Royan : la musique résonne malgré le virus

Mis à jour le lundi 27 juillet 2020 à 15h34

Le festival Un Violon sur le sable, l’événement musical de Royan, a ouvert ses portes ce week-end. Et malgré la crise sanitaire, les spectacles ont pu être adaptés pour ne pas laisser le public sans musique.

Royan : la musique résonne malgré le virus
Édouard Macarez, Félicien Brut et Armando Noguera, lors du premier concert du festival Un Violon sur la ville 2020, à Royan., © DR

« 50 000 personnes réunies sur la grande plage de Royan, ce n’était pas possible, ce n’était pas Covid-compatible », commente d’entrée de jeu Philippe Tranchet, le directeur du festival Un Violon sur le sable. Depuis 34 ans, c’est lui qui est aux manettes de cet événement incontournable de la ville balnéaire atlantique. En 2020, c’est la première fois qu’il est contraint d’annuler Un Violon sur le sable. Le festival off, Un Violon sur la ville, lui, est maintenu. Soulagement pour toutes les équipes, salariés comme bénévoles, mais aussi et surtout pour le public, qui ne manquerait l’événement pour rien au monde.

L’expérience des « petits concerts » a permis aux organisateurs d’investir de nombreux lieux de la ville. Mais on sera loin, cette année, des « petits concerts » qui réunissaient des milliers de spectateurs les années précédentes. L’an dernier, par exemple, le concert de Khatia Buniatishvili sur une falaise proche de la ville avait attiré plus de 5 000 curieux. 

Un public discipliné et une impression de fête

Ce dimanche, pour le premier concert du festival, la jauge était limitée à 800 places dans le théâtre de verdure de Vaux-sur-mer, en pays royannais. Mais les artistes ont ressenti une incroyable énergie se dégager du public, comme en témoigne Félicien Brut, accordéoniste, qui se produisait sur scène avec Armando Noguera et Édouard Macarez : « c’était une impression de grande fête, avec une ambiance comme on n’avait pas connu depuis longtemps. »

Si l’ambiance est au rendez-vous, et que la fête est loin d’être gâchée par le coronavirus, c’est parce que « le public a une relation intime au festival, assure Philippe Tranchet. Nous avons créé un public de fidèles, qui fait partie de la famille du festival. Ils nous font confiance, et nous leur faisons confiance. » Et cela paye : dans les gradins, pour les premiers concerts de la saison, tout le monde est masqué et discipliné. Les mesures de sécurité et d’hygiène sont respectées scrupuleusement, sans même que le personnel du festival n’ait à faire la police. 

« Il s’est passé quelques chose »

Côté organisation, le directeur du festival a pu composer une programmation sûre tant au niveau des artistes que des lieux en 24 heures. Malgré des financements au rabais –certains partenaires économiques ayant été touchés par la crise-, les bases sont toujours aussi solides. Et Philippe Tranchet sait qu’il peut compter sur les artistes, « qui se sentent ici comme chez eux », et sur le public pour « relancer la machine ».

Dimanche soir, ces efforts ont payé. L’émotion était exacerbée, d’après le directeur. « Il s’est passé quelque chose. C’était invraisemblable. On sentait chez le public une soif de festival, de culture, de musique, mais surtout de partage et de communion ». Subjugués par les émotions, les applaudissements étant si intenses, que les artistes et Philippe Tranchet n’ont pas pu retenir leurs larmes. « Sur scène, on n’arrivait pas à terminer les présentations sans chialer », confie le directeur, encore ému.

Le retour du célèbre match d’improvisation

Ce festival unique, y compris pour l’organisateur, aura permis de « faire prendre conscience de l’importance des concerts et du chemin de la scène », ajoute Félicien Brut. 

En-dehors des scènes, ce n’est pas la course qui attend les équipes de l’organisation, comme d’ordinaire. Il n’y a pas les « mastodontes » (les grandes scènes sur la plage) à gérer, ni même les loges, des dizaines d’artistes et de concerts, la sécurité, … Cette année, « on prend le temps », calme Philippe Tranchet. Café à la main, en train de partager ses émotions de la veille avec quelques artistes, il présente le programme des prochains jours : des récitals, de la danse, mais surtout deux grandes soirées d’improvisation au piano. C’est la soirée que tous les aficionados attendent chaque année à Royan. Un duel d’improvisation entre deux pianistes, sur un court de tennis. Pour cette saison particulière, ce sont deux habitués des lieux, André Manoukian et Yvan Cassar qui devront se renvoyer la balle musicale. 

Le personnel médical à l’honneur 

Cette soirée au « Garden » (le court de tennis) est chaque année un triomphe. Et les places sont chères. Cette année, les réservations étaient complètes en moins de 20 minutes ! Alors les artistes et les organisateurs ont décidé d’offrir une seconde soirée, à l’identique et gratuitement au personnel médical, en première ligne pendant l’épidémie. Une façon de remercier les indispensables blouses blanches et de vaincre par les notes le virus qui n’aura pas eu raison du festival.