Reportage : l'Orchestre national de Lyon en tournée au Japon

Du 23 juin au 1er juillet, l'Orchestre national de Lyon s'envole pour une tournée de 7 concerts dans les salles les plus prestigieuses du Japon. De Sapporo à Nagoya en passant par Tokyo et Osaka, la formation dirigée par Leonard Slatkin vient montrer son savoir-faire avec un programme centré sur la musique de Ravel. Renaud Capuçon fait aussi partie du voyage pour le Premier Concerto de Max Bruch. Reportage.

Reportage : l'Orchestre national de Lyon en tournée au Japon
L'Orchestre national de Lyon dirigé par Leonard Slatkin sur la scène du Bunka Kaikan Hall à Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

C'est dans l'impresionnante salle du Bunka Kaikan, située dans le parc Ueno, que l'Orchestre national de Lyon entame la première de ses trois dates à Tokyo. Les musiciens débarquent à peine d'Osaka qu'ils sont déjà à pied d'oeuvre sur scène pour un dernier filage avant le concert. A cette date, l'ONL a déjà joué trois fois : à Sapporo, Nara et Osaka. Les efffets du décalage d'horaire commencent à s'estomper et les musiciens se réjouissent de jouer à Tokyo dans les trois plus belles salles de la capitale japonaise (Bunka Kaikan, NHK et Suntory Hall).

Au programme du concert, l'Ouverture tragique de Brahms, le Concerto pour violon n°1, op.26 de Max Bruch, La Rapsodie espagnole, les Valses nobles et sentimentales et la Suite n°2 de Daphnis et Chloé de Ravel. L'ONL applique une double stratégie pour attirer le public japonais : d'un côté le très romantique premier concerto de Bruch avec Renaud Capuçon, star incontournable en Europe et sur le point de le devenir au Japon, de l'autre, un programme centré sur la musique de Ravel. Un choix intelligent puisque c'est avant tout de la musique française que les japonais veulent entendre de la part d'un orchestre français.

Leonard Slatkin dirige l'Orchestre national de Lyon lors d'une répétition sur la scène du Bunka Kaikan de Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Leonard Slatkin dirige l'Orchestre national de Lyon lors d'une répétition sur la scène du Bunka Kaikan de Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

La stratégie s'avère payante, puisque l'ONL fait salle comble à chaque date. Le public japonais, admirable d'écoute et de concentration, s'en donne à coeur joie au moment d'applaudir. Et c'est ce qui frappe d'abord le musicien occidental lorsqu'il se produit au Japon, l'intensité silencieuse des auditeurs nippons. "Le public japonais peut paraître un peu timide au premier abord, explique l'américain Leonard Slatkin, directeur musical de l'ONL. On n'entend pratiquement jamais personne tousser, ni bouger. A certains moments, on pourrait presque avoir l'impression que certains s'endorment alors qu'en fait ils se concentrent très très fort sur la musique. Ils ont une qualité d'écoute incroyable. Ce n'est pas un public très démonstratif. Il n'y aura jamais de standing ovation, ils ne taperont pas le sol avec leur pied, mais on peut vraiment sentir ce qu'il est en train de vivre. C'est très intense ".

Autre marque de respect et d'affection, les impresionnantes files de personnes souhaitant recevoir un autographe du maestro ou du soliste. Après la plupart des concerts, entre 200 et 300 auditeurs font la queue pour pouvoir approcher Leonard Slatkin ou Renaud Capuçon. Un rythme tellement soutenu que le chef se plaint en plaisantant d'avoir des courbatures dans le poignet. "C'est quelque chose de très appréciable, on sent qu'ils aiment profondément la musique et ceux qui la font ".

