Seven Stones : comment diriger un opéra sans orchestre ?

Chaque année, le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence propose une création. Pour l’édition 2018, une commande a été passée au compositeur tchèque Ondrej Adamek qui a créé Seven Stones, une oeuvre sans orchestre dirigée par lui-même ou par Léo Warynski.

Seven Stones : comment diriger un opéra sans orchestre ?
Léo Warynski, chef d'orchestre de Seven Stones. , © Radio France / A.deLaleu

Ce soir-là dans le petit théâtre du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence, les musiciens ne s’accordent pas. Et pour cause : il n’y a pas d’orchestre. La création Seven Stones, du compositeur tchèque Ondrej Adamek est a cappella, ou presque. Les choristes du chœur Accentus et quatre solistes créent la musique, avec leur voix principalement, et avec quelques instruments de musique, réels ou inventés : un violoncelle, un verre à vin sur lequel on fait glisser un archet de violon, des pierres cognées, des percussions… 

Les chanteurs et chanteuses deviennent instrumentistes, le temps d’une soirée, et pour coordonner cette petite troupe, il fallait un chef d’orchestre. Le festival d’Aix a donc fait appel à Léo Warynski, qui s’est greffé au projet en 2016 : « Au début, compositeur, metteur en scène et librettiste voulaient que cet opéra ne soit pas dirigé, mais devienne un groupe qui s’autogère. Or la partition d’Adamek nécessite une précision diabolique pour que la musique sonne bien, et on ne peut pas l’obtenir sans la présence d’un chef. » 

Nicolas Simeha, soliste dans la production de Seven Stones.
Nicolas Simeha, soliste dans la production de Seven Stones., © Vincent Pontet

Le problème avec un compositeur, c’est qu’il veut tout de suite entendre ce qu’il a dans la tête.

Ondrej Adamek et Léo Warynski se partagent donc la direction du chœur et des solistes un soir sur deux. Un équilibre parfois difficile à trouver en amont : « Le problème avec un compositeur, c’est qu’il veut tout de suite entendre ce qu’il a dans la tête », raconte le chef d’orchestre. « Sauf que la partition, même claire et complète, manque d’éléments dont les musiciens ont besoin pour se l’approprier complètement ». 

Une création, c'est comme la construction d'une maison

Les deux hommes ont travaillé main dans la main, chacun apportant son expertise. L’un sur la technique, l’utilisation des instruments de musique (réels ou inventés), l’autre sur la langue, les jeux vocaux… jusqu’à trouver une certaine fluidité. « Souvent, une création c’est comme la construction d’une maison : le chef met en place les fondations, et le compositeur installe les tableaux au mur », résume Léo Warynski.

S'ils ne sont pas bien dans leurs costumes, ça ne marchera jamais !

L’accompagnement des choristes et solistes va au-delà du travail du chef d’orchestre. Clémence Pernoud est costumière sur ce projet et a travaillé directement en lien avec les artistes : « C’est primordial de les écouter car ce sont eux qui sont sur scène. S’ils ne sont pas bien dans leurs costumes, ça ne marchera jamais. Les habits les aide à vivre leur personnage. »

Clémence Pernoud, costumière sur Seven Stones.
Clémence Pernoud, costumière sur Seven Stones. , © Radio France / A.deLaleu

Une histoire non dénouée, jusqu'à la scène finale

Pour créer du réalisme au milieu d’une oeuvre qui oscille entre réalité et fiction, cette ancienne de l’académie du festival d’Aix a beaucoup misé sur la sobriété : « Face à la richesse du livret, de la musique, et de la scénographie, j’ai tenté de clarifier les choses et de rester dans le détail. » La costumière a créé une base unique pour tous les choristes : « J’ai choisi des blouses de travail que l’on a transformé : on a rajouté des plis, enlevé des manches, griffé la matière, jouer avec les volumes… On a une sensation que c’est un vêtement mais pas complètement. Par opposition, les quatre solistes portent des vêtements qui possède les codes vestimentaires classiques ». 

Ce décalage montre tout de suite au spectateur qu’il y a sur scène des personnages réels, d’autres fictifs, même si le livret laisse encore la place au doute. Jusqu’aux dernières notes, l’histoire n’est pas dénouée. Il faut attendre la scène finale, un moment fort vécu par Léo Warynski : « La première fois que l’on a lu cette scène finale, c’était très intense. Le chœur est en bouche fermée du début à la fin, un accord de do mineur qu’il tient pendant 1 minute. Cette scène a sonné immédiatement. Tous les chanteurs réalisaient que l’on vivait un moment extraordinaire. Je cherche à retrouver cet émerveillement… Peut-être pour la dernière ! »