Vers un renouveau de la comédie musicale en France ?

"La Belle et la Bête" au Théâtre Mogador, "My Fair Lady" ou "Le Roi et moi" au Théâtre du Châtelet... les comédies musicales à l'anglo-saxonne semblent être à l'honneur ces temps-ci à Paris. Une récente étude commandée par le ministère de la Culture montre que ces spectacles musicaux remportent un certain succès même s'il est encore très loin de l'engouement suscité à Broadway ou à Londres.

Vers un renouveau de la comédie musicale en France ?
La Belle et la Bête, actuellement à l'affiche du Théâtre Mogador à Paris. (© MaxPPP)

Ce samedi matin du mois de janvier, Alice et son frère Sylvain partent pour Londres en Eurostar. Ils font partie des gagnants du jeu organisé dans l'émission 42ème Rue présentée par Laurent Valière, et ont la chance d'aller assister à un "musical" comme le disent les britanniques. Alice est assez friande du genre anglo-saxon, son frère beaucoup moins mais tous les deux s'accordent pour dire que les comédies musicales présentées en France ne suscitent guère d'intérêt chez eux. Les deux français se réjouissent d'aller assister à l'un des musicals ayant remporté le plus de succès outre-Manche, "Wicked " de Stephen Schwartz, à l'affiche de l'Appollo Victoria Theatre depuis 2006 avec huit représentations à guichets fermés hebdomadaires. Le spectacle n'aura pas laissé indifférent les deux gagnants.

Sylvain et Alice devant l'Appollo Victoria Theatre prêts à assister à la comédie musicale "Wicked". (© Victor Tribot Laspière/France Musique)
Sylvain et Alice devant l'Appollo Victoria Theatre prêts à assister à la comédie musicale "Wicked". (© Victor Tribot Laspière/France Musique)

Le quartier du West End à Londres et sa quarantaine de théâtres proposent une multitude de comédies musicales qui connaissent toutes un certain succès. Le record étant détenu par Les Mésirables toujours à l'affiche depuis 28 ans et vu par près de 65 millions de personnes à travers le monde. Des chiffres vertigineux qui font que le West End londonien représente une énorme activité économique, devant celle de Broadway à New York, avec un poids estimé à 2,5 milliards d'euros et 41 000 emplois. En 2012, ce sont 14 millions de billets qui se sont vendus pour un chiffre d'affaire de 640 millions d'euros. Paris en est encore très loin avec environ 2 millions de billets écoulés et un chiffre d'affaire situé entre 60 et 70 millions d'euros.

Une différence colossale qui s'explique bien sûr par le nombre de théâtres présents à Londres comparé à Paris, mais aussi par une différence de perception de ce type de spectacles en France par rapport au monde anglo-saxon. Une différence que pointe Xavier Dupuis, maître de conférence à l'université Paris-Dauphine en management des organisations culturelles, dans une étude (co-écrite avec Bertrand Labarre) commandée par le ministère de la Culture, "Le renouveau du spectacle musical en France". Des différences qui selon lui viennent de l'héritage de l'opérette française du 19ème siècle.

Dans cette étude, les auteurs s'attachent également à décrire les différents types de spectacles musicaux. D'un côté, la comédie musicale à la française qui s'apparente à un spectacle de variétés consistant en une succession de chansons et qui repose sur le succès des disques qui en découle (Notre-Dame de Paris, Mozart l'opéra Rock ). De l'autre côté, la comédie musicale à l'anglo-saxonne qui, selon l'étude, est une application de l'industrialisation de la production du divertissement au spectacle vivant.

Bientôt un Broadway à Paris?

Le rachat du théâtre Mogador par Stage Entertainment en 2005 aura permis d'implanter le premier lieu parisien dédié à la comédie musicale à l'anglo-saxonne avec comme grand succès l'adaptation en français du Roi Lion (1,3 millions de billets vendus entre 2007 et 2010). Le spectacle La Belle et la Bête actuellement à l'affiche a déjà été prolongé. Il faut également signalé le succès des reprises de comédies musicales classiques de Broadway au Théâtre du Châtelet comme My Fair Lady ou encore Le Roi et moi. Paris semble donc bien vivre un renouveau du spectacle musical depuis ces dernières années mais dont l'importance est encore loin derrière de celle du West End ou de New York. Il paraît d'ailleurs compliqué que la capitale arrive à un niveau similaire étant donné l'un de ses principaux handicaps : la langue française qui n'est pas aussi véhiculaire que l'anglais, et qui donc n'intéressera pas autant les touristes, qui constituent plus de la moitié du public à Broadway ou à Londres.

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