Valéry Giscard d'Estaing, le président musicien

Au piano, à l’accordéon et même au chant, Valéry Giscard d’Estaing a utilisé la musique comme un véritable outil de communication. Retour en vidéo sur la stratégie musicale du Président.

Valéry Giscard d'Estaing, le président musicien
Valéry Giscard d'Estaing joue au festival mondial de l'accordéon en 1973. , © Getty / Gamma-Rapho

Comme ministre, candidat et président, Valéry Giscard d’Estaing a révolutionné la communication politique, en prenant soin d'offrir une image d’homme politique « moderne ». Il s’inspire du modèle américain et se met largement en scène, avec sa famille, accompagné de stars, en dînant chez les Français ou en jouant au football... mais il utilise aussi ses instruments de musique pour attirer l’œil et l’oreille.

D’abord, il y a l’accordéon dont il joue volontiers devant les caméras. L’image de VGE avec son instrument est entrée dans la postérité. Il s’offre même un duo avec la reine de l’accordéon, Yvette Horner, en 1973, au festival mondial de l’accordéon. Il confiait alors à L’Express : 

Si tous les hommes politiques jouaient de l'accordéon, on s'entendrait mieux. 

Il découvre cette passion musicale durant la Seconde Guerre mondiale. Sa femme, Anne-Aymone Giscard d'Estaing, raconte en 1974 :  « Il a appris de manière un peu accidentelle, pendant l’Occupation en Autriche. Un professeur d’accordéon au chômage a proposé de donner des leçons aux jeunes militaires français. »

Mais Giscard n’était pas seulement accordéoniste, il savait également utiliser le clavier classique d’un piano. Une archive vidéo de 1975 en témoigne, où il joue Douce Nuit aux côtés de Claude François, lors du Noël de l’Élysée.

Le président "accordéoniste" moqué

Et s’il n’est pas accompagné d’un de ses claviers, il lui arrive aussi de donner de la voix. Candidat aux élections présidentielles en 1974, il entame en meeting, devant ses partisans, le Chant du départ, un chant révolutionnaire et militaire. Il expliquera ensuite, en 1986, dans l’émission l’Oreille en coin, qu’il l'a apprise à l’armée. « Quand nous étions dans la Première armée, on nous disait de chanter. De Lattre de Tassigny avait eu l’idée curieuse de faire chanter l’armée française. Et (en 1974), c’était à peu près le seul chant que je connaissais bien, je me suis dit, c’est l’occasion de s’en servir ». VGE a effectivement fait partie de la 1ère armée du général de Lattre de Tassigny, composante de l’Armée française de la Libération. Il s’y était engagé en 1944, à l'âge de 18 ans.

Malgré ses efforts pour se mettre en avant en musique, la stratégie de VGE se retourne contre lui et il n’échappe pas aux railleries. Le président « accordéoniste » fait l’objet de multiples sketchs, et il « inspire » même certains artistes : Sophie Darel avec Le Giscardéon ou Jean-Patrick Capdevielle avec Quand t'es dans le désert. 

Mais si VGE ne fait pas l’unanimité comme musicien populaire, il a joué un rôle important dans la musique nationale durant sa présidence. Il a demandé à Roger Boutry, chef des musiques de la Garde républicaine, de réorchestrer et réharmoniser La Marseillaise, afin d’en faire un hymne plus solennel. Un hymne que le président n’hésitera pas à reprendre en chanson, devant un micro, en 1978. Une séquence patriotique et musicale restée dans les esprits.