Un document interne dévoile le malaise des danseurs de l’Opéra de Paris

Problèmes de management, harcèlement, absence d'accompagnement : une enquête interne révèle les tensions qui pèsent sur le ballet de l’Opéra de Paris et les critiques adressées par les artistes à la directrice de la danse, Aurélie Dupont.

Un document interne dévoile le malaise des danseurs de l’Opéra de Paris
Stéphane Lissner et Aurélie Dupont, © AFP / Dominique Faget

Plus de deux ans après le brusque départ de Benjamin Millepied, le ballet de l’Opéra de Paris est en proie à une nouvelle agitation. Une enquête interne révèle le malaise d’une centaine de danseurs, sur les 154 qui forment la compagnie. Le document de 200 pages, dont l’AFP a obtenu une copie le dimanche 15 avril, a été réalisé par la Commission d'expression artistique, un organisme interne élu par les danseurs. Il détaille notamment leurs griefs à l'encontre de la directrice de la danse Aurélie Dupont, ancienne étoile de l’Opéra.  

Sous couvert d'anonymat, 89,8% des artistes estiment qu'ils ne « font pas l'objet d'un management de bonne qualité ». 76,8% disent avoir été victimes de harcèlement moral ou avoir vu un collègue subir un tel traitement et 25,9% affirment même avoir été l'objet d'un harcèlement sexuel ou en avoir été témoin.

« Une excellente directrice de la danse », affirme Stéphane Lissner 

Sollicité par l’AFP le lundi 16 avril, le directeur de l'Opéra de Paris, Stéphane Lissner, a affirmé dans une interview lundi à l'AFP avoir « une confiance totale dans Aurélie Dupont », estimant qu'elle était « une excellente directrice de la danse ».

Stéphane Lissner a également souligné son « étonnement » quant à la diffusion de ce document interne à une partie de la presse. Il a promis qu'un dialogue sera établi pour « réfléchir calmement et comprendre ce que les danseurs veulent dire » lorsqu’ils réclament de l'écoute. « Je vais parler avec Aurélie et ma porte est toujours ouverte », a-t-il assuré.

Une centaine de danseurs, dont de nombreuses étoiles, ont également fait part de leur « stupéfaction » après la diffusion du document. « La divulgation de ce questionnaire s'est faite sans le consentement des danseurs et à aucun moment les artistes interrogés n'ont pu concevoir que ce document serait utilisé à des fins contraires à leurs intérêts », indique un communiqué obtenu par l'AFP.

« Manque de compétence et d’accompagnement »

Mais au-delà des chiffres du sondage, ce sont les commentaires recueillis auprès des danseurs qui sont durs à l'égard d'Aurélie Dupont. « La directrice actuelle ne semble avoir aucune compétence en management, et aucun désir d'acquérir une telle compétence », affirme un danseur.

D'autres dénoncent une « absence criante d'accompagnement », une « méconnaissance ou refus d'écouter les aspirations de beaucoup de danseurs » et surtout un « manque de dialogue ». « Nous sommes des êtres humains, et non des pions que l’on déplace comme bon leur semble », s'indigne encore l'un d'eux.

Après le départ de Benjamin Millepied, qui était venu des Etats-Unis pour insuffler de la modernité à l'institution qui fête en 2019 ses 350 ans, la nomination d'Aurélie Dupont était censée calmer les passions.

« Tolérance zéro »

Pour Stéphane Lissner, le caractère difficile des relations humaines a toujours caractérisé le monde du ballet en général. « Dans ce métier de la danse, il y a parfois des réflexions difficiles, sur l'aspect physique d'une danseuse, sur le fait qu'elle ait mal dansé. »

« Cela n'occulte pas la nécessité de tenir compte de ce document pour essayer de mieux comprendre (...) quand on parle de relations tendues, de harcèlement moral, on touche à des choses où les frontières sont proches », précise-t-il. Il a évoqué la possibilité de multiplier les entretiens professionnels entre artistes et direction pour que le danseur puisse « avoir plus ce dialogue ».

Concernant les cas de harcèlement sexuel, Stéphane Lissner a appelé les danseurs concernés à en parler avec la direction. « S'il y a véritablement des gens qui ont subi du harcèlement sexuel dans la maison, pour moi, c'est très grave », a-t-il estimé.  « J'ai eu trois cas jusqu'ici (depuis sa nomination en 2015) et les trois cas se sont terminés par des licenciements », révèle-t-il. « Ce n'est pas discutable pour moi, c'est tolérance zéro », mais « il faut que la personne qui a subi parle ».

avec AFP