Roselyne Bachelot, une nomination saluée par des acteurs culturels en détresse

La nomination de Roselyne Bachelot au ministère de la Culture est globalement bien accueillie par le secteur. Sa forte personnalité et son expérience politique suscitent des espoirs pour un milieu fortement sinistré par les conséquences de l’épidémie.

Roselyne Bachelot, une nomination saluée par des acteurs culturels en détresse
Paris, le 7 juillet. Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, arrive à l'Elysée pour le premier conseil des ministres depuis le remaniement, © AFP / Ludovic Marin

Surprise. C’est l’expression qu’affichaient nombre d’acteurs culturels lundi 6 juillet alors qu’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Elysée, annonçait la nomination de Roselyne Bachelot au ministère de la Culture. Celle qui fut ministre sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy et qui avait quitté la politique pour une carrière dans les médias, a opéré un retour remarqué en intégrant le nouveau gouvernement formé par le Premier ministre Jean Castex. 

Elle avait pourtant fait savoir à de nombreuses reprises que sa vie politique était derrière elle... sauf si on lui proposait la Rue-de-Valois. « Là, je pourrais craquer ! » glissait-elle. Le nouveau chef du gouvernement a donc su la séduire en lui proposant de succéder à Franck Riester. Roselyne Bachelot accède à son rêve politique : la Culture, mais à un des moments les plus difficiles de son histoire. 

Touché de plein fouet par les conséquences de l’épidémie du coronavirus, le secteur est dans le rouge. Selon une étude du ministère, la baisse du chiffre d’affaires est de l’ordre de 25% par rapport à 2019, et jusqu’à 72% pour le spectacle vivant. Un manque à gagner estimé à 22,3 milliards d’euros pour l’ensemble de la culture. Un milieu toujours très perturbé à l’heure actuelle malgré les réouvertures progressives des salles de concert, de théâtre, les cinémas, etc. 

Roselyne Bachelot est donc plus qu’attendue par les acteurs culturels, à l’instar de Loïc Lachenal, directeur de l’Opéra de Rouen et président des Forces Musicales, l’une des principales organisations de représentation d’employeurs du spectacle vivant. D’abord la surprise, puis la curiosité bienveillante. « C’est un poids lourd de la politique, sa carrière est déjà faite et elle n’a plus grand-chose à prouver. C’est une forte personnalité, entière, passionnée par la musique. Elle nous donne envie de se mettre autour d’une table et de rapidement travailler avec elle » estime-t-il. 

« Mais pour nous les syndicats, les alternances rapides au ministère, ce n’est jamais un bon signe, tempère-t-il. La reprise en main des dossiers prend toujours du temps, et nous en avons déjà perdu beaucoup. Nous avons besoin de la rencontrer rapidement ». La tâche s’annonce en effet ardue pour Roselyne Bachelot. « Elle a devant elle les travaux d’Hercule » déclarait sur France Culture, Olivier Py, le directeur du festival d’Avignon. 

Une question de vie ou de mort

Lors de sa passation de pouvoir, la nouvelle ministre a déclaré vouloir « mettre la culture au cœur du plan de reconstruction de notre pays » en précisant que « l’urgence absolue en ce début d’été sera d’aider à la remise en route et en état les lieux de culture ». « Une question de vie ou de mort » a-t-elle ajouté. Roselyne Bachelot a également annoncé son intention de mettre en place des états généraux des festivals.

La déclaration n’a pas laissé indifférent Paul Fournier, le président de France Festival qui fédère près de 80 manifestations. « Beaucoup de festivals sont au bord du gouffre. D’ici cet automne, nous aurons une vision plus claire de l’étendue des dégâts. Elle doit absolument arriver à négocier un plan de relance, comme d’autres ministres ont su le faire pour l’automobile ou l’aérien » déclare-t-il.

« Auparavant, nous avions un ministre qui était indifférent aux festivals, et cela, même avant la crise. Les premiers mots de Roselyne Bachelot ont été pour notre secteur donc nous sommes et serons très attentifs. Elle a de l’expérience, elle a l’habitude d’aller au front, de se battre pour ses budgets et ses idées » ajoute Paul Fournier. Pour lui, une fois passée l’urgence de venir en aide aux festivals, notamment sur les problèmes de trésorerie ou sur la publication des décrets concernant l’année blanche pour l’intermittence, le ministère devra clarifier son positionnement pour ce réseau si spécifique en France. 

Même son de cloche du côté de la Fevis, qui représente les ensembles indépendants spécialisés. « Elle semble avoir le bon profil. Une forte personnalité, un poids médiatique qui lui confère un poids politique pour défendre les intérêts de la Culture. Là où nous serons intraitables, c’est sur le fait qu’elle ne puisse pas être entendue » déclare Louis Presset, le délégué général de la fédération. 

Les ensembles de la Fevis ont été particulièrement touchés par les annulations massives des festivals, leurs principaux lieux de diffusion. « C’est l’urgence du moment pour nous. L’équilibre de l’activité économique de notre secteur se fait principalement à l’occasion des festivals. Cela concerne l’emploi des musiciens, des techniciens, des équipes administratives et de production. Nous demandons un allègement des mesures sanitaires pour le spectacle vivant, qui est le secteur où elles sont les plus strictes » poursuit Louis Presset.

Invitée de la matinale de France Inter ce jeudi 9 juillet, Roselyne Bachelot a dit vouloir œuvrer « pour qu’on desserre » les règles sanitaires imposées aux lieux culturels, et plus particulièrement de spectacle vivant, qui ne permettent pas leur « viabilité économique ». Des contraintes d'autant moins comprises par le public qu'on est par ailleurs « à touche-touche dans le métro », a ajouté la ministre.

Une situation encore plus problématique pour les opéras, souligne Loïc Lachenal. « L’enjeu est de rapidement savoir comment on pourra organiser notre rentrée et si on pourra présenter les productions prévues. Nous avons besoin de réponses rapidement, et notamment sur des points très précis : comment faire jouer nos musiciens dans la fosse d’orchestre, endroit où l’on ne peut pas observer la distanciation physique, ou alors la problématique des chœurs en mouvement sur scène. Nous n’avons pas de visibilité et cela va peser énormément sur nos finances » précise le directeur de l’Opéra de Rouen.

Pour lui, comme pour la plupart des acteurs culturels en France, l’inquiétude porte principalement sur l’année 2021 et sur le fait de savoir si l’Etat et les collectivités locales répondront présents au niveau des financements publics.