Les ensembles musicaux se consacrent de plus en plus aux actions pédagogiques

L'engagement des ensembles membres de la Fevis (Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés) dans la médiation et les actions pédagogiques est en forte expansion, selon le rapport consacré à cette question, visé en ce moment-même par le ministère de la Culture.

Les ensembles musicaux se consacrent de plus en plus aux actions pédagogiques
L'application t@lenschool des Talens lyriques permet l'initiation collective à la musique baroque en classe, © Thomas Salva - Lumento

Depuis 1999, la Fevis - Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés - réalise une vaste enquête biannuelle sur l'activité de ses 138 membres. Y figurent, entre autres, l’ensemble Pygmalion, le Concert d'Astrée, les Cris de Paris, le chœur Accentus, ou encore l'ensemble 2e2m. Alors que la restitution du rapport dans son intégralité a été annoncée pour le 27 novembre, un premier cahier a déjà été rendu public, dédié à la médiation et aux actions pédagogiques.

Si la Fevis a choisi de mettre en lumière ce domaine particulier, c’est pour « montrer que la communauté des ensembles indépendants est extrêmement engagée dans le domaine et pour donner des éléments concrets à la réflexion menée en ce moment même au ministère de la Culture qui a fait de cette thématique une de ses priorités », explique Marie Hédin-Christophe, déléguée générale de la Fevis. « Il s'agit d'un domaine en constante expansion, avec une grande diversité de propositions, résume-t-elle. Un domaine où l'inventivité dépasse largement les effectifs dédiés ou les financements alloués, avec des actions qui vont à la rencontre de tous types de publics, et beaucoup d'objectifs différents » .

Selon le rapport, l'implication des ensembles dans l’action culturelle est en hausse : depuis la première enquête réalisée sur les actions de médiation des membres de la Fevis en 2014, le nombre d'heures dédiées à la médiation a augmenté de 14%. Aujourd'hui, ce sont 88% des membres de la Fevis qui déclarent une activité pédagogique ou de médiation.

Quel type d'actions ?

Les initiatives de 2016 qui sous-entendent une démarche active ont été prises en compte dans l'étude : « Productions participatives, pratique collective, intervention artistique auprès d’un groupe à mobilité restreinte (maison de retraite, établissement hospitalier, prison etc.) » . Autre exemples, les actions qui sensibilisent à la musique : Souffle ! du 2e2M, initient à la pratique : Ecole harmonique du Poème harmonique, créent du lien social : L'autre saison de l'ensemble Les Dissonances, ou investissent des lieux habituellement désertés par la musique : Playing for Philharmonie des Siècles. Tels sont les objectifs des initiatives mises en place, et de nombreux exemples cités par le rapport témoignent de leur diversité : « Nous souhaitons mettre en lumière toutes ces initiatives qui bénéficient de moins de visibilité que les initiatives des structures nationales », explique Marie Hédin-Christophe.

« Ce que l'on remarque de manière générale, c'est que les ensembles sont sensibilisés aux projets de médiation quel que soit leur ancienneté, et incluent dans leur projet ce type d'initiative même s'ils sont au début de leur projet artistique », ajoute la déléguée générale de la Fevis.

Quel public ?

Sur l'année 2016, plus de 60 000 personnes ont été touchées, sur plus de 4 000 interventions. La majorité des actions concernent les scolaires, avec près de 70% des ensembles impliqués. Le public des amateurs occupe la deuxième place en nombre d'interventions, mais les initiatives de médiation en direction des amateurs étaient souvent plus étalées dans le temps. De manière générale, un peu plus de la moitié des personnes touchées par les actions de médiation sont des publics éloignés de la musique.

« Nous avons remarqué que grâce aux initiatives de médiation, nos ensembles arrivent à tisser des liens qualitatifs avec les publics souvent éloignés de leur projet artistique. C'est une porte d'entrée pour sensibiliser le plus grand nombre à un certain répertoire, et cela porte ses fruits », commente Marie Hédin-Christophe.

Si la répartition géographique de ces initiatives est inégale et montre les zones privilégiées, tout le territoire sans exception est concerné. « Les initiatives répertoriées touchent aussi bien les zones prioritaires autour des grandes villes que les zones rurales loin des centres culturels, une tendance qui est en expansion constante », ajoute la déléguée générale.

Quelles évolutions ?

Qui finance les projets de médiation et action pédagogique ? Selon le rapport, les premiers sont les mécènes (17% du coût total des actions), suivi par les collectivités territoriales (7% du coût total, dont les départements à 4%) et les DRAC en financement spécifique (6%). Seuls 36% des coûts de ces activités sont couverts par un financement dédié.

« Ce qui frappe dans les données collectées, résume la déléguée de la Fevis, c'est que les équipes font beaucoup avec très peu de moyens ». Tout d'abord en moyens humains : la majorité des structures ne disposent pas de personnel dédié aux missions de médiation. Ainsi, sur les 94 ensembles interrogés, seuls 26 disposent d’une personne dont la médiation fait partie des missions et 8 seulement emploient une personne dédiée à ces tâches. « On constate un besoin urgent de restructurer les équipes au niveau de l'administration et de la diffusion, pour avoir des personnes dédiées aux missions de médiation qui prennent de plus en plus d''importance ».

Il existe aussi un manque de moyens au niveau de l'innovation, comme dans le cadre des projets à dimension numérique qui sont de plus en plus nombreux. Au-delà des outils de communication et de promotion, le web ouvre la voie à des déclinaisons multiples des outils pédagogiques et de médiation, comme t@lenschool, application d'initiation à la musique baroque lancée par les Talens lyriques, mise à disposition à titre gracieux aux enseignants de musique à l'école. « Les projets numériques ne manquent pas de créativité, et leur place dans l'avenir de la médiation est évidente, constate Marie Hédin-Christophe. Le problème c'est que ce sont des projets très chers, infaisables dans le contexte actuel sans l'accompagnement d'une grande fondation. Il faut désormais penser le numérique dans le cadre d'une politique globale de soutien alloué aux projets de médiation ».