Grande « Parade » pour la réouverture du Théâtre du Châtelet

Après près de trois années de fermeture pour travaux, le Théâtre du Châtelet rouvre ses portes vendredi 13 septembre avec des festivités hautes en couleur, inspirées d'Erik Satie et de son ballet Parade.

Grande « Parade » pour la réouverture du Théâtre du Châtelet
Trois performeurs de la compagnie américaine Streb Extreme Action tournent sur la « molinette » sur la scène du Théâtre du Châtelet , © Thomas Amouroux

La fête promet d'être belle et folle. Vendredi 13 septembre, le Théâtre du Châtelet rouvre ses portes et a décidé de faire les choses en grand. Depuis près de trois ans, la salle parisienne était fermée pour d'importants travaux, la plus grande rénovation depuis sa construction en 1862. La grande salle, les foyers et les couloirs ont été restaurés, modernisés tout en retrouvant leur aspect d'origine. La cage de scène, elle aussi, a été entièrement refaite et équipée des technologies dernier cri. 

Il fallait donc un événement à la hauteur de la transformation pour célébrer cette nouvelle ère du Châtelet. Le nouveau duo à la tête du lieu, Thomas Lauriot dit Prévost à la direction générale et Ruth Mackenzie à la direction artistique, a imaginé Parade, un spectacle protéiforme donné cinq fois entre vendredi 13 à dimanche 15 septembre. Parade, pour rendre hommage au ballet du même nom composé par Erik Satie et créé en 1917 au Châtelet. Sur une idée de Jean Cocteau, proposée à Serge Diaghilev et ses ballets russes, avec Pablo Picasso pour les décors et Léonide Massine à la chorégraphie. 

L'idée de choisir le ballet comme symbole de la réouverture a tout de suite fait sens pour Ruth Mackenzie. « Le point de départ a été de rendre hommage aux Ballets russes, c'était une période extraordinaire pour le Théâtre du Châtelet, explique la Britannique. L’histoire de Parade, ce sont trois troupes de cirque qui luttent pour attirer le public. Avec ce spectacle conçu pour la réouverture, nous avons essayé de retrouver l’esprit de l’innovation artistique du lieu tout en réfléchissant à son avenir ». 

Le départ de Parade sera donné depuis le parvis de l’Hôtel de ville. Au programme : initiations au cirque avec l’Académie Fratellini puis un grand défilé amènera le public jusqu’au théâtre, mené par des percussionnistes et des marionnettes géantes du Mozambique, enfin, devant et dans le théâtre, de nombreuses installations directement inspirées de la vie et de l’univers excentrique d’Erik Satie. 

Ruth Mackenzie a demandé à son compatriote Martin Duncan, metteur en scène, de superviser l’ensemble. « C’est l’un des spectacles les plus fous que je n’ai jamais fait. A chaque étage, à chaque recoin du théâtre, nous avons imaginé des performances étranges et surréalistes. Par exemple, Satie ne mangeait que des aliments blancs, alors nous avons installé une cuisine tenue par des clowns qui ne cuisinent que des plats blancs, le public pourra aussi assister à une conversation entre Satie et Diaghilev dans un lit, entouré de bouteilles d’absinthe ou encore des centaines de parapluie que Satie collectionnait. J’adore le fait que Satie était un personnage aussi excentrique, cela nous donne tellement de matière », se réjouit Martin Duncan.

Le public pourra également admirer une fontaine de pianos à queue, installée dans le Grand foyer, en référence à Vexations, pièce pour piano composée par Satie, devant être répétée 840 fois et dont l’exécution peut durer jusqu'à 24 heures. Toutes ces installations sont gratuites et en accès libre. Seul le spectacle du soir, dans la grande salle est payant. 

Musique, cirque et danse

Pour conclure cette « Parade », le Châtelet a imaginé un spectacle trois-en-un. Tout d’abord avec Mercure, un autre ballet de Satie, interprété par l’Ensemble intercontemporain dirigé par Mathias Pintscher, ensuite une performance des acrobates de la compagnie de Stéphane Ricordel, accompagnés par le groupe ukrainien DakhaBrakha et enfin un spectacle des performeurs/danseurs/voltigeurs de la compagnie Streb Extreme Action, créée par la chorégraphe américaine Elizabeth Streb

Une performance vertigineuse où l’on pourra notamment voir trois danseurs en rotation sur un portique métallique appelé la « moulinette ». Simplement attachés par les pieds sur une barre rotative à 6 mètres de haut, ils se jetteront dans le vide sur une musique composée spécialement pour l’occasion par Pierre-Yves Macé, et jouée par l’Ensemble intercontemporain. Le compositeur s’est inspiré du surréalisme de Satie pour cette pièce dénommée L’algèbre est dans les arbres, du nom d’un poème de Louis Aragon, quasi-contemporain de Parade. 

« Satie est un de mes compositeurs préférés et que j’admire beaucoup, affirme Pierre-Yves Macé. Dans cette pièce, il y a un esprit qui colle à la musique, à l’univers de Satie. J’aime bien l’ambiguïté, jouer avec des matériaux qui sont issus de la culture populaire et qui ne sont pas forcément identifiés comme savants ou sophistiqués. Ce qui m’intéresse, c’est de chercher la complexité à travers d’éléments très simples ». 

Ce spectacle, à la croisée des arts, se situe donc dans la continuité de l’esprit du Théâtre du Châtelet et annonce surtout la couleur de cette première saison sous la direction de Ruth Mackenzie. Dès le mois d’octobre, on découvrira Les Justes, une tragédie musicale d’Abd Al Malik d’après la pièce d’Albert Camus, et plus tard Saül, un opéra de Haendel mis en scène par Barrie Kosky.

Parade, spectacle de réouverture du Théâtre du Châtelet à Paris, vendredi 13 septembre à partir de 16h sur le parvis de l’Hôtel de ville, puis samedi et dimanche, à 11h et 16h.