Youtube et musique classique : les 10 plus belles vidéos d'archives

Mis à jour le vendredi 05 août 2016 à 14h29

Les grands moments de la musique classique ont parfois été immortalisés en vidéos. Et parfois mis en ligne sur Youtube. Une mine d’or sur laquelle il ne faut pas hésiter à se pencher.

Que diriez-vous d’une plongée dans Youtube ? Parmi les milliards de vidéos publiées depuis une dizaine d’années, certaines pépites sont souvent oubliées ou peu visibles. Pourtant, certaines rappellent les plus grands moments de l’histoire de la musique.

Maria Callas tout en intimité, Rostropovitch devant le mur de Berlin, Claudio Abbado dans les dernières années de sa vie, Yo-Yo Ma présenté à 7 ans par Bernstein… Autant de vidéos d’archives qu’il est grand temps de (re)visionner.

1939 : La victoire de la contralto Marian Anderson

Marian Anderson est la première afro-américaine à chanter au Metropolitan Opera, en 1955. Mais pour en arriver là, la contralto s’est battue toute sa vie contre les discriminations. Par exemple, en avril 1939, le collectif des Filles de la Révolution américaine (une société patriote) lui interdit l’accès au Constitution Hall pour un concert.

Eleanor Roosevelt, épouse du président, démissionne immédiatement du collectif, accusé alors de racisme, et, avec l’aide du secrétaire de l’intérieur, organise un concert en plein air, devant le Lincoln Memorial pour que la chanteuse puisse se produire. Ainsi, Marian Anderson interprète devant une foule de presque 80 000 personnes, America, O mio Fernando (un air de La Favorite de Donizetti ) et l’Ave Maria de Schubert.

1944 : Richard Strauss dirige son oeuvre

Les vidéos des compositeurs du XIXème siècle sont rares. Et pourtant, il existe quelques précieuses archives dont notamment celles de Richard Strauss dirigeant sa musique dans les années 40. Des années controversées pour le compositeur allemand, proche du régime nazi.

Richard Strauss accepte en 1933 de présider la chambre de musique du Reich pour continuer à travailler au service de toutes les musiques et défendre son ami écrivain d’origine juive Stefan Sweig. Il compose aussi des oeuvres pour des événements soutenus par le régime d’Hitler comme les Jeux Olympiques de 1936 à Berlin.

1958 : Yehudi Menuhin et David Oistrakh jouent le concerto pour 2 violons de Bach

Cette année, Yehudi Menuhin aurait fêté ses 100 ans et David Oistrakh soufflé ses 108 bougies. En 1958, les deux violonistes jouent le double concerto de Bach à la salle Pleyel de Paris avec l’orchestre de chambre de la RTF. Un concert immortalisé en vidéo où l’on peut admirer deux figures majeures du XXe siècle.

1959 : Le génie à l’état pur de Glenn Gould

Il existe de nombreuses vidéos du pianiste Glenn Gould mais la plus populaire est certainement la plus représentative du personnage. Extraite d’un documentaire, la scène montre le musicien dans un appartement en train de travailler la deuxième Partita de Bach . On l’entend murmurer sur la musique, sa spécialité. Se tromper, s’arrêter, reprendre.

Une vidéo qui humanise (légèrement) le génie de Glenn Gould. Et qui permet de garder quelques précieuses traces de cet artiste qui a décidé, en 1964 à l’âge de 32 ans, d’arrêter toute production en public pour ne se concentrer que sur ses enregistrements.

1962 : Leonard Bernstein présente Yo-Yo Ma

En 1962, âgé de 7 ans, le violoncelliste Yo-Yo Ma est invité à jouer avec sa soeur Yeou-Cheng Ma à la John Fizgerald Kennedy Library, devant le président américain et sa femme. A cette époque, le jeune musicien est déjà présenté comme un prodige, d’autant que c’est à Leonard Bernstein que revient le privilège de introduire la future star du violoncelle au public, et aux personnalités présentes ce jour-là, comme Pablo Casals, Marian Anderson, Van Cliburn ou encore Benny Goodman

Ce souvenir restera gravé dans la mémoire de Yo-Yo Ma qui écrira au chef quelques années plus tard :

« Cher M. Bernstein,Vous souvenez-vous toujours de moi ? J’ai maintenant 10 ans. Cette année j’ai appris aux côtés de mon professeur Leonard Rose trois concertos : celui de Saint Saëns, de Beccherini et de Lalo. La semaine dernière avec ma soeur nous avons joué au concert de Noël de la Juilliard School. Et nous sommes invités à donner un récital à la Brearkey School le 19 janvier 1966 à 13h45. Si vous avez le temps, je serais très heureux de jouer pour vous. Yo-Yo Ma »

1964 : Maria Callas en interview : « Je ne suis pas une idole »

« Non je ne change pas. Je suis trop rebelle par nature ». Maria Callas en 1964 donne une longue interview au critique musical Bernard Gavoty à Paris. Elle répond sans tabou aux questions, souvent personnelles, de son interlocuteur. Plus que la chanteuse, on retrouve la femme derrière La Callas. Une femme qu’elle décrit comme « simple, elle aime voir la télévision, lire les bêtises, elle aime des fois écouter des choses jolies, lire, faire l’intellectuelle que je ne suis pas car je n’ai jamais eu le temps ».

