Au Concours Tchaïkovski, « Une émulation particulière parmi les candidats »

La 16e édition du concours Tchaïkovski a débuté lundi 17 juin 2019 en Russie. Organisée tous les 4 ans, elle rassemble musiciens et chanteurs du monde entier, dont le pianiste français Alexandre Kantorow cette année, à Moscou et Saint-Pétersbourg. Reportage.

Au Concours Tchaïkovski, « Une émulation particulière parmi les candidats »
Alexandre Kantorow, candidat français du concours Tchaïkovski en Russie, © Capture d'écran Medici.tv

C’est une scène sur laquelle se sont produits les plus grands. Durant la compétition, la grande salle du conservatoire Tchaïkovski de Moscou baigne dans un mélange de solennité et d’excitation. Dès sa première édition en 1958, le concours Tchaïkovski tient le public en haleine : en pleine Guerre froide, le premier prix est remis à l’Américain Van Cliburn avec l’aval de Nikita Khrouchtchev. 

Plus de 60 ans plus tard, les mélomanes se passionnent toujours pour les auditions des candidats. Hervé Boissière, directeur de la chaîne Medici qui retransmet l’intégralité du concours : « Il y a une ferveur populaire ici qu’on ne rencontre pas dans les autres concours car on est en Russie et que la musique classique, c’est vraiment une passion, quelque chose de hyper important. » Une ferveur qui se ressent parmi les candidats : « Je pense que cela crée une émulation pour les candidats qui, tout de suite, jouent devant des salles pleines à craquer, et on voit très bien qu’ils sont portés par le public. Souvent, on a des salles un peu clairsemées ou remplies de professionnels, des agents etc. Là, c’est du vrai public mélomane, enthousiaste, qui a ses coups de cœur, et donc cela crée vraiment une situation de concert en conditions normales, et pas de concours. Et ça change beaucoup de choses. »

Une nouveauté pour cette 16e édition, qui a débuté avec une cérémonie dirigée par Valery Gergiev, la présence au programme des cuivres et des instruments à vent. Mais la discipline reine reste incontestablement le piano. C’est le pianiste russe Denis Matsuev, lui-même lauréat du concours en 1998, qui préside jury. « Le niveau est très élevé, les pourparlers qui nous attendent vont être rudes », affirme-t-il, avant d’ajouter, « je ne parle même pas de la technique car aucun ne peut vraiment se distinguer par sa virtuosité. Ce qui nous intéresse avant tout, c’est la personnalité : nous prêtons attention d’abord aux caractéristiques artistiques des candidats afin de déceler leur potentiel. QuandEmil Gilelsa donné le premier prix à Grigory Sokolov en 1966, Sokolov avait 16 ans ! Gilels avait vu juste et fait preuve d’un flair formidable. » 

Lors de la précédente édition, le pianiste Lucas Debargue avait fait sensation à Moscou. Cette année, la France est représentée par Alexandre Kantorow. Le musicien de 22 ans est l’un des 25 candidats en lice et vient de terminer son audition sur la grande scène du conservatoire. « C’est quand même un lieu mythique que j’ai toujours vu seulement en vidéo, et y aller et avoir le piano… ça déconnecte tout, en fait. » Interrogé sur sa performance, il déclare être content « Bon, bien sûr ce n’était pas parfait, il peut toujours y avoir mieux. Mais, dans l’ensemble, l’essentiel de ce pourquoi je fais de la musique y était. »

Les noms des qualifiés pour le second tour seront révélés ce jeudi 20 juin à minuit. La remise des prix aura lieu le 28 juin à Zariadye, la nouvelle salle philharmonique de Moscou.

Etienne Bouche, depuis Moscou.