Des réfugiés mis en scène par Serebrennikov dans Nabucco

L’Opéra de Hambourg présente une nouvelle production de Nabucco, l'opéra de Verdi. Mise en scène à distance par Kirill Serebrennikov, assigné en résidence en Russie, cette version inclut la participation de réfugiés pour le chœur des esclaves.

Des réfugiés mis en scène par Serebrennikov dans Nabucco
Une répétition de Nabucco avec le chœur de réfugiés à Hambourg, © Ludovic Piedtenu

Il y a quelques mois, une petite annonce a fait le tour de la planète. En Allemagne, l’opéra de Hambourg recrutait des réfugiés pour une nouvelle production de Nabucco, de Verdi.

L'heure est aux dernières répétitions avant la première représentation qui aura lieu dimanche 10 mars. Sur scène, 40 réfugiés installent des tentes et jouent un peu de leur vie quotidienne après un exil forcé d’Irak, de Syrie ou d’Afghanistan. Des photos de cet exode sont également projetées pour cette version moderne de Nabucco, un opéra qui évoque l’épisode biblique de l’esclavage des juifs. « Il était clair dès le départ que ce serait une version politique », affirme Georges Delnon, directeur de l’Opéra. Il explique : « La relation entre un peuple qui perd sa patrie, qui en recherche une nouvelle, avec le problème actuel des réfugiés est assez évident ». 

Georges Delnon est également conscient du danger que peut représenter un tel choix de mise en scène : « Evidemment on voit tout de suite le risque. Les réfugiés qui sont là depuis quelques mois n’ont pas forcément envie de jouer les réfugiés, et nous n’avons pas envie de les mettre dans une situation désagréable. Mais je comprends tout à fait Kirill Serebrennikov lorsqu’il dit que les réfugiés sont le sujet central de l’opéra, que nous avons beaucoup de réfugiés en Allemagne, et que ce serait bien qu’ils soient sur scène ». 

Mise en scène à distance, depuis la Russie

Très politique également, l’absence du metteur en scène, Kirill Serebrennikov. Assigné à résidence depuis deux ans en Russie, l'artiste ne peut plus quitter son pays. Toute l’équipe s’est donc adaptée à cet imprévu : « On ne pouvait pas abandonner Kirill. Même s’il est arrêté à Moscou, ses idées passent les frontières, communiquent avec le public. Cela dépasse toutes les limites, et on ne peut pas le faire taire  », déclare Georges Delnon.

C’est grâce à un système vidéo que le metteur en scène interagit quasi-quotidiennement avec l’équipe. Et s’il affiche un visage marqué par cette situation, « il a une force psychique incroyable et il arrive à avoir une communication directe avec chaque chanteur et chanteuse, le chœur, le chœur des réfugiés », affirme le directeur de l'institution.  

« Notre voix peut être entendue »

Parmi les réfugiés qui participent à la production et chantent dans le chœur des esclaves il y a Elssayed Mohammed Ali, réfugié égyptien de 17 ans, arrivé en Allemagne en 2016 : « C’est très amusant et vraiment grandiose. Et puis les gens vont découvrir le travail de Kirill Serebrennikov et vont peut être pouvoir l’aider. Nous aussi, notre voix peut être entendue. »

A ses côtés, Shiragha Osmani, réfugié afghan de 20 ans, arrivé en 2015, reconnaît son histoire dans l’œuvre de Verdi : « C’est très semblable à notre fuite, au chemin que l’on a parcouru. Ce qui fait qu’on le joue avec notre cœur ». 

Si les 7 représentations à venir sont complètes, il y aura une reprise à l’automne à partir du mois de novembre 2019. Les billets sont déjà disponibles à la vente sur le site de l'opéra de Hambourg.

Ludovic Piedtenu