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Strauss : Ariadne auf Naxos (Ariane à Naxos), mise en scène de Katie Mitchell

Katie Mitchell met en scène Ariane à Naxos de Richard Strauss, avec Marc Almbrecht à la baguette de l'Orchestre de Paris, et les solistes Lise Davidsen, Eric Cutler, Sabine Devieilhe, Angela Brower... Enregistré au Festival d'Aix-en-Provence le 11 juillet 2018.

Théâtre de l'Archevêché d'Aix en Provence

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En 1911, au lendemain de la création du Chevalier à la rose, le compositeur allemand Richard Strauss et le poète viennois Hugo von Hofmannsthal sont désireux de renouveler leur collaboration. Hofmannsthal propose à Strauss d’écrire une adaptation du Bourgeois gentilhomme de Molière. Il s’agirait de traduire et de resserrer la pièce française, et d’y introduire un opéra sur le sujet mythologique d’Ariane abandonnée sur l’île de Naxos, en lieu et place du grand Ballet des nations final sur une musique de Lully – cet ouvrage lyrique serait présenté comme une création du Maître de musique de Monsieur Jourdain et mêlerait le genre tragique au genre bouffon. 

La création de l’œuvre a lieu le 25 octobre 1912 au Théâtre de la Cour de Stuttgart, mais elle se solde par un échec : la soirée est trop longue. Les deux artistes vont néanmoins remettre leur ouvrage sur le métier. Renonçant à la pièce de Molière, ils la remplacent par un Prologue dans les coulisses d’Ariane. C’est dans cette nouvelle version qu’Ariane à Naxos est créée le 4 octobre 1916 à l’Opéra de Vienne, rencontrant un succès immédiat qui ne s’est jamais démenti depuis lors. Aujourd’hui encore, Ariane à Naxos est l’un des rares ouvrages du XXe  siècle qui se soit bien implanté dans le répertoire des opéras du monde entier. Avec son orchestre de chambre et sa coloration mozartienne, il a tout naturellement trouvé sa place au Festival d’Aix où il a été représenté en 1963, 1966 et 1986. À l’été 2018, il est de retour dans une nouvelle mise en scène de Katie Mitchell, dirigée par Marc Albrecht.

Dans la deuxième décennie du XXe siècle, le style des opéras de Richard Strauss évolue vers une forme de néo-classicisme qui se souvient de Mozart. Ariane à Naxos, par sa genèse rattachée à Molière, regarde même vers le XVIIe  siècle, ce dont certaines danses de la partition et le décorum du livret conçu par Hofmannsthal portent le souvenir. Toutefois, sa manière d’opposer les genres buffa et seria est davantage en lien avec les catégories du XVIIIe  siècle. 

Strauss en profite pour confronter des musiques très contrastées : danses aux tournures populaires pour les masques italiens, vertiges wagnériens pour le duo d’Ariane et Bacchus, berceuse schubertienne pour les Nymphes, grand air à coloratures pour la scène de Zerbinetta. Dans le Prologue, Strauss use d’un « style de conversation » extrêmement souple et expressif, son orchestre de chambre commentant et animant des dialogues d’une grande théâtralité, cristallisés autour de la figure attendrissante du Compositeur, rôle confié à une femme en travesti. Si Strauss peut, à travers cette œuvre, faire preuve de son savoir-faire théâtral et de sa versatilité stylistique, Hofmannstahl est aussi à même d’y développer un de ses thèmes de prédilection, celui de la fidélité opposée à la métamorphose : dans son livret, la vie impose l’oubli et la transformation à Ariane comme au Compositeur du Prologue.

Distribution

Direction musicale : Marc Albrecht
Mise en scène : Katie Mitchell
Décors : Chloe Lamford
Costumes : Sarah Blenkinsop
Lumière : James Farncombe
Dramaturgie : Martin Crimp
Responsable des mouvements : Joseph W. Alford

La Prima Donna / Ariane : Lise Davidsen
Le Ténor / Bacchus : Eric Cutler
Zerbinetta : Sabine Devieilhe
Le Compositeur : Angela Brower
Le Maître de musique : Josef Wagner
Le Maître à danser : Rupert Charlesworth
Arlequin : Huw Montague Rendall
Brighella : Jonathan Abernethy
Scaramuccio : Emilio Pons
Truffaldino : David Shipley
Naïade : Beate Mordal
Dryade : Andrea Hill
Écho : Elena Galitskaya
Un officier : Petter Moen
Un perruquier : Jean-Gabriel Saint Martin
Un laquais : Sava Vemić
Le Majordome : Maik Solbach
L’Homme le plus riche de Vienne : Paul Herwig
Sa Femme : Julia Wieninger 

Orchestre Orchestre de Paris