Elle donne cette interview un an avant sa dernière apparition sur scène, le 5 juillet 1965 en interprétant Tosca, son rôle emblématique et fétiche. Loin de son image de diva, Maria Callas parle de sa carrière avec maturité. « Je ne suis pas une idole, je suis humaine. C’est pour ça que je ne suis pas toujours parfaite. Parfois je chante bien et parfois moins bien ».

Années 60/70 : L’unique complicité de Daniel Barenboim et Jacqueline Du Pré

Impossible de ressortir les plus belles vidéos d’archives sans histoire d’amour. Et dans l’histoire de la musique, la rencontre entre Daniel Barenboim et Jacqueline Du Pré est une référence. Difficile d’ailleurs de faire un choix, tant chaque vidéo dans laquelle ils apparaissent est émouvante.

La talentueuse violoncelliste rencontre le pianiste et chef d’orchestre en 1966. Coup de foudre sentimental et musical. Ils se marient quelques mois plus tard à Jérusalem. Ensemble, ils jouent et enregistrent beaucoup de disques jusqu’à ce qu’une sclérose en plaque affaiblisse Jacqueline Du Pré, à peine âgée de 27 ans. Année après année, son état de santé se détériore. Elle meurt en octobre 1987, à Londres.

1989 : Rostropovitch joue devant le mur de Berlin

Moment historique, vidéo historique. Le 11 novembre 1989, deux jours après la chute du mur de Berlin, Mstislav Rostropovitch prend un avion en vitesse, se rend au Check Point Charlie - le poste frontière entre Berlin Est et Ouest - et sort son violoncelle. Il improvise un concert en jouant Bach devant les Berlinois rassemblés devant le mur encore partiellement détruit.

Le violoncelliste et chef d’orchestre d’origine russe était très engagé politiquement pour la liberté d’expression. En 1970, il prend la défense du dissident politique Alexandre Soljenitsyne. Ce qui lui vaut une réplique sans précédent de son pays d’origine : Rostropovitch est contraint de s’exiler aux Etats-Unis et sera déchu de sa nationalité 8 ans plus tard pour « actes portant systématiquement préjudice au prestige de l’Union soviétique ».

2011 : Riccardo Muti enflamme l’opéra de Rome

Laissons de côté les silences. Dans la vidéo qui suit, ce sont surtout les cris des spectateurs, la voix de Riccardo Muti et celle du “choeur des esclaves” qui résonnent. Nous sommes le 12 mars 2011, à l’opéra de Rome. Ce soir-là est donné Nabucco deVerdi pour célébrer les 150 ans de l’unité italienne (en référence à la proclamation du royaume d’Italie en 1861).

Au cours du 3ème acte, arrive le fameux Va, pensiero, air très populaire en Italie. Lors de sa création en 1842, le pays était sous l’emprise autrichienne et ce Choeur des esclaves résonne comme un cri à la liberté. Ce soir de mars, le public est agité. De nombreuses personnalités politiques sont dans la salle. Certaines sont accusées de couper le budget consacré à la culture.

Ce soir de mars, le Va, pensiero résonne comme un cri de détresse. Le chef napolitain Riccardo Muti le sait bien. Il entend les demandes de bis et les « Viva l’Italia » qui fusent dans la salle. Alors il se retourne et s’adresse au public :

« Je n’ai plus 30 ans et j’ai vécu ma vie. Mais en tant qu’Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc, j’acquiesce à votre demande de bis pour le “Va, pensiero”. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le chœur qui chantait “Ô ma patrie, si belle et perdue”, j’ai pensé que si nous continuions ainsi, nous allions tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, notre patrie elle-même serait en effet “si belle et perdue”. »

A la demande du chef, le public se lève et chante avec le choeur tandis que des tracts volent dans l’opéra. On peut lire sur ces petits bouts de papier : « Italie, tu renais dans la défense du patrimoine de la culture ».

2012 : Le silence magique de Claudio Abbado

« Quand on a entendu du Mozart, le silence qui suit est encore du Mozart ». La célèbre citation de Sacha Guitry illustre à la perfection cette émouvante scène de Claudio Abbado . Le chef d’orchestre dirige le *Requiem * de Mozart en 2012, deux ans avant sa disparition, au festival de Lucerne.

Cette vidéo de 2 minutes montre un chef affaibli par sa maladie. Après la dernière note, il reprend doucement ses esprits dans un silence complet qui semble durer une éternité. Le temps figé est finalement rompu par des applaudissements chaleureux. Claudio Abbado avait aussi réussi, en 2010, à obtenir un silence interminable dans cette même salle, après la 9ème symphonie de Mahler .

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