Un chorégraphe accusé « d’abus et violences sexuelles » sous couvert de la danse

Sur son site internet, le Théâtre Paul Éluard de Bezons (Val-d’Oise) annonce qu’il déprogramme la nouvelle création du chorégraphe Daniel Dobbels, accusé par cinq danseuses « d’abus et violences sexuelles ».

Un chorégraphe accusé « d’abus et violences sexuelles » sous couvert de la danse
Photo issue du spectacle Sur le silence du temps chorégraphié par Daniel Dobbels et qui devait être présenté le 24 novembre 2017 au Théâtre Paul-Eluard de Bezons (Val-d'Oise), © Laurent Philippe

La nouvelle création de Daniel Dobbels, Sur le silence du temps, devait être jouée le vendredi 24 novembre au Théâtre Paul Éluard de Bezons, dans le Val-d’Oise. Programmée dans le cadre de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes, cette pièce pour 5 danseuses se veut libératrice et invite les femmes à rompre le silence face à la violence. « Souvent, des femmes se taisent... sur ce qu’elles vivent réellement, endurent parfois, qu’il s’agisse de profondes douleurs ou de joies indicibles. Ce silence, leurs corps le portent, double leur vie d’une attente seconde, devinée, ressentie, rarement exprimée (…) Cette danse tentera de se faire la traductrice discrète mais tendue de cette part tue », peut-on lire dans la note d’intention du spectacle.

Seulement, dans un communiqué publié le 16 novembre, le théâtre annonce qu’il « retire son soutien » et déprogramme la pièce « après la réception de plusieurs témoignages détaillés et convergents de femmes, interprètes chorégraphiques, d’abus sexuels sous couvert de la danse » et « avoir entendu le chorégraphe et son énoncé d’une " ambiguïté du désir qui fait la danse " ».

Ce texte, signé notamment de la directrice par intérim du théâtre, Valérie Lafont, souligne également « le contexte de la programmation » et « l’intention donnée à la pièce », pour justifier sa décision. « Les femmes sont sorties du silence parce que l’intention artistique affichée est apparue comme une provocation insoutenable, une usurpation de la souffrance contenue depuis tant d’années. » Interrogée par téléphone, la directrice par intérim précise que les faits remontent à une dizaine d'années et que trois femmes sur les cinq qui se sont manifestées ont accepté de publier leur témoignage par écrit. La quatrième serait en train d'écrire son témoignage « dans la douleur » et la cinquième n'en a parlé que de façon orale. « Nous sommes en train de constituer un dossier que nous allons remettre à un procureur très rapidement. Après cette première vague de témoignages, d'autres femmes se sont tournées vers nous et nous pourrions avoir davantage de paroles qui se libèrent » explique Valérie Lafont.

La directrice rappelle le contexte de ces agressions présumées. « Il s'agissait de jeunes danseuses dans la vingtaine, au tout début de leur carrière et qui avait affaire à un homme beaucoup plus âgé, bien installé dans le milieu de la danse et qui avait donc un pouvoir psychologique sur elles ». Valérie Lafont évoque des attouchements « voire des agressions plus invasives » rajoute-t-elle. Daniel Dobbels s'est défendu en parlant de « l’ambiguïté » de la danse selon le communiqué du TPE mais la directrice par intérim rappelle que « la danse n'a rien d'ambigu. On peut tout à fait exécuter une chorégraphie chargée d'une tension sexuelle et savoir quand un geste n'est pas normal. Il ne faut pas confondre l'émotion avec la manipulation ».

Accusée par certains de se substituer à la justice, l'institution culturelle se défend dans le communiqué en évoquant son engagement artistique. « La promesse de l’art est celle de l’émancipation. Nous défendons et construisons cette promesse chaque jour dans notre pratique professionnelle (…) Le TPE est engagé contre toutes les formes de discrimination depuis plus de 20 ans, c’est à ce titre qu’il décide de ses actes. » Contacté par nos soins, Daniel Dobbels n'a pour l'instant pas donné suite à notre demande d'interview.

Mise à jour, jeudi 23 novembre 18h15

Contactée par téléphone, l'avocatede Daniel Dobbels a précisé que son client ne « souhaite pas s'exprimer pour le moment ». Elle estime, qu'à part ce qu'elle a lu dans la presse, elle ne sait pas ce qu'on lui reproche et que la phrase que lui attribue Valérie Lafont dans son communiqué, portant sur « l’ambiguïté du désir qui fait la danse », est « sortie de son contexte ». Enfin, l'avocate précise que M. Dobbels se réserve le droit de « porter plainte pour diffamation contre tous ceux qui sont à l'origine de ces accusations et les relaient ».