Romeo Castellucci : « Il y a une profondeur spirituelle dans le kitsch »

A Bruxelles, le Théâtre de la Monnaie ouvre sa saison avec une production très attendue de La flûte enchantée de Mozart, mise en scène par Romeo Castellucci.

Romeo Castellucci : « Il y a une profondeur spirituelle dans le kitsch  »
Roméo Castellucci, © Getty / Roberto Serra Iguana Press

Enfant terrible de la scène théâtrale, Romeo Castellucci met en scène La Flûte enchantée jusqu’au 3 octobre 2018 à La Monnaie à Bruxelles. « La Flûte enchantée c’est un opéra universel, un pivot de la culture humaine », déclare le metteur en scène. 

Pour cette production, il explique s’être concentré sur « la structureprimaire, la symétrie, la géométrie » qui traverse l’œuvre de Mozart. « Tous les personnages importants sont presque doublés, même dans les noms Tamino, Pamina, Papageno, Papagena et il y a de la part des personnages une recherche et la découverte du soi, comme un miroir », développe-t-il, avant d'ajouter « La flûte enchantée ce n’est pas seulement une histoire d’amour, même si elle est bien là, il y a quelque chose de bien plus profond d’un point de vue psychique ». 

D'un point de vue esthétique, Romeo Castellucci souligne la référence à « la culture rococo, à la mode des grottes artificielles, aux palais baroques, la danse, les plumes, les costumes, mais aussi la joie superficielle, l’ornement. ». Il déclare : « C’est probablement dans cet époque que le kitsch naît. Et il y a une exigence spirituelle dans le kitsch, qui est celle de ne pas considérer la mort. La Flûte enchantée c’est probablement le premier opéra kitsch ». 

Donner du sens aux mouvements

Sur scène, Romeo Castellucci fait notamment intervenir cinq femmes aveugles et cinq hommes grand brûlés. Du côté des chanteuses, on retrouve Sabine Devieilhe et Elena Galitskaya qui interprète, pour la première fois, le rôle de Papagena. Travailler avec Romeo Castellucci, dit-elle, est une expérience unique : « Nous avons beaucoup travaillé, pendant un mois de répétition. Ça s’est très bien passé. Romeo Castellucci est quelqu’un d’ exigeant mais qui laisse aussi aux artistes la place de s’exprimer.Il explique son idée générale de spectacle, sa vision, il détaille beaucoup, tout en nous laissant de l’espace pour nos propres pensées et nous permettre de nous nous faire notre propre idée sur le sens à donner à tel geste, tel mouvement ». 

« En tant que citoyen, je suis humilié par mon pays, l’Italie »

Depuis Bruxelles, capitale européenne, le metteur en scène italien Romeo Castellucci porte un regard extrêmement critique sur le gouvernement de son pays, la coalition formée entre le Mouvement 5 étoiles et la Ligue de Matteo Salvini : « En tant que citoyen je suis effrayé, humilié par mon gouvernement . Nous  sommes dans un moment extrêmement grave et je porte en moi la honte d’être italien en ce moment. » Il explique cependant qu’en tant qu’artiste il ne préfère ne pas exprimer un jugement :  « Il n’y a pas de jugement politique dans mon travail. Il y a dans l’art quelque chose de plus fort, qui échappe au commentant »

Cette production est à retrouver en France à l’Opéra de Lille à partir du 30 avril 2018.

Antoine Pecqueur et Sofia Anastasio