Un recueil de chansons tenu par Anne Boleyn joué pour la première fois depuis 500 ans

Mis à jour le vendredi 18 septembre 2015 à 22h22

La deuxième femme d’Henry VIII, Anne Boleyn, a tenu un recueil de chansons toute sa (courte) vie avant d’être exécutée sur ordre de son mari. Aujourd’hui, ces chansons sont enfin mises en musique, cinq siècles après la constitution du recueil.

Un recueil de chansons tenu par Anne Boleyn joué pour la première fois depuis 500 ans
Natalie Dormer est Anne Boleyn dans la série Les Tudors ©JonathanHession/Maxppp

Le chœur Alamire , dirigé par Davis Skinner, ressuscite un recueil gardé bien au chaud depuis cinq siècles au Royal College of Music de Londres. En enregistrant dans la chapelle Fitzalan du château d’Arundel, une vingtaine d’œuvres présentes dans le recueil tenu par Anne Boleyn, femme d’Henry VIII, l’ensemble met en lumière une partie sombre de l’Histoire d’Angleterre.

Le recueil d’Anne Boleyn nous plonge dans l’Angleterre du XVIe siècle… Une époque marquée par un roi un peu fou, Henry VIII, frustré, impulsif et meurtrier : il ordonnera l’exécution de deux de ses six épouses.

Le bourreau de l’amour choisit une mélomane comme deuxième femme, Anne Boleyn. Cette dernière commence à découvrir la musique auprès de Marguerite d’Autriche pendant un an avant de rejoindre la cour de France à l’âge de 14 ans. Il semblerait qu’à partir de ces premiers contacts avec la musique, Anne Boleyn commence à constituer un recueil de chansons qu’elle tiendra jusqu’à sa mort en 1536.

Un livret de musiques et compositions

A l’intérieur de ce livret précieux, Anne Boleyn réunit 42 œuvres de compositeurs, majoritairement français : Antoine de Févin, Claudin de Sermisy, Antoine Brumel, Jean Mouton, Josquin Desprez … La perle de la musique de la Renaissance. Ses goûts sont dictés par son cœur. La plupart des chansons présentes dans le recueil parle d’amour. Mais quel amour ? Il y a celui pour les hommes, ce qui reviendrait à conforter les accusations liées à son exécution : adultère, inceste, trahison… Ou peut-être l’amour comme préoccupation entêtante comme toute jeune femme de son âge…

Parmi les chansons se mélangent des chants de prières à l’amour de la Vierge pour son enfant, des hymnes à la joie ou encore des chants d’amour profanes. Dans une œuvre du compositeur Compère à l’Immaculée Conception une phrase annonce : « You will bring forth a son » (« Vous enfanterez un garçon » ). Or quand on connait l’obsession d’Henry VIII d’avoir un fils héritier, les paroles trouvées dans les chansons de ce recueil font un terrible écho à l’état d’esprit de la pauvre Anne Boleyn, de 1533 à 1536, quand elle est alors reine d’Angleterre.

A la fin du livret, une chanson intrigue plus que les autres : O death rock me asleep (Oh mort, berce mon sommeil ). Un poème que la reine elle-même aurait écrit peu avant son exécution par décapitation.

« O Death rock me asleep / Bringe me to quiet rest / Let pass my weary guiltless ghost... For I must dye, there is no remedy »

« Oh mort, berce mon sommeil / Apporte moi un repos éternel / Emporte avec toi mon innocente âme exténuée… Pour ma mort, il n’y a pas de remède »

Mis en musique par un inconnu, certains pensent qu’Anne Boleyn peut en être la compositrice. Avec sa connaissance musicale, et son recueil choisi avec goût, la reine aurait pu être capable de composer une telle chanson, quelques jours avant de perdre littéralement la tête à cause de son mari, Henry VIII.

Accusée (à tort), d’adultère, d’inceste envers son propre frère George, et de haute trahison, Anne Boleyn est exécutée en 1536 à la Tour de Londres, laissant derrière elle ce recueil précieux, et avec lui, une partie de sa vie, en musique et en poésie.

Sur le même thème