Richard Galliano est dans le Matin des musiciens spécial Baccalauréat Musique 2014

Dernier Matin des musiciens spécial Baccalauréat Musique 2014 invite ce jeudi l’accordéoniste et compositeur Richard Galliano. Analyse de ses œuvres sélectionnées par le programme de l’épreuve en direct et avec le musicien lui-même !

Richard Galliano est dans le Matin des musiciens spécial Baccalauréat Musique 2014
Richard Galliano /Photo : Vincent Catala

« Quand j'étais ado, dans les années 60-70, l'accordéon était rejeté et très populaire à la fois. C'était ringard, ce n'était pas de la vraie musique. Puis j'ai quitté le Sud de la France pour aller à Paris. J'aurais pu faire comme tous les autres accordéonistes : devenir professeur ou courir les bals. C'est beau, mais fatiguant. J'ai préféré les studios et l'accompagnement. Au début des années 80, j'ai rencontré Astor Piazzolla. J'en avais tellement entendu parler par mon père... C'est lui qui a ranimé ma flamme. Il m'a poussé au new musette comme lui avait créé le new tango. J'ai suivi ses conseils, qui étaient justes. »

Il a enregistré Vivaldi et Bach, il a joué avec Claude Nougaro, Barbara, Serge Reggiani, Charles Aznavour, Juliette Gréco, improvisé aux côtés de Chet Baker, Toots Thielemans, Jean-Charles Capon ou Ron Carter, il a fréquenté Astor Piazzola …qui mieux que l’accordéoniste et compositeur Richard Galliano peut parler du décloisonnement des frontières entre différents genres musicaux ? Dans le cadre de la thématique « diversité et relativité des cultures » , Richard Galliano est présenté à travers six extraits de ses albums, illustrant différents genres qu’il a abordés au fil de sa carrière : la chanson avec La valse à Margaux et C’est peut-être, la musique de film avec Huit et demi - La passerella d’addio, en hommage à Nino Rota, les musiques traditionnelles avec Taraf, le jazz avec Billie et la musique «savante »avec Aria, un hommage à Bach. Grâce à Richard Galliano et tous les musiciens qu’il a influencés, l’accordéon est passé d’un instrument ringard limité au style musette à un instrument-roi protéiforme, recherché aussi bien dans la musique populaire et la variété, que dans des expériences les plus pointues des improvisateurs ou des compositeurs contemporains.

Le Matin des musiciens spécial Baccalauréat Musique 2014 vous guide à travers ce parcours étonnant en présence de Richard Galliano lui-même, avec à la clé, une analyse détaillée des œuvres sélectionnées pour l’épreuve. Comment il compose une chanson à partir d’un texte, comment il adapte un concerto de Vivaldi pour accordéon, qu’est-ce qu’il a appris en fréquentant les jazzmen, qui sont les musiciens qui l’inspirent, comment il utilise les timbres de son instrument…Richard Galliano décortique son travail à travers les rencontres, les anecdotes et les enregistrements, et vous prépare, en exclusivité, deux surprises enregistrées live en studio !

Le b.a.-ba. de l'accordéon

Souvent appelé en France le piano du pauvre, l’accordéon est né dans les années 1830 ; plusieurs modèles sont brevetés en même temps en France, en Autriche et en Italie, sur le même principe d’instrument à vent, à anche libre et à soufflet manuel. Sa forme actuelle est plus ou moins fixée vers la fin du XIXe siècle, mais l’accordéon continue à évoluer en fonction des styles, des écoles et des traditions culturelles.

Deux types d’accordéon prédominent :

l'accordéon chromatique, qui possède les 12 demi-tons de la gamme chromatique. La tessiture peut dépasser quatre ou cinq octaves, certains modèles ont des boutons, d’autres des claviers, mais la spécificité de l’accordéon chromatique est qu’une touche enfoncée produira la même note que l'on tire ou que l'on pousse le soufflet. La main droite joue notamment la mélodie, mais peut aussi accompagner d’autres instruments solistes, sur un clavier à touches piano ou à touches boutons.

l’accordéon diatonique , ou bi-sonore, peut jouer des gammes diatoniques. Une touche enfoncée ne produira pas la même note selon que le musicien tire ou pousse le soufflet.

Destiné à accompagner le chant avec une harmonie simple, l’accordéon devient rapidement la coqueluche des salons, très souvent joué par les femmes. Il est adopté par la musique traditionnelle: auvergnate, bretonne, italienne, irlandaise, landaise, basque, suisse, russe ou dans les musiques traditionnelles des Balkans, klezmer ou tzigane. En dehors des frontières européennes, l’accordéon est présent dans les musiques de la Réunion, de l’île Maurice et Rodrigues, au Maghreb , en Afrique et en Amérique latine, souvent par le biais de son « dérivé », le bandonéon, au Mexique ( Norteña ), en Argentine ( Tango ), au Brésil ( Forro ) ou en Colombie ( Cumbia et Vallenato ).

En France, l’accordéon est le plus souvent associé à l’histoire du bal musette, un bal populaire né du mélange du folklore italien et auvergnat, où dès le début du XXe siècle, l’accordéon devient l’instrument central dans les bals où on danse notamment la valse ou le tango musette. La génération d’avant guerre commence à ouvrir le répertoire de l’accordéon vers le jazz (Gus Viseur ou Tony Murena ), et après la guerre l’accordéon investit le terrain de la chanson, avec notamment des auteurs-compositeurs comme Léo Ferré ou Jacques Brel, et du swing manouche avec Jo Privat ou Django Reinhardt.

La forte connotation populaire a longtemps porté préjudice à l’accordéon quant à la reconnaissance de l’instrument dans la famille des instruments « classiques ». Depuis les années 1970, l’accordéon est enseigné dans les conservatoires au même titre que les autres instruments, et grâce aux interprètes tels Richard Galliano ou Pascal Contet, il est présent aussi bien dans le jazz, la variété (Renaud, Patrick Bruel, Yann Tiersen) ou les musiques actuelles (Mano Negra, Les Têtes Raides, le Ministère des affaires populaires), musiques improvisées ( Claude Parle ) que dans la création contemporaine, avec nombreux compositeurs contemporains qui s’en inspirent dans leurs oeuvres (Bernard Cavana, Vinko Globokar, Jacques Rebotier, Jean-Pierre Drouet…)

L’accordéon et les compositeurs classiques :

• Mlle Louise Reisner : Thème varié très brillant pour accordéon, 1836, première composition pour accordéon
• Piotr Ilitch Tchaïkovski : Scherzo burlesque de la Suite pour orchestre n° 2 en Do Majeur, op. 53 (1883 ) , quatre accordéons diatoniques (optionnels )
• Charles Ives : Orchestral Set n°2 (1915 ) : un chœur d'accordéons diatoniques à la toute fin de l'oeuvre.
• Paul Hindemith : Kammermusik No. 1 (1921), premier compositeur à avoir écrit spécifiquement pour l'accordéon chromatique
• Alban Berg : Wozzeck (1922) : l’accordéon apparait seulement durant la scène de la taverne, avec un ensemble sur scène (Bühnenmusik)
• Serge Prokofiev: Cantate pour le 20e anniversaire de la révolution d'octobre, op. 74 (1936)
• Dmitri Chostakovitch: Jazz Suite No. 2 (1938)

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