Un luthier à la Folle Journée

Depuis 17 ans, il installe son atelier de lutherie au cœur de la Cité des Congrès de Nantes afin de parer aux urgences des musiciens. Rencontre avec Vincent Schryve, le luthier officiel de la Folle Journée.

Un luthier à la Folle Journée
Vincent Schryve, luthier officiel de la Folle Journée, dans son atelier provisoire. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Son atelier n’est pas très facile à trouver dans l’immense Cité des Congrès des Nantes et pourtant ils sont nombreux, les musiciens qui ont besoin de lui. Vincent Schryve est depuis 17 ans celui qui répare les petits soucis : une corde à changer, une cheville qui glisse, une mèche d’archet qui a sauté, etc. Le luthier officiel de la Folle Journée s’occupe de problèmes courants et peu graves. Mais de temps en temps, il y a une urgence, une vraie. Celle qui peut mettre en péril la tenue du concert.

« Ces deux dernières années ont été très calmes, cela dépend principalement de la météo d’ailleurs. Lorsqu’il fait froid ou très humide, le bois bouge et là il peut y avoir des dégâts ». Pour cette édition 2015, la météo est plutôt clémente, un peu de pluie et beaucoup d’éclaircies. Pourtant, la matinée qui avait débuté en douceur va être bouleversée par une urgence.

Le luthier Vincent Schryve et la violoniste Liza Kerob. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Le luthier Vincent Schryve et la violoniste Liza Kerob. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Une violoniste a pris rendez-vous avec le luthier ce matin-là. Il s’agit de Liza Kerob, violon solo de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, venue avec son Trio Goldberg pour la Folle Journée. Elle vient consulter le luthier pour un problème de corde de mi qui siffle, à une heure seulement du début de son concert. « Je change de corde tous les trois jours mais cela n’a rien réglé du tout. C’est le grand problème d’être souvent en tournée, on prend rarement le temps de s’occuper de son instrument, on laisse traîner et arrive un jour où l’on n’a plus le choix ».

Pouvoir trouver un luthier à disposition pendant les cinq jours de la Folle Journée, c’est un luxe que de nombreux musiciens savourent chaque année. En changeant la corde de Liza Kerob, Vincent Schryve découvre que sa cheville ne tient plus. Il décide alors de « bricoler » une solution provisoire pour la violoniste puisse donner son concert. « C’est la première que je vais jouer alors qu’on vient de m’installer une corde neuve que je ne connais pas ». En quelques minutes, le problème est réglé, la corde changée, la cheville reserrée et la musicienne rassurée. Elle promet à Vincent Schryve qu'elle repassera après son concert pour vérifier que la corde se comporte bien.

(© Victor Tribot Laspière/France Musique)
(© Victor Tribot Laspière/France Musique)

Le luthier minimise son rôle : « je ne fais qu’arrondir les angles, les musiciens professionnels savent s’adapter à n’importe quelle situation, ils m’impressionnent. Bien sûr, moi je leur apporte un peu plus de confort mais il faudrait que je passe une journée entière sur leur instrument pour réellement régler le problème ». Pendant les cinq jours, Vincent Schryve alterne avec passion entre réglages et concerts. « C'est le côté ultra gratifiant de ma journée, lorsque je vais écouter un musicien qui a eu besoin de moi. C'est un grande satisfaction quand je sens que l'artiste peut se librérer de ses soucis d'instrument. »

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