"On va tout faire pour te virer" : Romain Leleu dénonce des intimidations au CNSMD de Lyon

Le trompettiste, qui enseignait depuis 2018 au CNSMD de Lyon, remet en cause la tenue d'un concours la semaine dernière, destiné selon lui à l'évincer. Il dénonce aussi des mots et des comportements très durs à son encontre, qui l'ont conduit l'an dernier à déposer un signalement.

"On va tout faire pour te virer" : Romain Leleu dénonce des intimidations au CNSMD de Lyon
« Pendant trois ans je n’ai pas passé la porte du conservatoire sans avoir mal au ventre », témoigne Romain Leleu, © Eric Manas

Ambiance délétère au département des cuivres du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. Le trompettiste Romain Leleu, qui enseignait la trompette six heures par semaine depuis janvier 2018 n’y enseignera plus. Un nouveau concours, organisé ce mois-ci pour le poste à temps complet - soit douze heures hebdomadaires - a été remporté par un autre candidat. 

« Je ne remets pas en cause le résultat du second concours : je remets en cause son existence », témoigne Romain Leleu au micro de France Musique. Tout en dénonçant des mots très durs et un comportement malveillant à son égard durant ses années d’enseignement, ainsi qu’un « plan machiavélique imaginé par le chef de département », afin de l’évincer.

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« Des SMS menaçants »

Les pressions, selon Romain Leleu, commencent dès le lendemain de sa nomination, il y a plus de trois ans. « Je commence à recevoir des SMS menaçants. Je commence à être mis au courant que je n’aurais pas dû sortir des urnes, parce qu’ils avaient prévu d’engager quelqu’un d’autre. J’ai commencé à être sali à ce moment-là », raconte-t-il.

Le trompettiste commence à donner cours normalement. Débute alors, selon Romain Leleu, une longue entreprise de dénigrement et de rejet à son encontre. Des professeurs, « au moins deux », demandent aux étudiants à l’époque d’écrire un courrier au ministre de la Culture pour s’opposer à sa nomination, « ce qu’ils refusent de faire ». Au bout d’un mois, un étudiant vient le voir en lui disant qu’il avait été sollicité par le chef du département afin « de vérifier si je faisais bien mon nombre d’heures, ce que j’ai toujours fait. » Son collègue, avec lequel il partage les heures d’enseignement, « écrit un mail aux étudiants de la classe, en leur disant que ma nomination avait été entachée d’irrégularités ».

Sans compter ce que Romain Leleu décrit comme des humiliations publiques. Notamment lorsqu’un intervenant vient donner une masterclass au conservatoire. « Le chef du département demande à cette personne: ‘Est-ce que si les 12 heures se libèrent, ça t’intéresserait ? Quand mon collègue sera parti et que j’aurai fait virer Leleu, bah écoute tu passeras le concours et tu l’auras.’ Tout ça devant moi et d’autres étudiants, dans la cour du CNSM. »

Ou bien encore, selon les propos très durs rapportés par Romain Leleu : « Tu n’as rien à faire dans ce conservatoire. Tes heures vont disparaître quand ton collègue partira en retraite, je vais m’y employer, tu n’as ni les compétences, ni l’expérience, ni le niveau. Nous n’avons pas besoin de quelqu’un comme toi ici. »

« Tu n'as rien à faire là »

Romain Leleu se souvient aussi d'une conversation au téléphone avec son collègue avec qui il partageait les cours de trompette : « Il m’a dit : 'tu n’as rien à faire là, mais Romain, de toute façon, on va te virer, on va tout faire pour te virer…' C'était tout le temps comme ça. » 

En septembre 2019, Romain Leleu rencontre Mathieu Ferey, le directeur nouvellement nommé. « Je lui ai expliqué la situation, en disant que je vivais un véritable calvaire. Il n’était pas au courant que j’avais été recruté sur concours. Il m’a dit il n’y avait plus qu’un an et 10 mois à tenir : 'N’allez pas plus loin. Les choses vont se calmer quand le chef de département sera parti.' Je n’ai jamais été mis au courant de la suite donnée à cela. »

