Roselyne Bachelot liste cinq axes prioritaires pour "l'Opéra du XXIe siècle"

Ces axes avancés par le ministère de la Culture font suite à la mission confiée à Caroline Sonrier, directrice de l'Opéra de Lille, qui devait "proposer un cadre de référence pour la pratique lyrique en France". Parmi eux : élargir les publics et soutenir davantage la création.

Roselyne Bachelot liste cinq axes prioritaires pour "l'Opéra du XXIe siècle"
Pour avancer ces axes, le ministère s'est basé sur les conclusions de la mission sur la politique de l’art lyrique en France, entamée il y a un an, © AFP / Bastien Marie

Cinq "axes de travail prioritaires" pour définir les contours de l'Opéra de demain. La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a reçu ce mardi des représentants du secteur pour présenter les conclusions de la mission sur la politique de l’art lyrique en France. Une mission confiée en octobre 2020 à Caroline Sonrier, directrice de l'Opéra de Lille, qui devait dresser un état des lieux de la production lyrique sur le territoire et proposer un "cadre de référence" pour sa pratique.

Si le rapport évoque les efforts des établissements sur un certain nombre de points, il souligne aussi les failles, les manques, et donc les marges de progrès possibles d'un secteur parfois ankylosé. Peut mieux faire sur l'ouverture, la diversité, ou encore la création, enjeux indispensables à la construction d'un "cadre unifié et renouvelé pour l’Opéra du XXIème siècle", estime-t-on rue de Valois. Le ministère de la Culture, en partant des conclusions livrées par la mission, propose ainsi de mener une vaste réflexion portant sur cinq points prioritaires.

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Un dispositif d’observation permanente du monde lyrique

Comment garantir un suivi continu et attentif du secteur de l'Opéra en France ? En créant un "dispositif d'observation permanente du monde lyrique", recommande le ministère de la Culture. 

Une "observation renforcée", c'est aussi ce que préconise le rapport mené par Caroline Sonrier. Cette observation s'appuierait sur "un développement des moyens d’expertise en lien avec les maisons d’opéra, la ROF" (la Réunion des Opéras de France, ndlr), et une "observation qualitative avec un comité d’experts réuni tous les trois ans". Le ministère de la Culture prévoit aussi "une simplification du système de labellisation", avec pour objectif de "rendre plus lisible et plus cohérente la politique lyrique de l’État".

L'accompagnement des artistes et des professionnels

Deuxième priorité pour le ministère, "l’accompagnement de la carrière des artistes et des professionnels du secteur, par une appréhension des parcours dans leur ensemble". C'est un point développé en longueur dans les conclusions de la mission sur l'art lyrique : "l’accompagnement des carrières des artistes, de moins en moins linéaires, est une nécessité."

Le rapport souligne notamment que "la longévité des carrières pour les chanteurs est inégale, et il n’existe presque pas de dispositifs de reconversion, avec de fortes inégalités entre les secteurs public et privé." Il semble ainsi "essentiel de mieux prendre en compte la pluralité des statuts des artistes permanents sous statut public", pour "mettre fin à l’inégalité de l’accès à la formation, améliorer l’accompagnement des artistes". Cela passe par "la mise en place d’une structure d’accompagnement à l’échelle du secteur lyrique" et la création d'un "cadre légal permettant aux maisons qui le souhaitent de relancer des troupes de chanteurs et chanteuses."

L'ouverture de l'art lyrique au plus grand nombre

C'est sans doute l'un des enjeux les plus cruciaux d'un Opéra parfois accusé de favoriser l'entre-soi : "l’ouverture et l’accessibilité de l’art lyrique au plus grand nombre, tant en ce qui concerne la question des publics que celle des liens entre les maisons d’opéra et leur territoire", presse le ministère de la Culture.

"Si près de 20% du public des représentations a moins de 30 ans, la diversité sociale, culturelle et géographique doit encore être développée. L’entrée des droits culturels dans la loi française doit pouvoir constituer un levier", préconise ainsi le rapport chapeauté par Caroline Sonrier. Pour cela, "augmenter le nombre de représentations par production est un défi qui semble constituer le meilleur outil pour élargir le public, contrairement a la multiplication des productions par saison qui attirent toujours les mêmes spectateurs." Autre piste évoquée : ouvrir pendant les week-ends, les vacances scolaires et varier davantage les répertoires.

Le soutien à la création

Dans ses axes, le ministère de la Culture appelle aussi au "développement du soutien à la création, notamment par le renforcement des résidences". Car la création, "malgré le succès de plusieurs réalisations dans les trente dernières années, reste la grande absente des maisons d’opéra", épingle le rapport confié à Caroline Sonrier : "Cette position renforce l’image de maisons d’opéra qui promeuvent un art du passé figé dans son 'âge d’or'". Les "obligations en matière de création" pourraient ainsi être assouplies, préconise le rapport, en donnant aussi la possibilité de "coproduire et non produire", ce qui permettrait de favoriser la création "avec une plus large diffusion des œuvres".

Les équipes sont "insuffisamment préparées aux enjeux de la création contemporaine", note aussi le rapport : "la 'peur de la salle vide', contre l’opportunité d’accroître la diversité du public, semble être la principale explication à l’absence de création". Cependant, "la création 'peut faire évènement' et susciter l’attention médiatique si elle est bien anticipée."

Diversité et lutte contre les discriminations

C'est le dernier axe énoncé par le ministère de la Culture dans ses recommandations. Agir "en faveur de la diversité, de l’égalité de traitement entre les femmes et les hommes et de la lutte contre toutes les discriminations."

Un chantier qui progresse, certes, mais qui tarde. "Si la situation tend à s’améliorer, le secteur de l’opéra n’est pas à l’image de la société française, du point de vue de sa représentation géographique, sociale et culturelle", observent ainsi Caroline Sonrier et les artisans du rapport. Il faut donc "favoriser la diversité, et ce dès le plus jeune âge" : "développer le chant choral à l’école permet de favoriser dès l’enfance ce lien durable à l’art lyrique." Et, dans la continuité, "développer l’accès à l’enseignement supérieur et aux dispositifs d’insertion professionnelle est tout aussi nécessaire", peut-on lire dans les conclusions de la mission.

Le rapport conseille également de développer la formation au chant lyrique "dans les outremer, ou encore avec la mise en place d’auditions décentralisées, qui seraient un signe fort d’ouverture au territoire". La création d’un "observatoire de la diversité du spectacle vivant est par ailleurs nécessaire pour la mesurer et l’interroger à l’échelle du secteur". Tout comme "encourager l’émergence des femmes, en particulier à la direction de maisons d’opéra et comme compositrices. La mise en place d’un accompagnement spécifique par le réseau professionnel pour favoriser les nominations des femmes pourrait être une solution d’amélioration".