Un carreau de mine reconverti en cité de la musique

Au pied d’un terril, le carreau de mine d’Oignies dans le Pas-de-Calais se transforme peu à peu en cité de la musique, avec l’inauguration vendredi 16 septembre de studios d’enregistrement et d’un auditorium, trois ans après l’ouverture d’une salle de spectacle.

Un carreau de mine reconverti en cité de la musique
© DENIS CHARLET / AFP

Le 21 décembre 1990, pour la dernière fois, on remontait du charbon de la fosse 9-9 bis d’Oignies, après 270 ans d’extraction du minerai en France. Que faire alors du patrimoine industriel du bassin minier ? Comment en conserver la mémoire ? En réponse à ces questions, plusieurs projets ont vu le jour, comme l’explique Jean-Pierre Corbisez, maire d’Oignies et président de la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin : « Le conseil régional a validé quatre signes de la mémoire minière, le musée à Lewarde, l’image à Wallers-Arenberg, le développement durable à Loos-en-Gohelle et la musique au 9-9 bis d’Oignies ».

Architecture contemporaine et industrielle

C’est en 2005 qu’a commencé la reconversion du site d’Oignies, qui a notamment servi auparavant de décor au film Germinal. Après une restauration des façades par les Monuments historiques, et un aménagement paysager entre 2009 et 2013, une salle de concert y est inaugurée. D’allure futuriste, Métaphone est une sorte d’instrument géant dont les façades produisent des sons. Ce vendredi, c’est la « salle des pendus » qui s’est transformée en auditorium et salle de danse, avec un esthétisme mêlant architecture contemporaine et industrielle des années 30.

De cette immense salle de 70 mètres de long, où les « gueules noires » se changeaient avant de « descendre au fond », on a gardé la peinture vert-eau des murs, mais aussi les ponts roulants, les supports des crochets, les charpentes et les murs de brique : « L’idée était d’avoir une intervention respectueuse vis-à-vis de l’existant », souligne l’architecte Matthieu Ballarin. Des studios d’enregistrements ont également été installés, ainsi que des salles pour séminaire dans la chaufferie.

Une rénovation à 27 millions d’euros

Ce dernier équipement de 3 000 m2 représente un investissement de 9,5 millions d’euros financé par le département, la région, l’Europe et la communauté d’agglomération : « Cette deuxième phase du projet tient très à cœur aux élus, avec l’accès à la culture et la formation des enfants de ce territoire », plaide Jean-Pierre Corbisez. Prochaine étape : une galerie des sons à l’intérieur de l’édifice principal.

En tout, depuis la transformation du site, la facture s’élève à 27 millions d’euros. Un montant « conséquent » reconnaît Christophe Piteux, directeur de cabinet de la communauté d’agglomération, mais « les travaux sont étalés sur une longue période » et conditionnés « à l’obtention de fonds européens ou de la région ». Il ajoute : « L’enjeu est de taille : il fallait conserver le seul site minier presque dans son intégralité, un temps voué à la destruction ».
Un projet qui ne fait pas l’unanimité

Une association d’anciens mineurs regrette cependant que la priorité ne soit pas donnée à la restauration du cœur du site, un désaccord qui illustre la difficulté à conjuguer mémoire minière et modernité. Désiré Lefait, le président de l’association âgé de 70 ans n’a ainsi pas souhaité revêtir son habit de mineur lors de l’inauguration des nouveaux travaux. « Nous protestons contre la réhabilitation du bâtiment principal, repoussée aux calendes grecques. Tout vieillit à vitesse grand V, la priorité est de rénover le site principale pour pouvoir le faire visiter » explique-t-il, en confiant ses craintes sur la pérennisation d’un des sites les plus remarquables du patrimoine minier français, classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 2012.