Rita Moreno, inoubliable Anita dans West Side Story : « La discrimination, c'est l'histoire de ma vie »

L’actrice portoricaine Rita Moreno, oscarisée pour son rôle d’Anita dans West Side Story, revient sur le racisme et le sexisme dont elle a été victime durant 60 années de carrière.

Rita Moreno, inoubliable Anita dans West Side Story : « La discrimination, c'est l'histoire de ma vie »
Rita Moreno aux Oscars en 2018, © AFP / Valérie Macon

Rosita Dolores Alverio avait cinq ans en 1936 quand elle est arrivée, depuis Porto Rico, au pied de la Statue de la Liberté à New York. Sous le nom de Rita Moreno, elle allait conquérir Broadway et Hollywood, en dépit d'une forte discrimination anti-femmes et anti-latino.

A 86 ans aujourd'hui, seule actrice latino à appartenir au club très restreint des artistes récompensés à la fois aux Emmys, aux Grammys, aux Tonys et aux Oscars, elle déborde de vitalité mais n'a pas oublié le racisme et le sexisme dont elle a souffert pendant 60 ans. 

« Quand j'ai débuté dans le cinéma, discrimination raciale et harcèlement sexuel étaient partout », raconte-t-elle. « La discrimination, c'est l'histoire de ma vie ». Elle-même harcelée adolescente par un responsable des studios Fox, elle se dit aujourd’hui « heureuse » de l'émergence du mouvement #MeToo. « Je crois que le mouvement va encore s'amplifier », déclare-t-elle.

Après son premier rôle à Broadway, à l'âge de 13 ans, elle se voit confinée essentiellement dans des rôles « ethniques », avec quelques exceptions notables, comme lorsqu’elle joue aux côtés de Gene Kelly dans Chantons sous la pluie (1952). A 17 ans, elle signe un contrat avec les studios MGM et en 1962 elle devient la première latino à remporter un Oscar, celui du meilleur second rôle féminin pour son interprétation d'Anita dans West Side Story avec son entêtant I like to be in America.

Mais elle connaît ensuite une traversée du désert. « On ne me proposait plus rien. J'avais le cœur absolument brisé ». « J'avais apparemment interprété le rôle définitif de l'hispano, personne ne pouvait plus m'imaginer jouer autre chose (...). Je n'ai pas tourné de films pendant sept ans ». Peu à peu, elle trouve sa place au théâtre et à la télévision et remporte un Grammy en 1973, un Tony en 1975 et deux Emmys en 1977 et 1978.

Preuve de son dynamisme, elle interprète aujourd'hui une grand-mère sensuelle d'origine cubaine dans la série remake de Netflix One day at a time, sur les aventures d'une famille latino aux Etats-Unis.

- L' « obscène » renvoi des clandestins -

Actrice aujourd'hui reconnue, elle n'oublie cependant pas ses origines immigrées et dénonce la volonté de l'administration Trump d'expulser des millions de clandestins. « C'est obscène », dit-elle. « Quand ma mère Rosa María est arrivée ici il y a plus de 80 ans, cette dame (la Statue de la Liberté) lui a ouvert les bras » et grâce à ça, « j'ai vécu et je continue à vivre le rêve américain, »dit-elle. 

L'artiste attend maintenant avec impatience le projet de remake de West Side Story que prépare Steven Spielberg. « Je suis très curieuse de voir ce qu'il va faire. Je suis très nerveuse aussi. Il y a beaucoup de clichés dans le film, mais je suis sûre qu'il les évitera ».

avec AFP