Renaud Capuçon et Leonard Slatkin avec l'Orchestre national de Lyon lors des dernières répétitions avant le concert au Banka Kaikan de Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Renaud Capuçon et Leonard Slatkin avec l'Orchestre national de Lyon lors des dernières répétitions avant le concert au Banka Kaikan de Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Renaud Capuçon, lui aussi se dit très touché par la fidélité du public japonais. Il en veut pour preuve cette anecdote qu'il prend plaisir à se rappeler. "Très peu de temps après le tsunami de 2011, j'avais un concert prévu avec un orchestre. Etant donné le contexte, la plupart des orchestres avaient annulé leurs concerts, y compris celui avec lequel je devais me produire. Mais j'ai tenu à maintenir un récital qui était également prévu le lendemain. Et depuis, dès que je rencontre le public japonais lors de séances de dédicaces, on me rappelle systématiquement que j'étais présent. La salle pourtant n'était pas très pleine, mais les gens en ont parlé entre eux et c'est quelque chose qu'ils n'oublieront jamais. Ce genre de détails sont extrêmement importants ici au Japon ".

L'effet bénéfique de la tournée

Les musiciens d'orchestre vous le diront, rien de tel qu'une tournée pour souder musicalement et humainement un groupe. Rarement dans la saison, un ensemble peut bénéficier de ce temps pour travailler en prodonfeur un programme, jouer avec le son, tenter des nouveautés. Mais en tournée, un orchestre doit se heurter à plusieurs difficultés, et tout d'abord savoir gérer sa fatigue. Le décalage horaire est vécu diversement par les musiciens mais il peut être très fatigant, principalement quand il est cumulé à de nombreux déplacements et changements d'hôtels.

Autre difficulté, le fait de changer de salle tous les soirs, ce qui oblige constamment à s'approprier une nouvelle acoustique. Pour Leonard Slatkin, la réussite d'une tournée consiste en un subtil équilibre : "il nous faut prendre en compte l'équipement que nous avons tout en veillant à ne pas perdre notre son caractéristique travaillé à l'Auditorium de Lyon. C'est pourquoi nous faisons toujours une répétition deux à trois heures avant le début du concert ".

Le Bunka Kaikan de Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)
Le Bunka Kaikan de Tokyo. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Le dernier gros challenge auquel est confronté un orchestre en tournée, est de ne pas s'installer dans une certaine routine. "Lorsque nous jouons trop souvent le même programme, le risque est de perdre une certaine spontanéité. Pour lutter contre cela, je veille à modifier légèrement les tempos par exemple. Le fait de ralentir dans tel passage oblige les musiciens à rester concentré et attentif à ma battue. Ils se demandent sans cesse "Mais que va-t-il encore nous demander maintenant?". Nous devons garder à l'esprit que certaines personnes dans la salle viennent peut -être pour la première fois écouter une orchestre. C'est principalement pour ces gens nous jouons. Il faut jouer le mieux possible pour être certain que leur première expérience soit mémorable ".

Les musiciens de l'ONL peuvent heureusement compter sur le sens de l'organisation légendaire des japonais pour faciliter leur séjour. "C'est un pays où l'on sent un vrai engouement pour la musique classique, **explique Giovanni Radivo, violon solo supersoliste de l'ONL**. Il y a un véritable enthousiasme de la part du public lorsque des ensembles étrangers se rendent chez eux. De plus, il y a cette extrême politesse et cette extrême organisation pour nous rendre la vie la pus facile possible. C'est absolument incroyable. C'est donc un vrai plaisir de venir jouer au Japon, de découvrir une nouvelle culture, un mode de vie différent et de s'en enrichir ".

Giovanni Radivo insiste également pour rappeler l'importance pour les musiciens de vivre ces tournées. "Cela permet de changer nos habitudes, de se retrouver ensemble, dans une bulle. Ca fait beaucoup de bien à à la musique mais pour nous-mêmes ". Giovanni Radivo et l'ensemble des violonistes se sont retrouvés la veille dans un restaurant - karaoké. Un important de moment de cohésion pour reserrer les liens entre musiciens. S'il n'est pas certain que la soirée karaoké fut réussie au niveau musical, le concert du lendemain sur la scène du Bunka Kaikan l'était assurément.

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