La direction a toujours pris les choses pas très au sérieux, j’ai fini par en avoir marre. Ce climat n’a jamais été géré, je me suis toujours senti très seul" - Romain Leleu

Un signalement à la DRH en avril 2020

Constatant que la situation ne s'améliore pas, Romain Leleu décide alors de déposer un signalement auprès de la direction des ressources humaines, en avril 2020. Il est ensuite convoqué en septembre 2020, toujours par la DRH, à une enquête administrative. "J’apprends à la fin de cette enquête administrative que le chef du département veut m’attaquer en diffamation", rapporte le trompettiste, qui ajoute que le directeur, Mathieu Ferey, « aurait dû prévenir le procureur de la République de ce signalement, et il ne l’a jamais fait. »

On a fait appel à un avocat qui a écrit une première lettre le 1er novembre 2020, restée sans réponse"

En décembre 2020, pour la première fois, la DRH demande que Romain Leleu soit reçu par la médecine du travail. Le trompettiste est alors interdit de rentrer en contact avec le chef du département et le collègue avec qui il partage les heures, ni de visu, ni par téléphone. Fin février 2021, Romain Leleu reçoit une lettre de fin de contrat. Au mois de juin, trois ans après avoir passé un premier concours, il passe alors un nouveau concours, pour le poste à 12h. Il arrive second et n'est donc pas retenu. « Je pense que ce concours a été organisé par monsieur Ferey pour me nuire, pour que je n’exerce plus. »

En février 2020, monsieur Ferey a reçu toute ma classe dans son bureau. C’était suite à la pression faite par mon collègue pour que les élèves se positionnent. Je n’ai jamais su ce qui s’était dit, je n’ai jamais eu de compte rendu"

« Réorganiser un concours car il s'agit d'un nouveau poste »

De son côté, Mathieu Ferey, directeur du CNSMD de Lyon, justifie ainsi la tenue d’un deuxième concours : « Monsieur Romain Leleu était sur une classe à 6h, une demi-classe, au côté de Thierry Caens, qui lui aussi avait un demi-poste d’enseignement. Monsieur Caens partant à la retraite à la fin de cette année scolaire, l’idée était de repasser le poste à temps complet. Dans ce cadre-là, il s’agit véritablement d’une transformation. Très clairement, on a mis fin aux deux demi-classes et on a créé une classe à temps complet. »

« Ceci se fait dans des conditions extrêmement précises, qu’on a vérifié du point de vue juridique et sur lesquelles on a reçu un avis éclairé du ministère », tient également à souligner Mathieu Ferey. « Dans ces cas-là, la procédure est très claire : il faut réorganiser un concours car il s’agit d’un nouveau poste. Romain Leleu avait accepté l’idée de repasser le concours pour une classe à 12 heures. Ceci correspond à une règle de droit précise, qu’on appelle le droit opposable des tiers, car la nouvelle nature du poste peut amener d’autres personnes à postuler. »

« Nous avons décidé de modifier le poste notamment à la demande de Romain Leleu, c’est lui qui souhaitait le poste à temps complet. Et à la demande des étudiants, qui préféraient n’avoir qu’un seul enseignant », explique-t-il.

Une enquête administrative qui n'a pas retenu des faits de harcèlement moral

Le directeur s’exprime aussi sur les relations tendues au sein du département des cuivres. « Bien sûr que j’étais au courant de ça. Tout ceci a été réglé et traité en temps utile, ça avait été résolu depuis plusieurs mois. Ça n’a absolument rien à voir avec la situation du concours, qui s’est déroulé de façon totalement transparente », rapporte-t-il : « On a fait absolument tout ce qu'il y avait lieu de faire. Nous avons mené une enquête administrative, qui n’a pas conduit à retenir des faits de harcèlement moral. À partir du moment où il n’y a pas de fait de harcèlement moral, pourquoi aurais-je saisi le procureur de la République ? », questionne-t-il, en réponse à Romain Leleu.

Interrogé par France Musique sur l'éventualité de porter plainte, Romain Leleu ne « se l'interdit pas » : « Pendant trois ans, je n’ai pas passé la porte du conservatoire sans avoir mal au ventre. »