Si les compositeurs étaient des personnages de série TV

Succès pour la série télévisée américaine « Mozart in the jungle », première série TV sur le monde de la musique classique. Et si les compositeurs étaient des personnages de série ?

Si les compositeurs étaient des personnages de série TV
serie compo mea

Un jeune chef d’orchestre sud-américain au charisme étrangement proche de celui de Gustavo Dudamel est nommé pour remplacer le (trop ?) traditionnel chef de l’Orchestre philharmonique de New-York : tel est le pitch de « Mozart in the jungle », la série télévisée produite par Amazon, diffusée en France par la chaîne câblée OCS, et reconduite pour une nouvelle saison l’an prochain.

Une série sous-titrée « Sex, Drugs, and Classical » sur la vie, un tantinet romancée, des musiciens d’orchestre. Les difficultés à finir les fins de mois, les cours aux élèves issus de familles aisées, la nécessité de jouer dans plusieurs formations, la concurrence pour un poste prisé… Les scénaristes ont demandé conseil à de nombreuses personnalités du monde de la musique, comme le journaliste du New YorkerAlex Ross, ou encore le bassoniste Orin O’Brien. Ils n’ont néanmoins pas demandé conseil pour la gestuelle des musiciens (et du chef !), qui fera hurler, de colère ou de rire selon le caractère, le mélomane.

Dans de nombreuses interviews, le scénariste de la série Roman Coppola explique vouloir non seulement raconter l’histoire de ces personnes qui sacrifient leur vie pour la musique, mais aussi désacraliser l’image du monde musical. Derrière les partitions presque sacrées de Beethoven, de Tchaïkovski… Les musiciens sont, et restent, des personnes comme les autres, dont la vie quotidienne est finalement proche de celle de n’importe quel personnage de série.

Est-ce d’ailleurs un cas isolé ? Derrière le génie de leur acte créatif, certains compositeurs n’ont-ils pas de (plus ou moins) sérieuses similarités avec les personnages de certaines séries TV à grand succès ? Imaginons – avec une pointe d’humour - les monstres nés de ces fusions :

Jean-Baptiste Underwood

serie compo mea
serie compo mea

Lully, un arriviste prêt à tout pour arriver à ses fins ? Pas tout à fait, mais force est de constater que, comme le personnage principal de la série House of Cards, Jean-Baptiste Lully connut une irrésistible carrière, notamment grâce à sa force de caractère. Né dans un milieu modeste (ses parents étaient meuniers) à Florence, il devient tour à tour garçon de chambre de la cousine de Louis XIV (la duchesse de Montpensier), violoniste au sein de la bande des violons du Roy, chef de la petite bande, surintendant de la musique de la chambre du Roy, secrétaire du roi… A l’image de Frank Underwood, qui gravit une à une les marches du pouvoir aux Etats-Unis.

Mais ce qui rapproche le plus le compositeur du politicien américain, c’est sans doute l’art de l’intrigue : ses relations – avec le roi surtout – et ses sacrifices (comme la francisation de son nom), lui permettent d’obtenir ce qu’il souhaite, comme le privilège de l’Académie d’opéra en 1672, écartant ainsi les autres compositeurs de l’art lyrique. En génie de la musique doublé d’un talentueux courtisan, Lully régna sans partage sur la musique du Roi-Soleil… Jusqu’au jour où il fut rattrapé par son caractère : de colère, il frappa son pied avec son bâton de direction, et mourut peu de temps après de la gangrène.

Taux de correspondance : 90%

A écouter : « Lully fait un faux mouvement » - émission de Jérémie Rousseau sur la mort de Lully.

Don Mahler

serie compo 02
serie compo 02

« Ne te méprends pas sur ce que je veux te dire : Ne crois pas que dans la relation entre deux époux, je fasse de la femme une sorte de passe-temps, chargée malgré tout du ménage et du service de son mari. (…) Mais que tu doives être « celle dont j’ai besoin », si nous devons être heureux, mon épouse et non pas ma collègue, cela c’est sûr ! »

Qui a écrit ces mots ? Don Draper, le publicitaire mélancolique, tourmenté et exigeant de la série Mad Men, ou Gustav Mahler, compositeur et chef d’orchestre tout aussi mélancolique, tourmenté et exigeant ? Tous deux excellent dans leur vie professionnelle, et exigent de leur compagne le renoncement de toute carrière qui pourrait leur faire de l’ombre…

Mais côté dépression, Gustav Mahler chercha l’aide de Sigmund Freud pour retrouver goût à la vie, et on ne peut pas en dire autant de Don Draper, emporté dans un éternel mouvement autodestructeur.

Taux de correspondance : 70%

A écouter : « Autour d’une lettre : Gustav Mahler » - Les greniers de la mémoire sur la lettre de Gustav Mahler à Alma, par Karine Le Bail. « Mahler part en vacances » - Comme si vous y étiez, par Jérémie Rousseau.

Barney Liszt

serie compo 03
serie compo 03

Le point commun entre Barney Stinson, héros de la série How I Met Your Mother, et Franz Liszt ? Les femmes. Coureurs de jupons invétérés, ils multiplient chacun à leur manière les inventions pour séduire. Barney Stinson a son « playbook » dans lequel il consigne toutes ses techniques de séduction, et Franz Liszt ne se montre que de trois-quart, pour présenter son meilleur profil. Les deux rencontrent le succès, mais celui de Liszt va jusqu’à donner son nom à un phénomène : la Lisztomania, terme employé dès 1844 par Heinrich Heine pour qualifier la frénésie du public féminin face au pianiste.

Comme pour le personnage de la série, on ne compte plus les conquêtes de Franz Liszt : Caroline de Saint-Cricq, la comtesse Platen, la comtesse Adèle de la Prunarède, Marie d’Agoult, Carolyne de Sayn-Wittgenstein… Mais le destin de Franz Liszt est bien différent de celui du personnage de la série comique, puisque le compositeur, toute sa vie marquée par la religion, intègre l’ordre franciscain en 1865.

Taux de correspondance : 70%

A écouter : « Franz Liszt : Faust Symphonie » - Chefs-d’œuvre et découvertes, par François Hudry.

Sherlock Satie

serie compo 04
serie compo 04

Erik Satie grand détective ? Pas du tout, ou du moins pas à notre connaissance. C’est surtout l’excentricité qui rapproche Erik Satie et Sherlock Holmes. L’appartement du héros d’Arthur Conan Doyle (et de la récente série TV de la BBC) est décrit encombré de mille et un objets farfelus, et le personnage ne semble guère varier son style vestimentaire… Qui de plus proche d’Erik Satie, qui vivait dans un tout petit appartement à Arcueil et possédait une collection de costumes identiques ? A sa mort, ses amis y découvrirent deux pianos désaccordés emplis de lettres non ouvertes, mais auxquelles le compositeur avait en partie répondu.

On notera aussi le goût du compositeur pour les parapluies, dont il possédait une collection, mais qu’il n’ouvrait jamais, même quand il pleuvait. Autre (petite) excentricité de Satie : il fonda « L’Eglise métropolitaine d’art de Jésus-Conducteur », dont il était le seul adepte et dont les cérémonies se déroulaient dans son petit appartement de Montmartre…

Taux de correspondance : 30%

A écouter : les deux épisodes des Greniers de la mémoire consacrés à Erik Satie, par Karine Le Bail – épisode 1 | épisode 2.

Sur le même thème