Tomás Saraceno et ses araignées prennent possession du Palais de Tokyo

Avec son exposition On Air, Tomás Saraceno utilise le symbole des araignées et de leurs toiles pour nous rappeler le lien qui unit les hommes à l'écosystème terrestre. L'artiste argentin rend perceptibles les vibrations, infimes ou cosmiques, qui nous entourent et dont la musicalité est somptueuse.

Tomás Saraceno et ses araignées prennent possession du Palais de Tokyo
Des visiteurs jouent de la musique avec les fils de la toile d'araignée géante de l'oeuvre Algo-R(h)i(y)thms de l'artiste argentin Tomas Saraceno. Paris, Palais de Tokyo. , © Radio France / Victor Tribot Laspière

Depuis le 17 octobre dernier, le Palais de Tokyo accueille Tomás Saraceno et son exposition On Air.  L’artiste argentin a eu carte blanche pour investir les 13 000 m2 du centre d’art contemporain parisien et chaque œuvre exposée est inspirée de l’anthropocène, un terme récent qui définit l’ère de l’impact de l’activité humaine sur la planète. Tomás Saraceno s’est fixé pour mission d’ouvrir nos yeux et nos oreilles sur le rôle et la place de l'humain dans l'écosystème terrestre, voire galactique. 

Passionné par les araignées, l'artiste a choisi d'exposer leurs toiles, comme une évocation des liens qui unissent les êtres vivants entre eux. Dès l'entrée, dans une première salle plongée dans la pénombre, le visiteur découvre la fascinante complexité de 76 toiles d'arachnides, d'espèces différentes. Magnifiées par un habile éclairage, certaines sont reliés à des micros qui permettent d'amplifier les vibrations que font les araignées en se déplaçant sur les fils. 

Tomás Saraceno, 45 ans, qui travaille surtout à Berlin avec de nombreux collaborateurs, aime à parler de collaboration avec les araignées. Il a développé le concept de « aérocène » qui doit succéder à celui d'anthropocène. Mouvement politico-écologico-artistique qui regroupe une « communauté internationale et pluridisciplinaire qui imagine de nouvelles manières d'habiter dans les airs, sans frontières et sans énergie fossile »

Pour Rebecca Lamarche-Vadel, commissaire de cette exposition On Air, Tomás Saraceno est un « artiste extrêmement surprenant puisqu'il nous emmène sans cesse au-delà du monde de l'art. Il mêle architecture, biologie, écologie ou musique. Toute son oeuvre repose sur l'idée que nous sommes tous connectés et qu'il est absolument urgent que nous en prenions tous conscience pour des raisons écologiques et éthiques ». 

Passionné de sciences et d'écologie, l'artiste argentin nous montre également à quel point les araignées sont sensibles à la perception des vibrations cosmiques. Désintégration des météorites lorsqu'elles pénètrent l'atmosphère terrestre, poussières qui se déplacent dans l'air, collision de deux trous noirs provoquant des ondes gravitationnelles, etc. Tomás Saraceno part du postulat que les araignées peuvent percevoir ces vibrations et se propose de nous les rendre audibles. 

Plus grand instrument à cordes du monde

L'artiste va encore plus loin avec l'oeuvre _Algo-r(h)i(y)thms, « plus grand instrument à cordes jamais construit » selon Rebecca Lamarche-Vadel._ Dans cette gigantesque toile d'araignées à taille humaine, c'est le visiteur qui se retrouve à devoir évoluer à la façon d'un « arachnide musicien ». Chaque fil, qu'il soit pincé ou frotté, génère un son ou une fréquence différente. Une batterie d'enceintes permet d'immerger le visiteur de sons doux et cristallins, tandis que le sol peut se mettre à vibrer. 

Pour Rebecca Lamarche-Vadel, cette oeuvre nous plonge dans « une confusion des échelles pour nous faire comprendre la relation entre les éléments, du plus petit au plus grand. Cela permet à notre corps de se transformer en une grande oreille attentive à notre présence et à celle des autres ». On Air est une exposition fascinante, d’une grande beauté poétique et d’un grand intérêt scientifique, pour mesurer la vitale nécessité de prendre conscience du monde qui nous entoure. 

A ne pas rater ce vendredi 23 novembre le deuxième concert Jamming With Spiders avec le clarinettiste et compositeur américain Evan Zaporyn. Une tentative de communication musicale avec les araignées présentes dans les différentes oeuvres de l'exposition. Lors des premières répétitions, il n’y avait que sur la musique de Mozart que les arachnides réagissaient. 

On Air, carte blanche de Tomás Saraceno au Palais de Tokyo, Paris 16e, jusqu'au 6 janvier. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de midi à minuit.