologie, Soutenue en 2007 à Paris 4, p. 37

Le pianiste Vadym Kholodenko
L'intégrale du concert
Grand Piano Russe par Vadym Kholodenko
Salle Gaveau, Paris