Royaume-Uni : l'accès à l'éducation musicale à l'école de plus en plus inégalitaire

A l'occasion de l'inauguration du nouveau music college de Birmingham, le quotidien britannique The Guardian signale des disparités d'accès à l'éducation musicale à l'école de plus en plus criantes au Royaume-Uni.

Royaume-Uni : l'accès à l'éducation musicale à l'école de plus en plus inégalitaire
Photofusion , © Getty

La semaine dernière, Birmingham a inauguré son nouveau Conservatoire supérieur. Après deux ans de travaux, un music college flambant neuf, ultra moderne et très équipé en technologie numérique, sort de terre, doté entre autres de deux auditoriums, de studios d'enregistrement, d'espaces publics de concert et d'un pôle jazz comprenant un club, une première au Royaume-Uni. Depuis 1987, il est le seul établissement dédié à l'enseignement supérieur musical construit dans le pays, il a coûté 57 millions de livres.

Si c'est une bonne nouvelle pour cette ville qui ne manque pas d'élan, y compris dans le domaine de la musique (c'est avec l'Orchestre symphonique de la ville de Birmingham que Sir Simon Rattle a fait ses armes et sa réputation), cette inauguration met en lumière un problème qui, selon le journal The Guardian, gangrène la vie musicale au Royaume-Uni. Au-delà de la situation difficile que vivent les arts subventionnés en ce moment, c'est la formation des futurs étudiants des établissements supérieurs de musique britanniques qui est en jeu. Comme l'a résumé le directeur du Conservatoire de Birmingham Julian Lloyd Webber lors de son discours inaugural, le nouvel établissement devra « se porter garant que l'industrie des arts ne soit pas dominée par une élite fortunée ».

La musique pour les happy few

D'où viennent les étudiants des établissements supérieurs d'enseignement musical au Royaume-Uni ? Selon les chiffres donnés par la BBC en février dernier, la réputée Royal Academy of Music dénombre moins de 50% d’étudiants sortis de l’enseignement public, et le Royal College of Music fait à peine quelques pour cents de plus. Les futurs étudiants en musique britanniques viennent majoritairement de milieux aisés. Et si depuis 2011 le département de l'éducation britannique stipule dans son plan national pour l'éducation musicale que « toutes les écoles doivent dispenser une éducation musicale de qualité en tant que part intégrante de leur curriculum », l'éducation musicale semble être en déclin, notamment dans l'enseignement secondaire.

Richard Hallam, président du Conseil national de l'éducation musicale, a déjà évoqué ce phénomène : « En Angleterre, la loi sur l’enseignement définit l’accès obligatoire à la musique pour tous les enfants de 5 à 14 ans. Ensuite, jusqu’à l’âge de 16 ans, les étudiants qui souhaitent poursuivre un enseignement en musique doivent pouvoir choisir une matière artistique. La musique est enseignée par des professeurs spécialisés et formés à l'université, mais aucun établissement n’est obligé de proposer la musique dans son curriculum. Dans ce sens, c’est l’autonomie des établissements scolaires qui pose problème, dans la mesure où le directeur a l’entière responsabilité dans la manière dont il répartit les fonds accordés par le Ministère sur l’organisation du curriculum. Par conséquent, rien ne garantit la place de la musique dans l’enseignement proposé par son établissement. »

Les matières principales au détriment de la musique

Selon certains observateurs, si la musique dans le secondaire est mise à mal dans le pays, c'est en grande partie à cause de l’introduction en 2010 du Baccalauréat Anglais (English Baccalaureate - EBacc), mesure qui vise à renforcer l’enseignement des matières dites principales : anglais, mathématiques et sciences. « Dans le secondaire, les résultats obtenus dans les matières principales permettent de classer l’établissement sur l’échelle nationale, comme le EBacc, qui ne prend pas du tout en compte les matières artistiques, explique Richard Hallam. Du coup, les écoles misent sur ces disciplines au détriment des disciplines artistiques, qui deviennent au mieux optionnelles, ou passent au rythme semestriel, sinon disparaissent complètement. »

Constat confirmé dans le rapport établi par les chercheurs de l'Ecole de l'éducation de l'Université de Sussex et relayé par la BBC. Sur 657 écoles publiques et 48 privées qui ont participé à l'étude, le nombre des établissements secondaires proposant l'option musique a chuté de 166 en 2012/13 à seulement 50 en 2016/17. Le nombre d'élèves qui ont choisi une option artistique a baissé de 88% en 2010 à 60% en 2016. Avec pour conséquence la réduction du volume d'heures dédiées à l'éducation musicale au détriment des matières dites principales, le non-remplacement des enseignants spécialisés ou encore le fait de rendre payantes les activités musicales. « L'accès à la musique sera de plus en plus réservé aux enfants dont les familles peuvent se permettre de payer », regrette Chris Keates, secrétaire générale du syndicat NASUWT.

La Grande-Bretagne a une longue tradition de donner un accès égalitaire à l'enseignement musical aux élèves défavorisés. Si les élèves de l'enseignement public en sont exclus dans l'avenir, cela sera une grande perte pour le pays, conclut The Guardian.