Succès de la Nuit du Quatuor : 11h de marathon musical devant les Nymphéas de Monet

Pour la Nuit Blanche, le Musée de l’Orangerie à Paris accueillait un marathon consacré au quatuor organisé par ProQuartet. 11 formations se sont succédées jusqu’à 7h du matin dans la salle des Nymphéas de Claude Monet. Retour sur une nuit irréelle.

Succès de la Nuit du Quatuor : 11h de marathon musical devant les Nymphéas de Monet
Le Quatuor Van Kuijk dans l'une des salles des Nymphéas de Claude Monet au Musée de l'Orangerie. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

L’idée était alléchante sur le papier, la réalité a dépassé toute nos attentes. Imaginez un peu : 11 quatuors différents, 11 concerts explorant le vaste répertoire du genre musical, de Mozart à Dutilleux en passant par Schubert, Debussy et Ligeti, le tout présenté au Musée de l’Orangerie dans l’une des deux salles des Nymphéas de Claude Monet. Ce marathon musical proposé dans le cadre de la Nuit Blanche à Paris a tenu ses promesses et a su enchanter les nombreux spectateurs. Plus d’un millier de personnes ont fait la queue parfois pendant trois heures pour pouvoir assister à ces moments de rare beauté.

La soirée a débuté à 19h avec le Zemlinsky Quartet et s’est conclue vers 7h du matin avec le Quatuor Danel, c’est-à-dire, une heure plus tard que l’horaire prévu. « On voulait que la Nuit du Quatuor se termine avec une formation confirmée, explique Pierre Korzilius, directeur de ProQuartet. Il fallait un quatuor capable de tenir le coup jusqu’au petit matin pour jouer la "Grande Fugue" (en si bémol op.133, ndlr) de Beethoven, un véritable morceau de bravoure du genre musical ».

Le Zemlinsky Quartet (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Le Zemlinsky Quartet (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Le nouveau directeur de ProQuartet explique qu’il a su convaincre le Quatuor Danel grâce à la promesse d’un copieux petit-déjeuner et de quelques bouteilles de champagne. Mais que ce soit les Danel ou le Quatuor Arod, tous ont accepté sans hésitation. Les 11 ensembles présents dans la nuit de samedi à dimanche ont tous un lien passé, actuel ou à venir avec ProQuartet, qui se consacre depuis 1987 à l’accompagnement professionnel des quartettistes.

Nommé à la tête de l’institution en début d’année, Pierre Korzilius voulait frapper un grand coup pour faire parler du quatuor. « On cherchait un endroit atypique pour changer de la traditionnelle salle de concert. L’Arc de Triomphe, les égouts de la ville de Paris, la crypte de Notre-Dame… nous avons exploré plusieurs possibilités avant que la Nuit Blanche nous demande de s’associer avec eux. Le choix du Musée de l’Orangerie et de la salle des Nymphéas s’est fait comment une évidence ».

Laurence des Cars, directrice du musée de l'Orangerie et Pierre Korzelius, directeur de ProQuartet. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Laurence des Cars, directrice du musée de l'Orangerie et Pierre Korzelius, directeur de ProQuartet. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Après quelques essais acoustiques et de disposition scénique avec le Quatuor Van Kuijk, la formule était établie. 11 quatuors allaient se succéder au milieu du public, lui-même entouré par les quatre longs et magnifiques panneaux de Monet. Grégoire Vecchioni, altiste du jeune Quatuor Van Kuijk mesure la chance de jour dans un tel écrin. « C’est assez rare de pouvoir mélanger les arts ainsi. La musique et la peinture réunies à un même endroit est une expérience très forte pour nous, et j’en suis sûr, pour le public aussi ».

4h00 du matin, un spectateur admire les Nymphéas de Monet en attendant le début du prochain concert. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
4h00 du matin, un spectateur admire les Nymphéas de Monet en attendant le début du prochain concert. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Au dernier moment, le quatuor décide d’ailleurs de changer l’ordre de son programme afin de débuter avec le quatuor de Debussy, oeuvre plus en adéquation avec l’esprit des Nymphéas. « Avec une jauge de 80 places seulement et le public placé très proche de nous, on avait une pression supplémentaire ce soir. Par contre, la qualité de l’écoute et de l’attention était assez hors du commun. Au final, cette proximité nous a poussé à nous surpasser » analyse le musicien.

Les quatuors se succèdent, la queue est toujours aussi remplie dehors malgré l'heure tardive. Les spectateurs doivent attendre près d'une heure pour recevoir un autocollant leur donnant droit d'assister au concert de l'heure suivante. Mais qu'importe l'attente; les sourires, les yeux bouffis de fatigue mais émerveillés devant tant de beauté témoignent du plaisir procuré aux noctambules. Les quelques têtes qui dodelinent et les yeux qui se ferment sont inévitables mais on sent le plaisir ce certains à céder à l'appel du sommeil dans cet environnement de rêve.

4h30 du matin, un spectateur s'endort bercé par le quatuor à cordes en fa majeur op. 35 de Ravel joué par le Quatuor Voce. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
4h30 du matin, un spectateur s'endort bercé par le quatuor à cordes en fa majeur op. 35 de Ravel joué par le Quatuor Voce. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Succès pour cette Nuit du Quatuor donc qui sera vraisemblablement reconduite l’année prochaine. Succès surtout pour la diversité du public dont certains écoutaient un quatuor voire de la musique classique pour la première fois, poussés par la curiosité du « happening » et surtout de la magie des lieux. Même Pierre Korzilius ne s’y attendait pas : « Plus l’heure avance et plus le public rajeunit ! Voilà peut-être la solution au renouvellement des spectateurs : programmer des concerts à 2h du matin ! » plaisante-t-il à moitié.

5h00 du matin, le Quatuor Voce salue le public devant les Nymphéas de l'Orangerie. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
5h00 du matin, le Quatuor Voce salue le public devant les Nymphéas de l'Orangerie. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

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