Une oeuvre perdue de Stravinsky retrouvée 100 ans après

Une importante oeuvre de jeunesse d'Igor Stravinsky, considérée comme perdue depuis 100 ans, vient d'être retrouvée dans une pile de vieux manuscrits poussièreux au Conservatoire de Saint-Petersbourg. Il s'agit d'un Chant Funèbre composé à la mémoire de Rimski-Korsakov, qui fut son professeur.

Il n'y a pas qu'en matière de musique ancienne ou chez les compositeurs vieux de 250 ans que l'on fait des découvertes ou redécouvertes de partitions oubliées ou disparues. Nombre d'oeuvres du XXe siècle ont disparu ou n'ont pas encore été découvertes. C'était le cas avec ce Chant Funèbre, oeuvre de jeunesse de Stravinsky que l'on pensait détruite lors de la révolution russe de 1917 ou lors de la guerre civile qui suivit. Mais le morceau a été retrouvé totalement par hasard dans un pile de vieux manuscrits poussiéreux du conservatoire de Saint-Petersbourg.

Cette pièce de 12 minutes a été composée en 1908, peu de temps après la mort de Nikolai Rimski-Korsakov, auprès duquel Stravinsky suivait des cours de composition. Elle a seulement été jouée une seule fois en janvier 1909 au conservatoire de Saint-Petersbourg. Le compositeur s'en rappelait comme l'une de ses meilleures oeuvres de jeunesse mais n'avait plus aucun souvenir de ce qu'il avait écrit. Stravinsky se disait "curieux de voir ce qu'il avait composé juste avant L'Oiseau de Feu ", le ballet qui le fît instantanément connaître à Paris en juin 1910.

Pendant des années, les musicologues russes estimaient possible que la partition manuscrite soit toujours préservée quelque part dans la masse énorme de musique non cataloguée des archives du conservatoire de Saint-Petersbourg ou de l'Orchestre philharmonique de la ville. Mais pendant l'ère soviétique, le fait de fouiller n'était pas vraiment encouragé, d'autant plus que l'expatrié Stravinsky "n'existait" tout simplement pas en URSS.

Après la chute du système soviétique, Natalya Braginskaya, une musicologue russe spécialiste de Stravinsky avait mené plusieurs fouilles avec l'aide des archivistes du conservatoire, sans succès. C'est seulement quand le bâtiment a du être entièrement vidé à l'automne dernier en raison d'une réhabilitation que les partitions de ce Chant Funèbre ont émergé d'une piles de manuscrits.

Les archivistes chargés du déménagement des documents avaient reçu un descriptif de ce à quoi devait ressembler la partition et c'est à l'attention d'un libraire que l'on doit cette découverte. Nul doute que sans la vigilance de cette personne, le manuscrit aurait terminé à la poubelle ou aurait été restocké dans un entrepôt pour les 100 prochaines années.

La partition complète n'a pas encore été rassemblée et doit être en partie reconstruite mais selon la musicologue Natalya Braginskaya, ce Chant Funèbre présente une lente procession invariable avec des timbres musicaux très contrastés. Un dialogue de sonorités à peu près conforme au souvenir qu'en avait livré Stravinsky dans son autobiographie 25 ans plus tard.

La musicologue y a reconnu le style de Rimski-Korsakov, mais aussi de celui de Wagner que le jeune russe admirait à l'époque avant de s'en dédire. Il faudra encore attendre quelques années avant de voir l'oeuvre donnée à nouveau, plus de 100 ans après son unique interprétation.

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