Sébastien Daucé : "Je pense qu'une grande partie de l'angoisse à court terme a été levée"

Sébastien Daucé, le chef et fondateur de l'ensemble baroque Correspondances, était l'un des 12 artistes invités à s'entretenir avec Emmanuel Macron quant à l'état d'urgence du secteur culturel. Invité de Musique matin, il revient sur son entretien avec le chef de l'Etat.

Sébastien Daucé : "Je pense qu'une grande partie de l'angoisse à court terme a été levée"
Sébastien Daucé, directeur de l'ensemble Correspondances, © Sébastan et Lucile / Igor Studio

Jean-Baptiste Urbain : Vous faites partie des 12 artistes qui ont pu s'exprimer en visioconférence avec Emmanuel Macron, il y avait aussi la soprano Sabine Devieilhe. Vous savez pourquoi vous avez été choisi ? 

Sébastien Daucé : Non je ne sais pas comment je suis arrivé là, si ce n'est que je me suis prêté à l'exercice volontiers. Je ne saurais pas en dire plus. 

Année blanche pour les intermittents, dotation de 50 millions d'euros supplémentaires pour le Centre national de la musique, création d'un fonds festival, etc; Quelle est votre réaction après ces premières annonces ? Etes-vous satisfait ? 

La première chose à dire est qu'on a été écouté. C'était une concertation très directe parce que nous étions 12 et c'était quelque chose qui, j'imagine, était tout à fait complémentaire du travail qu'a fait le ministère avec les représentants officielles, les organisations syndicales, etc. et qu'il s'agissait de prendre la température directement avec les artistes. Moi j'ai l'impression que nous avons été écoutés de façon très attentive. Chacun a eu un temps de parole d'une dizaine de minutes. Et en face, de la part d'Emmanuel Macron et aussi Franck Riester, il y avait une écoute vraiment attentive. 

Concernant les mesures annoncées, j'imagine qu'elles avaient été décidées un peu avant notre rencontre. Mais je pense que dans le discours du Président à la fin de cette entretien, il y a eu à la fois les mesures que nous attendions, comme la question de l'année blanche pour l'intermittence, qui était vraiment une des sources d'angoisse majeure. Et beaucoup de choses qui se sont dites pendant la visioconférence, se sont retrouvées ensuite dans le discours du Président. 

Sur quel sujet avez-vous insisté face au chef de l'Etat ? 

C'était l'occasion de dire que l'éligibilité des artistes au chômage partiel était fondamental pour nous et que nous étions déjà reconnaissants. Parce que c'était notre combat de ces dernières semaines. C'était aussi l'occasion de dire nos craintes très fortes pour l'avenir et pas seulement pour le court terme. Par exemple, les années 2022 et 2023 sont des vraies sources d'angoisse pour nous à Correspondances, mais aussi pour beaucoup d'ensembles indépendants, des compagnies généralement moins subventionnées que les grandes institutions. 

Nous sommes entre 0 et 15% de subventions, donc ça nous rend vraiment très fragiles. Cette crise peut potentiellement nous faire perdre 10 ans de développement. J'ai proposé trois idées pour le présent et trois idées pour plus tard. Des choses très concrètes pour tout de suite, et dans cette perspective de refondation, de réflexions sur ce que peut devenir la politique culturelle de la France dans les années à venir. 

Il y a deux mois sur France Musique, vous nous faisiez part de votre inquiétude pour ceux qui ne sont pas intermittents, de nombreux artistes qui n'ont droit à rien. Vous avez le sentiment que cela a été pris en compte ? 

Oui, c'est pour cela que nous nous sommes battus sur la question du chômage partiel. Ca permet à tous les gens à qui on avait promis un emploi de percevoir une indemnité qui est égale à 70% de leur salaire brut. 

Vous êtes toujours aussi inquiet quant à la survie de votre ensemble Correspondances ?

Je pense qu'une grande partie de l'angoisse à court terme a été levée. La première angoisse était le sort des musiciens, la question de l'emploi. Donc avec les dispositions du chômage partiel et l'année blanche, nous avons une réponse à court terme qui nous rassure. Après, pour nous c'est le moyen et long terme qui sont des sources d'angoisse. Nous n'avons pas un calendrier précis parce que personne ne connaît les échéances de ce virus. On sait en revanche aujourd'hui que la culture n'est pas laissée de côté à court terme. On espère qu'elle ne le sera pas non plus à moyen ou long terme. 

A priori, aucun festival pour vous cet été, comme pour la plupart des musiciens ? 

Je pense qu'il y aura vraiment peu de concerts. Ce que nous essayons de maintenir, ce sont les enregistrements. Nous avions deux projets prévus cet été. Je pense que c'est un contexte dans lequel nous pouvons respecter le protocole sanitaire. Et puis, c'était d'ailleurs une demande d'Emmanuel Macron, nous allons réfléchir à des projets différents, en plus petite forme. C'était quelque chose que nous avions déjà en tête donc on va essayer de développer ça et d'avancer pour cet été. 

Aussi pour pouvoir proposer aux musiciens de travailler parce qu'ils en ont tous vraiment envie. Et puis, j'espère vraiment qu'à la rentrée, nous pourrons reprendre le travail de répétitions. Nous avons réussi à reporter la production du Ballet de la Nuit qui aurait dû renaître ce printemps. Nous croisons les doigts pour que les conditions soient réunies et qu'on puisse remonter ce spectacle au théâtre de Caen où je crois que nous sommes vraiment attendus.