Johnny Hallyday : les secrets d’une voix infatigable

Johnny Hallyday, ce sont certes des tubes immensément populaires, mais c’est aussi une voix. Une voix puissante et timbrée, dont il faut saluer la technique et la longévité.

Johnny Hallyday : les secrets d’une voix infatigable
Johnny Hallyday (1943 - 2017)., © Getty

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 2017 s’est éteint Johnny Hallyday, l’un des plus populaires chanteurs français. Rock’n roll, twist, blues, pop ou variété : il a prêté sa voix à tous les genres, conquérant au fil des années un public de plus en plus large.

Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages se multiplient de toute part, saluant une personnalité généreuse, une carrière exceptionnellement longue et une voix qui nous aura laissé croire qu’elle était, elle, immortelle.

Comment cette voix s’est-elle maintenue tout au long de soixante ans de carrière, d’enregistrements et de concerts ? Dans quelle mesure s’est-elle même étoffée, enrichie ? Retour sur le caractère exceptionnel de la voix de Johnny Hallyday : sa longévité, sa technique et sa polyvalence.

Jamais essoufflé

Plus de 60 ans de carrière, plus de 1 000 chansons enregistrées, plus de 130 tournées spectaculaires. Il faut pouvoir le faire. Beaucoup de “plus” dans la carrière de Johnny Hallyday et aucun “moins” concernant son évolution vocale, ce qui vaut la peine d’être souligné lorsque l’on pense à toutes ces carrières mises à mal par des essoufflements ou fragilités vocales.

A 70 ans passés, Johnny Hallyday, lui, donnait toujours autant de voix. Quelques mois avant que la maladie ne l’emporte, alors qu’il apparaît affaibli au côté de ses amis de toujours - les Vieilles CanaillesEddy Mitchell et Jacques Dutronc - le chanteur n’avait perdu ni en justesse ni en décibels.

Derrière cette longévité : une solide technique vocale. Johnny Hallyday maîtrise sa voix et son souffle, ce qui lui permet de chanter pendant plusieurs heures d’affilée, d’où la comparaison appropriée du chanteur Roberto Alagna : « Johnny me montrait souvent la façon dont il respirait pour chanter, avec le diaphragme. Il avait une technique comparable à celle d’un chanteur lyrique. » L’artiste est tel un sportif de haut niveau : préparé et bien musclé.

Il n’a pourtant jamais suivi de cours de chant, du moins pas avant de faire carrière. Sa technique, il l’a construite et expérimentée directement sur scène. « A ne jamais s’économiser devant son public, il a peu à peu musclé ses cordes vocales », fait remarquer Yvan Cassar, compositeur et pianiste, ancien directeur musical de Johnny. Un entraînement progressif, donc, qui explique pourquoi la voix du chanteur s’est au fil du temps bonifiée.

Un parcours à l’envers

Au début de sa carrière, Johnny Hallyday n’a pas encore la puissance vocale qu’on lui connaît. Ce que l’on entend dans ses premiers enregistrements, c’est une voix plus sautillante, clairement influencée par la rock star américaine Elvis Presley. Tout comme le King, le jeune Johnny fait glisser vers l’aigu la fin de certaines voyelles, use et abuse des onomatopées (les fameux yeah yeah devenus yéyé sous la plume d’Edgar Morin dans le journal Le Monde). Il fait rebondir les mots comme il soulève sa hanche pour faire danser.

Ce jeune chanteur “à l’américaine”, la presse et les bons parents ne l’apprécient pas beaucoup. Du moins, pour l’instant. Il y a quelque chose de provoquant, de presque sexuel dans sa façon de chanter. Mais c’est là que l’idole des jeunes réalise son premier tour de maître : en dépit de la féroce concurrence qui se joue désormais sur le marché du rock français, et malgré la critique, il va rester, explorer d’autres registres musicaux et développer son timbre, ses capacités vocales.

Crier, mais en toute musicalité

Pour le ténor Roberto Alagna, il ne faudrait pas résumer l’évolution de la voix de Johnny Hallyday à sa seule prise de volume : « Sa puissance était plutôt une couleur, une identité vocale. Ce qu’il y avait de plus impressionnant chez lui, c’était la couverture des sons, une technique que n’emploient pas habituellement les chanteurs de variété ou de rock. Cette couverture lui permettait de chanter haut, d’aller vers les aigus. A partir du fa dièse, il couvrait la voix comme un ténor. »

La couverture du son est ce qui permet à un chanteur de passer du registre grave aux notes aiguës sans aucune discontinuité, sans que l’auditeur n’entende une rupture. Or, pour couvrir le son, il faut s’appuyer sur son souffle, le fameux soutien du diaphragme. C’est ainsi que Johnny a pu « crier » pendant près de soixante ans, sans jamais abîmer ses cordes vocales. Depuis ses premières démonstrations de force et de coffre dans Le Pénitencier (1964) jusqu’à la mythique montée « Il suffira » répétée dans Allumer le feu (1998), Johnny a peu à peu appris à maîtriser l’énergie de sa voix et de sa personnalité rock’n roll.

Parce qu’il sait canaliser son énergie vocale, il s’illustre dans de nouveaux répertoires, tels que le blues, la pop et la variété. Son plus grand succès commercial, la chanson Sang pour sang composée par son fils David et sortie en 1999, appartient ainsi au genre plus doux de la ballade.