Une association britannique milite avec succès pour l'interdiction de la musique dans les magasins

L'association Pipedown se mobilise depuis 24 ans contre les musiques de fond omniprésentes dans les lieux publics et les magasins britanniques. Elle vient de décrocher un premier succès auprès de la chaîne Marks and Spencer.

Une association britannique milite avec succès pour l'interdiction de la musique dans les magasins
© DIPTENDU DUTTA / AFP

Les oreilles de Nigel Rodgers souffrent : il fait campagne depuis des décennies contre la musique d'ambiance, notamment celle diffusée dans les magasins de l'une des principales artères commerciales de Londres, Oxford Street, qui crache les décibels d'une tonitruante musique pop. « C'est aussi nocif que le tabagisme passif. Ça pourrait rendre fou n'importe qui » se plaint l'homme âgé de 63 ans.

Mobilisé depuis 24 ans contre la musique de fond omniprésente dans les lieux publics et les magasins britanniques, son association, Pipedown, vient de décrocher un premier grand succès. La chaîne Marks and Spencer a annoncé qu'elle allait cesser de diffuser de la musique dans ses magasins à la suite de l'envoi de lettres par des centaines de membres de Pipedown, qui en compte 2 000.

Le groupe espère maintenant arriver à convaincre les autres grands détaillants de lui emboîter le pas, grâce aussi à ses organisations relais aux Etats-Unis et en Allemagne, ainsi que des contacts pris en France. Rodgers explique comment l'omniprésence technologique a augmenté le volume sonore dans le monde moderne, avec des retombées négatives telles que problèmes d'audition ou hausse de la tension artérielle.

« Nous vivons en permanence dans un environnement bruyant », dit-il. « Nous sommes artificiellement stimulés tout le temps, ce pour quoi notre organisme n'est pas fait ». Auteur de livres sur l'histoire de l'art et la philosophie, Nigel Rodgers a fondé Pipedown à l'âge de 38 ans, frustré par la musique d'ambiance dans un restaurant où il dînait avec son amie. Le groupe n'a depuis cessé de grandir et mène des campagnes en envoyant des lettres ou en distribuant des tracts aux employés dans les magasins pour se plaindre - poliment bien sûr - de la musique d'ambiance.

« Ce n'est pas le problème de deux ou trois névrosés, c'est un problème beaucoup plus grave », souligne Rodgers. « Les comportements peuvent changer très vite, j'espère que la décision de Marks and Spencer va marquer un tournant », dit-il. Pour les professionnels du secteur en revanche, la musique de fond aide à améliorer l'environnement dans les magasins. Adrian England, de PEL Services, qui fournit de la musique à une série de grandes chaînes de magasins, affirme que le silence met certaines personnes mal à l'aise. « Sans musique, vous entendez les disputes, les enfants bruyants, toutes sortes de bruits que la musique masque », explique-t-il.

Les magasins aiment offrir à leurs clients deux ou trois genres de musique différents et changent le rythme au cours de la journée, doux le matin, dynamique le soir. Le but est atteint lorsque les clients ne réalisent même pas qu'il y a de la musique, selon lui: « C'est le paradoxe. Si vous faites ça bien, les clients ne s'en rendent pas compte, ils ne vont pas faire de compliments, mais ils ne vont pas se plaindre non plus ».

Adrian North, professeur à l'université Curtin en Australie, a enquêté sur l'impact de la musique sur la consommation et estime que peu de magasin l'utilisent convenablement pour communiquer avec leurs clients. D'après ses recherches, diffuser la "bonne " musique dans un environnement commercial peut augmenter les ventes jusqu'à 20%. Une musique inadaptée « est pire que pas de musique du tout », assure-t-il.

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