Une dernière danse pour le chorégraphe Mats Ek

Le chorégraphe suédois Mats Ek se retire du monde de la danse et propose un programme d’adieu donné au Théâtre des Champs-Élysées: From Black to Blue.

Une dernière danse pour le chorégraphe Mats Ek
Le chorégraphe Mats Ek fait sa tournée d'adieu et retire ses oeuvres de la scène ©CaptureYoutube

Après cinquante ans de carrière, le chorégraphe Mats Ek tire sa révérence. Et ce n’est pas en Suède - son pays d'origine - mais à Paris que l’artiste fait ses adieux, avec un programme spécial donné du 6 au 10 janvier 2016 au Théâtre des Champs-Élysées. Plus qu’un au-revoir, From Black to Blue conclut le travail du chorégraphe en trois de ses créations : She was black (1994), Solo for 2 (1996) et Hâche (mai 2015) avec deux de ses danseurs favoris, sa femme, Ana Laguna (60 ans) et Yvan Auzely (56 ans).

Plus qu’un adieu, Mats Ek annonce vouloir purement et simplement retirer ses oeuvres de la scène. Le Figaro du lundi 4 janvier 2016 annonce qu’il «ne renouvellerait pas l’autorisation d’interpréter ses oeuvres, confiées juqu’ici au Bolchoï de Moscou, aux Ballets de l’Opéra de Paris et de Lyon, au ballet de Suède ou au Semperoper de Dresde. » Il faudra aux spectateurs, aux danseurs, aux balletomanes et aux chorégraphes conserver précieusement dans leur mémoire les images laissées par l'artiste, puisque la plupart de ses archives ont brûlé.

A 70 ans,Mats Ek avoue avoir longuement mûri sa décision de tout arrêter. Né dans une famille d’artistes, le chorégraphe était comme prédestiné à l’univers de la scène. Sa mère, Birgit Cullberg est une figure majeure de la danse expressionniste suédoise. Elle fonde en 1967 le Ballet Culberg, compagnie internationale reconnue. Son père, Anders Ek est acteur, comme sa soeur, et son frère, quant à lui, est danseur. Mats Ek se consacre tardivement à la danse, à l’âge de 27 ans, après s’être essayé à la mise en scène.

Parmi ses créations, deux styles se distinguent. D'un côté, les ballets classiques revisités, comme son fameux Giselle où l’héroïne romantique finit dans un asile. Plus récemment, il a chorégraphie Roméo et Juliette, donné à l’Opéra de Paris début 2015, ou encore La Belle au bois dormant, avec une Aurore reconvertie en toxico.

L’autre style révèle unMats Ek plus intime, loin des contes d’antan. Le chorégraphe s’inspire d’objets de la vie quotidienne. Table, bidet ou aspirateur deviennent alors des supports indispensables pour faire évoluer les danseurs et les sublimer. Dans un entretien accordé au Monde, l’ancien danseur justifie ce choix:

«Cela permet d’apporter quelque chose de très réel dans le monde artificiel de la scène en créant une sorte d’évidence. Prenez la hache, par exemple. Elle vous fait penser à un feu de bois qui se prépare mais aussi à quelque chose de plus violent. C’est son potentiel qui m’intéresse. »

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Outre les décors et les objets, Mats Ek aime avant tout les danseurs. Peu importe leur statut ou leur grade, il n’hésite pas à faire danser. Dernier exemple en date : sa femme de 60 ans dans son dernier programme : «Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de montrer la danse, mais la vie à travers des situations humaines», explique le chorégraphe dans une interview donnée au Figaro.

Pour partir du monde de la scène, Mats Ek a choisi Paris, trois pièces et des danseurs qu’il connaît et apprécie comme ceux du Ballet de Dresde ou sa femme. « Je ne l’ai pas conçu comme un adieu, mais comme une soirée de bons ballets, c’est tout », se justifie le chorégraphe au Monde. «J’ai besoin d’être libre, d’avoir un agenda vide, de ne pas savoir ce qui va m’arriver demain, mais ça ne va pas m’empêcher de continuer à rêver. »

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