Une série de concerts en Israël redonne vie à des violons de la Shoah

Les musiciens de l’orchestre de chambre de Jérusalem ont joué sur trente violons « rescapés » de la Shoah, à l’occasion de plusieurs concerts en Israël baptisés « Violons de l’espoir »

Une série de concerts en Israël redonne vie à des violons de la Shoah
L'orchestre de chambre de Jérusalem © MENAHEM KAHANA / AFP

« J’ai joué des milliers de concerts, mais jamais je n’ai eu l’émotion et le tremblement que j’ai eu en prenant en main ce violon d’Auschwitz. Son odeur était différente, j’avais comme l’impression en jouant qu’on m’enfonçait un pieu dans le cœur, car je connaissais son histoire ». C’est la deuxième fois que le violoniste Guy Braunstein participe aux « Violons de l’espoir ». Sur la scène de l’auditorium de Tel-Aviv, il a notamment interprété l’adagietto de la Symphonie n°5 de Mahler, accompagné de l’orchestre de chambre de Jérusalem, devant un public extrêmement ému. L’instrument qu’il avait sous le menton a appartenu à un violoniste de l’orchestre d’Auschwitz. Son propriétaire était forcé de jouer des journées entières pour accompagner les marches vers le travail forcé.

A l’initiative de ce projet, et des concerts précédents, on retrouve le luthier Amnon Weinstein. Israélien de 76 ans, lui-même issu d’une famille ayant échappé à la Shoah, il a passé vingt ans de sa vie à récupérer et à restaurer les violons des camps et des ghettos. « Ma mission, c’est de mettre la main sur tout violon rescapé de la Shoah, de l’acquérir, de le réparer et d’en faire un violon capable d’être joué en concert, je veux que ces violons soient joués, qu’ils fassent entendre ce qu’ils ont à dire ».

Le luthier Amnon Weinstein dans son atelier © MENAHEM KAHANA / AFP
Le luthier Amnon Weinstein dans son atelier © MENAHEM KAHANA / AFP

Dans son atelier il y a 60 pièces, des violons et des violoncelles, dont la plupart ont été fabriqués en Allemagne ou en Tchécoslovaquie et portent une étoile de David ou un nom inscrit à l’intérieur. Récemment, grâce à internet, il a reçu un violon qui avait été abandonné par un déporté en partance pour le camp de Drancy en France. Son propriétaire l’avait confié à un agent français depuis la fenêtre du train, le long des rails.

« Dans tout témoignage sur la Shoah, il y a une histoire de violon », raconte Amnon Weinstein. « Il n’y a rien d’autre qui puisse restituer leur voix, et qui restera après nous », regrette-t-il cependant. Il compte néanmoins sur son fils Avshalom, troisième génération de luthiers, pour continuer sa mission et préserver la mémoire.